En ce mois de Juin, la Suisse passe à l'Euro : non, les Helvètes n'ont pas décidé d'adopter la monnaie unique mais d'organiser avec l'Autriche l'Euro 2008 de football ! Les 16 meilleures nations européennes se sont donc donné rendez-vous au coeur des Alpes : on peut légitimement s'attendre à des rencontres au sommet.
Qui sera sur le toit de l'Europe ? Réponse le 29 juin prochain mais avant cela, c'est à vous de faire vos pronostics. Pour vous aider, voici un petit état des lieux des forces en présence.

Le grand favori :

Il n'y en a tout simplement aucun ! Le niveau d'ensemble du football européen est tel qu'aucune équipe ne se détache vraiment. De plus, le tirage au sort fait que certains prétendants au titre suprême peuvent se faire sortir dès le premier tour (France, Italie ou les Pays-Bas).

Les prétendants :

L'Allemagne fait peur et a su exploiter la dynamique de la dernière Coupe du monde et privilégie toujours un jeu offensif et plaisant à regarder. Ballack, le maître à jouer de l'équipe revient en forme au bon moment, Klose est un attaquant redoutable tandis que Mario Gomez est une arme supplémentaire par rapport à il y a 2 ans. En plus, l'Allemagne présente le double avantage d'évoluer quasiment à domicile et d'avoir la poule la plus facile (Croatie, Pologne, Autriche).
Toutefois, la Mannschaft semble fragile défensivement car la charnière Mertesacker - Metzelder manque cruellement de vivacité. Et dans les buts, Lehmann semble très loin du niveau de 2006 et a passé sa saison sur le banc des Gunners alors qu'Almunia ne fait pas partie du gotha des gardiens européens. Plus problématique encore, son suppléant Hildebrand a réalisé une saison catastrophique à Valence et ne fait pas partie de la liste de Joachim Löw. Le gardien remplaçant sera donc Robert Enke qui a multiplié les bourdes avec Schalke 04. Un peu plus, et c'était Tim Wiese qui gardait les cages allemandes.

L'Italie est championne du Monde en titre et peut donc nourrir de grandes ambitions pour cet Euro. Surtout que Fabio Cannavaro est blessé : Roberto Donadoni ne sera donc pas obligé d'aligner le Ballon d'Or 2006 qui n'a pas réalisé un bon match depuis le 9 juillet 2006. Devant, Luca Toni est l'un des tout meilleurs attaquant d'Europe alors qu'Antonio Cassano est de retour : pour le meilleur ou pour le pire ! Le milieu, qu'il soit Romain ou Milanais, est solide et technique à la fois. Derrière, ça semble moins solide qu'il y a deux ans mais Buffon est toujours là et avoir le meilleur gardien du monde, ça aide pour ne pas encaisser de buts.
En plus d'être dans la poule de la mort, les Italiens vont être confrontés à un autre problème : contrairement à 1982 et 2006, leurs deux derniers succès en compétitions internationales, ils ne sont minés par aucune affaire. Paradoxalement, cette absence de motivation supplémentaire peut leur jouer des tours. Et il faudra éviter que Toni se blesse parce que derrière lui, il n'y a plus grand monde pour marquer : et ce n'est pas Marco Boriello, sorte de Nuño Gomes transalpin, qui pourra tenir ce rôle !

La France, malheureuse vice championne du Monde, rêve secrètement de priver la Squadra Azzzura d'un doublé Coupe du Monde - Euro qu'elle est la seule à avoir réalisé dans cet ordre. Comme d'habitude, les Bleus disposent du plus gros potentiel physique de la compétition et a sans doute l'effectif le plus fourni. Certes Zidane est parti, Henry semble sur le déclin, Vieira est incertain, Makélélé, Coupet et Thuram ont plus de 35 ans tandis que Gallas, Malouda et Sagnol sont à court de compétition. Mais la France présente toujours une équipe très solide tandis que l'avènement de Ribéry et l'éclosion de Benzema incitent à l'optimisme.
Trop d'optimisme ? Peut-être car la répétition des matches peut peser sur les organismes, surtout quand vos adversaires sont du calibre de la Roumanie, de l'Italie ou des Pays-Bas. On est loin de la Suisse, de la Corée du Sud et du Togo d'il y a 2 ans donc la France devra être prête tout de suite. Enfin, l'absence de passeurs et de gauchers pourra être préjudiciable si la France est amenée à faire du jeu. Car la France a construit une équipe pour jouer la contre-attaque : pas sûr que les adversaires des Bleus soient aussi naïfs que l'Espagne ou le Brésil 2006.

Le Portugal est toujours bien placé depuis quelques années : demi-finaliste de l'Euro 2000 et de la Coupe du Monde 2006, finaliste de l'Euro 2004 à la maison. La génération dorée des Rui Costa, Figo et cie est partie à la retraite et la jeune garde lusitanienne a pris la relève : Nani, Moutinho, Veloso, Quaresma et l'inévitable Cristiano Ronaldo.
Gros bémol, le meilleur joueur du monde, selon les Portugais et les moins de 13 ans, et ses petits copains sont d'énormes individualistes qui jouent plus pour revisionner leurs passements de jambes sur Youtube que pour gagner des matches. Par contre, s'ils se mettent à jouer ensemble, ça peut être exceptionnel. Mais vu l'intelligence tactique des joueurs concernés, ça a peu de chances d'arriver : plus qu'un jeu de passes léché, on risque surtout de voir des arabesques et des plongeons dans la surface. En plus, une équipe qui joue avec Nuño Gomes en pointe peut difficilement espérer conquérir le titre suprême.
Pourtant, l'ensemble est très solide sur le plan défensif et le milieu se déplace avec une grande intelligence tactique. D'ailleurs, plus que des bouffeurs de ballons, le dnager viendra sûrement des inspirations de Deco ou Raul Meireles. En plus, le Portugal est la seule équipe européenne qui peut faire jouer des Brésiliens et mine de rien, ça aide... Enfin, le Portugal est touché de plein fouet par un sandale de corruption d'arbitres qui touche le champion en titre Porto : toute ressemblance avec l'Italie et la Juve de 2006 serait purement fortuite...

