Aujourd'hui débute le tournoi des VI nations 8ème du nom mais comme tous les 4 ans, le tournoi n'est pas la compétition rugbystique majeure de l'année. Eh oui, personne n'en parle mais il est déjà quasi impossible d'avoir des billets, le coup d'envoi de cinquième Coupe du Monde de rugby va être donné au Stade de France le 7 septembre prochain.
Le Tournoi va donc s'inscrire dans une logique de préparation à la Coupe du Monde et de nombreux joueurs ont une grande carte à jouer. Le Tournoi peut être annonciateur de la suite : en 2003, l'Angleterre avait réalisé le grand Chelem avant d'arracher le trophée William Webb Ellis 6 mois plus tard. Ou pas du tout : en 1999, la France avait remporté la cuillière de bois avant d'échouer quelques mois plus tard en finale de la Coupe du Monde face à de redoutables Australiens.
Personnellement, je pense que les équipes ne vont pas trop se découvrir pendant ce Tournoi car leurs jeux vont être examinés à la loupe ce qui permettra aux équipes adverses de mieux les contrer à l'automne prochain. Souvenons-nous par exemple de l'Australie qui avait été dominée par les All Blacks lors des Tri Nations 2003 mais qui avait éliminé ces mêmes Néo-zélandais en demies-finales : Eddie Jones, l'entraineur australien avait su tirer profit de ces défaites et avait su analyser le jeu de son adversaire, rendant les Néo-zélandais aussi inoffensifs que Mamadou Niang pour un gardien de L1...
Toutefois, les équipes qui seront en forme cet hiver feront le plein de confiance et de certitudes et auront un avantage psychologique indéniable sur leurs adversaires : par exemple, à l'automne, Lyon faisait peur à tous ses adversaires ce qui les rendait plus fébriles qu'à l'accoutumée, aujourd'hui, Lyon impressionne beaucoup moins et on voit le résultat. Mais il y a bien sûr des exceptions et la plus belle est française, comme souvent : en juin 99, les bleus se font écraser 54-7 par les Néo-zélandais ce qui ne les empêche pas de réaliser 4 mois plus tard le plus beau match de l'Histoire du sport français en s'imposant 43-31 face à Jonah Lomu et compagnie...
Bref la vérité d'un jour n'est pas celle du lendemain mais ce tournoi livrera quand même de précieux renseignements sur l'état des différentes équipes européennes. En attendant, je vais quand même vous décrire en quelques mots les forces en présence. Elles sont évoquées dans l'ordre dans lequel je les vois finir au classement.

L'Irlande. Une fois n'est pas coutume le XV du trèfle est le grand favori de la compétition et pourrait même réaliser le Grand Chelem. Les Irlandais sont l'équipe qui a le mieux résisté aux All Blacks l'an passé (défaites 27-17 et 34-23 en Nouvelle-Zélande) et ils ont dominé les Sud-africains et les Australiens à l'automne.
Normal, une génération exceptionnelle de joueurs, emmenée par O'Connell, O'Gara et bien sûr O'Driscoll, arrive à maturité et l'alliance des meilleurs arrières (ceux du Leinster) et avants d'Europe (le pack du Munster, champion d'Europe) va faire très mal et devrait faire le spectacle.
Côté nouveaux visages, pas grand chose à signaler à part Andrew Trimble, le trois quart-centre de l'Ulster, qui profitera de la blessure de Shane Horgan pour briller à l'aile. La plus grande curiosité est que les Irlandais ne joueront pas à Landsone Road mais à Croke Park car la mythique enceinte dublinoise est en travaux...

Gordon_d_Arcy   Brian_O_Driscoll   Paul_O_Connell

Le Pays de Galles. Auteurs surprises du Grand Chelem en 2005, les Gallois n'ont pas réédité cette performance l'an passé à cause de nombreuses blessures. Pour autant, les dragons rouges n'ont pas renié leurs principes et devraient développer leur spectaculaire jeu en mouvement : Gavin Henson, Shane Williams et Dwayne Peel sont prêts à mettre le feu. Même si c'est parfois au détriment d'une défense qui à certains moments déroule le tapis rouge à ses adversaires.
Normalement, le joueur qui devrait exploser au plus haut niveau cette année lors du tournoi est gallois, a 21 ans et s'appelle James Hook. Il joue ouvreur avec son club des Ospreys mais devrait être aligné en premier centre où il pourra faire parler ses appuis et faire admirer son coup de pied monumental.

