Cette saison 2006-2007 aura vraiment marqué un tournant dans l'histoire du basket européen. Pourquoi ? Parce que l'histoire des joueurs Européens en NBA compte deux jolis chapitres supplémentaires avec les titres, mérités, de MVP de la saison régulière et MVP des finales de Dirk Nowiztki et Tony Parker. Les seules récompenses qui manquent encore à l'appel sont : Défenseur de l'année, MVP du All Star Game et vainqueur du Slam Dunk Contest. A part le 1er, rien de bien important.
Pendant ce temps là, sur le Vieux continent, une page d'Histoire se tournait avec les retraites de 3 symboles d'une époque désormais résolue : Dejan Bodiroga, Jim Bilba et Frédéric Fauthoux. 3 joueurs, 3 styles et 3 empreintes différentes...

A tout seigneur, tout honneur, place à l'immense Dejan Bodiroga : symbole de ces joueurs Européens pétris de talent mais qui n'ont pas tenté leur chance Outre-Atlantique. Sans trop s'avancer, on peut même affirmer que le Serbe est sans doute le joueur le plus talentueux n'ayant pas évolué en NBA. En 2002, Sacaramento (franchise qui l'avait drafté en 2005) le convoitait fortement pour recréer, aux côtés de Vlade Divac et Peja Stojakovic, une partie de l'équipe de Yougoslavie championne du Monde mais le cousin éloigné de Drazen Petrovic, alors au sommet de son art, préféra répondre aux appels du pied du FC Barcelone où il allait devenir l'idole du Palau Blaugrana. Ce qui est sacré exploit pour un joueur qui avait porté les couleurs du Real quelques années auparavant.
Bodiroga était un vrai joueur de basket, pas un de ces athlètes montés sur ressorts qui pullulent en NBA, avec une technique et une vision du jeu exceptionnelles. Tous les amateurs de basket se souviennent avec émotion de son "latigo" ou "coup de fouet" qui lui permettait d'éliminer n'importe quel défenseur. En plus de cela, le Serbe pouvait compter sur un shoot longue distance fiable, des fondamentaux parfaitement maîtrisés et plus l'enjeu était important, plus il savait se montrer décisif.
C'est tout naturellement qu'il s'est construit un palmarès impressionnant et trop long pour être cité dans sa totalité. On notera toutefois 2 titres de Champion du Monde assortis de 2 titres de MVP de la compétition, 3 titres de Champion d'Europe, 3 Euroligues (+ 2 titres de MVP du Final four), 1 Coupe Saporta, 2 titres de meilleur joueur Européen, 3 Ligas ACB (+ 2 titres de MVP du championnat espagnol et un autre de MVP des finales), 3 championnats de Grèce et 1 championnat d'Italie...
Maintenant, un joueur de la trempe Bodiroga irait sans doute tenter sa chance en NBA et c'est ce qui fait de Dejan un phénomène en voie d'extinction. Parce que des joueurs dans le style du Serbe ou même de Rigaudeau : des "meneurs" de plus de 2 mètres, créateurs, shooters, polyvalents et avec un shoot exceptionnel, on n'en a plus beaucoup. Il reste Papaloukas ou encore Boris Diaw, mais celui-ci a un style plus moderne...

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Autre glorieux retraité, Jim Bilba a pris sa retraite à 39 ans. "Gentleman Jim" a l'un des plus gros palmarès du basket français : vice-champion olympique, champion d'Europe avec Limoges en 1993, double champion de France, deux Coupes de France, champion de Grèce et 3 titres de MVP français de Pro A.
Par son jeu, il a préfiguré le joueur d'aujourd'hui : très athlétique et excellent défenseur. Son successeur est déjà tout trouvé et est également originaire de la Guadeloupe : c'est Florent Piétrus. Un intérieur de moins de 2m qui compense sa petite taille (relative) par une énorme détente verticale, bon contreur, capable de défendre sur des grands intérieurs, plus discret en attaque et ayant un sens aigu du collectif.
Avec la retraite du Guadeloupéen, c'est une page de l'histoire du basket français : quand les clubs français étaient compétitifs à l'échelle européenne (2 Final Four joués sous les couleurs du CSP et un autre qu'il aurait dû disputer en 1997 sans la folie des supporters Turcs) et l'équipe nationale à la peine. En effet, il aura fallu attendre 2000 pour qu'elle s'illustre lors d'une compétition internationale.
Jim Bilba est sans doute le joueur français le plus marquant des années 90 avec un autre prodige passé lui aussi par l'école choletaise : son ancien partenaire du centre de formation, un certain Antoine Rigaudeau...

Jim_Bilba_CSP   Jim_Bilba_ASVEL   Jim_Bilba_Ath_nes   Jim_Bilba_Sydney_2000

A l'inverse de Bilba, le troisième larron n'avait pas de qualités physiques exceptionnelles et ne dépassait pas le mètre 80. Un physique "banal" pour un joueur de talent et de caractère à l'adresse extérieure redoutable : Frédéric Fauthoux alias "Petitou" pour le Palais des Sports de Pau...
Le Landais appartient à une autre génération : celle où les apprentis basketteurs français rêvaient de porter les couleurs du club de leur coeur et pas de dollars outre-Atlantique. Plus jeune, le petit Frédéric ne voulait rien de plus que porter le même maillot que son idole, Freddy Hufnagel, le joueur légendaire de l'époque où Orthez évoluait encore au marché couvert de la Moutète. Son rêve bleu-vert (les couleurs de l'Elan) sera plus qu'exhaussé puisqu'il aura disputé pas moins de 18 saisons sous les couleurs de l'Elan Béarnais.
L'occasion de se bâtir un palmarès hors du commun : 7 titres de champion de France, 3 Coupes de France et 4 Semaines des As. Il lui manque juste une Coupe d'Europe et c'est passé près en 1996 quand la French Team de Pau (Rigaudeau, les frères Gadou, Foirest, Dubos...) faisait peur à l'Europe entière. Bien sûr, il n'a jamais été le joueur star de l'équipe, souvent un remplaçant de luxe, mais c'est normal quand on voit le nom des joueurs qu'il a côtoyés : Conrad Mc Rae, Antoine Rigaudeau, Boris Diaw, Roger Estreller, Florent et Mickaël Piétrus, Laurent Foirest, Gheorghe Muresan, Marcus Brown, Lawrence Funderburke, Thierry et Didier Gadou, Ronnie Smith, Cyril Julian, Dragan Lukovski, Rod Sellers, Stéphane Risacher... Mais la trace qu'il a laissée au sein du club est tellement grande que son numéro 4 ne sera sans doute plus jamais porté...
Limité physiquement et pas particulièrement fiable en défense, Petitou n'a rien du joueur moderne. Mais il compensait par d'autres qualités qu'on ne retrouve pas forcément chez un joueur moderne : tir extérieur redoutable, sens aigu du collectif, fédérateur de vestiaire, état d'esprit irréprochable et amour du maillot...
Avec la retraite de Petitou, une page de la glorieuse histoire de Pau-Orthez se tourne : cette saison, le club ne compte aucun Béarnais au sein de son équipe première... Et l'Elan Béarnais n'est plus cette équipe qui faisait peur à la France entière... Les temps changent mais Frédéric Fauthoux restera à jamais gravé dans l'histoire de son club et du basket français...

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