Ce mercredi 16 janvier est une date importante dans l'histoire du rugby français puisque c'est la date qu'aura choisi Serge Betsen pour annoncer sa retraite internationale et sa retraite tout court au mois de Juin. Avec le départ du meilleur joueur français des années 2000, associé à ceux de Raphaël Ibañez et Fabien Pelous (parce que Dominici, on s'en tape complètement), c'est une page de l'histoire du rugby français qui se tourne.
Plaqueur hors norme et récupérateur de ballons infatigable, le Biarrot n'avait pas ou peu d'équivalents en France et même sur la planète ovale. Très endurant, il était toujours aux quatre coins du terrain, prêt à chasser ses adversaires. Ses chevilles étaient exceptionnellement souples et lui permettaient de se mettre très vite en position pour gratter le ballon à l'adversaire. Sa rapidité d'exécution était telle qu'il était souvent pénalisé, à tort, par des arbitres qui pensaient qu'il avait forcément triché pour intervenir aussi vite. Bref, le franco-camerounais était un poison redouté et respecté par tous ses adversaires : tous les numéros du monde, et en particulier M. Jonny W., peuvent en témoigner.
Mais Betsen ne peut pas être réduit à ses simples qualités de défenseur, aussi exceptionnelles soient-elles. Si du temps de son apogée (2002-2004), il était considéré comme le meilleur flanker du monde, il le devait également à ses aptitudes en attaque. Très à l'aise balle en main, il bonifiait chaque ballon touché et était capable de gestes plus proches de Magic Johnson ou John Stockton que de Sébastien Chabal ou Rémy Martin. Personne n'a oublié cette passe aveugle qui envoie Elissalde à l'essai lors du Galles - France du Tournoi 2004.
Enfin, le Biarrot était est un modèle de professionnalisme, considéré comme un exemple à suivre, aussi bien par ses coéquipiers que par ses adversaires. Véritable guerrier, il n'hésitait pas à se sacrifier pour le bien de son équipe et a toujours tenu à mettre en avant la performance de son équipe plutôt que la sienne. Mieux, il n'était pas content quand on le félicitait pour le nombre toujours très élevé de plaquages qu'il venait de réaliser car cela signifiait que son équipe avait trop subi.

Betsen, c'est avant tout 16 années au Biarritz Olympique, club qu'il a rejoint en provenance de Clichy-sur-Seine en 1992, année où l'autre S.B de légende du club, Serge Blanco, tirait sa révérence. Cette fidélité jamais démentie aux couleurs Rouge et Blanche lui aura réussi puisque c'est avec le club de son coeur qu'il se sera bâti un palmarès plus conséquent : 3 titres de Champion de France (2002, 2005 et 2006), une Coupe de France (2000) et un titre de vice champion d'Europe (en 2006). On peut également y ajouter une quarantaine de matches en Coupe d'Europe et de multiples participations aux phases finales du Championnat.
En équipe de France, Betsen, c'est 63 sélections dont 62 sous l'ère Laporte qui, toujours très visionnaire, avait déclaré dans l'Equipe au Printemps 2001 qu'il n'avait pas le niveau international. En 2002, Betsen était élu joueur français de l'année et en 2004, meilleur joueur du monde ! Pas mal pour quelqu'un qui n'était pas au niveau... Mais il est vrai que l'histoire d'amour entre Betsen et le maillot bleu a été longue à se dessiner : il a connu sa 1ère sélection le 22 mars 2007 face à l'Italie lors de la seule défaite du XV de France face à la Squadra Azzura. Il ne se verra titularisé pour la 1ère fois qu'en novembre 2001 face à l'Australie et ne lâchera pas son numéro 6 pendant 6 ans. Il éclate vraiment aux yeux du grand public lors de la célèbre victoire des Bleus face à un XV de la Rose alors invincible : son casque, son visage sortant de l'ordinaire et surtout ses placages dévastateurs font de lui l'un des joueurs les plus populaires, surtout chez les amateurs de rugby. Avec le maillot frappé du coq, Betsen a réalisé deux Grand Chelem (2002 et 2004) et perdu deux demi-finales de Coupe du Monde...

Mais avant de partir, Betsen a pris le temps de "former" son successeur pendant deux saisons au B.O : Thierry Dusautoir. Le Toulousain lui a déjà pris son record de placage (29 contre la Nouvelle-Zélande lors du fameux quart-de-finale de Cardiff, contre 28 pour Betsen qui avait également établi son record au Millenium Stadium mais face aux Gallois en 2002), porte aussi le casque et est né en Afrique mais n'aura sans doute jamais l'aura du Biarrot. Les Nyanga, Caballero, Ouedraogo, Burban et autres Malonga ne seront sans doute pas assez nombreux pour combler le vide laissé par Serge.
Mais je parle déjà de lui à l'imparfait alors qu'il est encore sur le terrain et va porter fièrement les couleurs Biarrotes pendant un peu moins de 6 mois. Et en bon guerrier, on peut supposer qu'il se battra jusqu'au bout pour ce club qu'il aime tant et peut rêver à un dernier sacre au Stade de France : il avait sans doute rêvé de la Coupe William Webb-Ellis mais je suis sûr qu'il n'aurait rien contre un 4ème Bouclier de Brennus.
Enfin, même s'il ne remporte aucun trophée cette saison, le petit garçon de Clichy qui allait à l'entraînement en cachette de sa mère a fait bien du chemin et peut être fier de son parcours. Mais n'empêche, finir sur un succès, ça aurait de l'allure : le rouge et blanc lui va si bien au teint...