James_Hook   Gavin_Henson   Shane_Williams

La France. Sur le papier, les bleus possèdent peut être les meilleurs joueurs mais encore faudrait-il les sélectionner ou les faire jouer ! Bernard Laporte, qui est nul, va utiliser le Tournoi pour faire des essais, à défaut d'en marquer... La France ne risque donc pas de réaliser le Grand Chelem comme lors des années en 7 : 1977, 1987 et 1997. Sauf miracle ou blessures de Mignoni et Skrela...
Côté révélations potentielles, je n'en vois aucune car il y a peu de nouveaux visages. On donne une nouvelle fois leur chanche à des joueurs éternellement décevants : Poitrenaud, Chabal, Mignoni... Ou alors, on essaye des joueurs qui vont être décevants à leur tour : Messina, Boyet, Beauxis, Skrela, Floch...

Serge_Betsen   Damien_Traille   Imanol_Harinordoquy

L'Angleterre. Les Champions du Monde en titre ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes et leur nouvel entraineur semble s'être résigné à préparer le Mondial... 2011 ! Depuis 2 ans, le XV de la Rose aligne défaites sur défaites mais la tendance pourrait bientôt s'inverser : Jason Robinson et surtout Jonny Wilkinson (qui n'a plus joué de match international depuis la finale de la Coupe du Monde en Australie) sont de retour alors gare au réveil des Anglais. Surtout que les clubs de la Perfide Albion ont de bons résutats en coupe d'Europe cette année.
Côté nouveaux visages, on peut noter la première sélection de l'ex star du rugby à XII Andy Farrell en premier centre. Egalement, émergent le deuxième ligne de Leicester Deacon et le flanker de Sale Lund. Peut-être assistera-t-on aux grands débuts internationaux du très (trop ?) joueur Cipriani, le jeune arrière des Wasps. A lui de saisir toute opportunité et de mener une carrière à la Robinson ou à la Poitrenaud...

Jonny_Wilkinson   Martin_Corry   Jason_Robinson

L'Italie. Tous les ans, on dit que les Transalpins sont en progrès et qu'ils sont de plus en plus dangereux mais tous les ans, les Italiens ne gagnent pas. La faute à des lignes arrières, et surtout une charnière, qui ne sont pas au niveau du pack. Il faut dire que devant, l'Italie est armée avec Castrogiovanni, Dellape, Bortolami, Parisse ou Mauro Bergamasco : là-dessus, il n'y a rien à dire ou à redire, c'est du haut niveau international. Par contre derrière, Gonzalo Canale, Mirco Bergamasco et Andrea Massi doivent se sentir bien seuls...
Ne bénéficiant pas d'un réservoir immense de joueurs, Pierre Berbizier, l'entraineur de la Squadra Azzurra, n'a pas appelé de nouveaux visages. On peut signaler l'apparition de l'ouvreur de Calvisano, Andrea Scanavacca. Mais s'il ne compte que 7 sélections, il a quand même pas mal d'expérience du haut de ses 33 ans...

Andrea_Masi   Mauro_Bergamasco   Mauro_Bortolami

L'Ecosse. Le constat est le même que l'an dernier : le rugby écossais va mal. La Fédération a une dette de 23 millions d'euros, les provinces ont des résultats catastrophiques en Ligue Celte et en Coupe d'Europe et des éléments clés (White, Hobb, Hines...) sont blessés. Malgré un tel tableau, le XV du Chardon avait quand même remporté 3 matches l'an dernier. Mais les miracles n'arrivent pas tous les ans malgré le talent indéniable des Cusiter, Taylor, Lamont ou autres Paterson...
L'Ecosse aligne cette année l'équipe la plus inexprimentée du tournoi avec une moyenne de 16 sélections par joueur : l'équipe manque donc d'expérience mais aura peut-être un beau rôle à jouer lors des prochaines années. Parmi ces jeunes joueurs, le plus attendu est Kelly Brown, l'un des meilleurs Ecossais cet automne. L joueur des Borders est le prototype même du flanker moderne : coureur, plaqueur, technique et même buteur à ses heures !

Simon_Taylor   Kelly_Brown   Chris_Paterson