Les Outsiders

L'Espagne, à l'aube de chaque compétition internationale, est toujours annoncée favorite et tous les 2 ans, c'est le même refrain : la Roja ne passe pas le cap des quarts de finale. Depuis la finale de l'Euro 1984 et la toile d'Arconada, jamais les Ibères n'ont dépassé ce stade de la compétition ! Vont-ils pouvoir mettre fin à cette malédiction en Suisse te en Autriche ? Pas sûr parce qu'il est fort probable que les coéquipiers de Carles Puyol affrontent leur bête noire à la sortie des poules : la France !
Mais cette équipe a du talent et c'est pour cela qu'avant de vouloir envoyer Zidane à la retraite en juin 2006, Iker Casillas déclarait que cette génération serait championne du monde. Le problème est que les talents foisonnent aux mêmes postes car généralement, l'Espagne joue avec une seule pointe : un choix cornélien à effectuer entre David (Mara)Villa et "El Niño" Fernando Torres. Si on veut associer les 2 joueurs, il faut enlever un milieu relayeur à choisir parmi Fabregas, Xavi, Xabi Alonso ou le génial Andrés Iniesta. Par contre, il manque un milieu défensif avec un gros impact défensif et à certains postes, c'est le néant : à gauche, Capdevila est le Grosso du pauvre et dans l'axe, Marchena est trop juste alors que Raul Albiol est trop tendre. Heureusement que Puyol et Sergio Ramos sont là pour compenser et que dans ses cages, Iker Casillas a l'habitude de faire des miracles.
Malgré un entraîneur débile et raciste, honni par tout un pays, l'Espagne développe un jeu ultra séduisant et ultra technique à base de passes courtes. Si l'équipe adverse n'arrive pas à mettre le pied sur le ballon, l'Espagne est juste injouable car cette année, l'Espagne a plus que jamais les armes pour concrétiser ses occasions. Et si la selección arrivait à vaincre son cycle indien, ce serait une bonne nouvelle pour le foot en général.

Les Pays-Bas aimeraient célébrer le 20ème anniversaire de leur victoire à l'Euro 88 en remportant le 2ème trophée de leur histoire. Ecueil de taille, les Orange devront d'abord éliminer la France, l'Italie et la Roumanie, équipe qui les avait devancer lors de la phase de qualification. Les armes offensives sont là avec Van Nistelrooy, Huntelaar, Kuyt, Van Persie ou Robben avec Sneijder et Van der Vaart pour les approvisionner en bons ballons.
C'est derrière que ça se gâte avec des défenseurs empruntés et à la relance douteuse. Or ce qui a fait la force du jeu Néerlandais depuis les années 70 est d'avoir fait du libéro (Krol, Koeman ou De Boer) le premier attaquant. Difficile d'imaginer le très emprunté Wilfred Bouma dans ce rôle. Contrairement à la tradition locale, on ne pourra pas compter sur les latéraux pour créer le surnombre en attaque : Ooijer et De Cler sont loin d'être références au poste de latéral.

La Suisse jouera à domicile et espère confirmer sa montée en puissance en se qualifiant pour les quarts. C'est largement à la portée de cette équipe qui pourra compter sur Freï, Barnetta et Vonlanthen pour mettre le feu en attaque. Derrière, la Suisse est plutôt solide car encaisser 0 but à la Coupe du Monde avec Zuberbühler dans les cages, c'est juste surnaturel ! Cette performance demande à être confirmée car une défense où Patrick Müller est titulaire indiscutable, ce n'est pas très rassurant.
A part ça, les Helvètes sont sérieux mais sans réel génie. Disciplinés tactiquement mais ils ne marquent pas beaucoup de buts. La plupart des joueurs de la sélection n'ont pas beaucoup joué pour causes de blessures ou d'une concurrence trop vive. Cela ne vous rappelle rien ? La Grèce de 2004, bien sûr !

La Grèce a remporté, à la surprise générale, l'Euro 2004 en pratiquant un jeu ultra restrictif Hellas : 10 défenseurs et Charisteas tout seul devant. Personnellement, j'étais content car j'ai remporté un appareil photo mais on ne peut pas dire qu'on ait vécu de grands moments footballistiques.
Cette année, la Grèce devrait remettre le couvert en jouant prudemment mais son jeu devrait être un peu plus porté vers l'avant grâce à l'éclosion de Gekas (meilleur buteur de la Liga en 2006-2007) et u talent de Samaras. Les Grecs devraient développer un football sans génie mais sérieux, collectif, intelligent et ultra réaliste. Ce n'est pas pour rien que les Hellènes sont entraînés par un Allemand de la vieille école.

Les surprises

Il y a 4 ans, la République Tchèque était l'un des grands favoris de l'Euro 2004 mais depuis, les choses ont changé et le espoirs ont fané : Poborsky, Smicer et Nedved ont pris leur retraite internationale, Rosicky est forfait sur blessure, Koller trimballe difficilement sa grande carcasse alors que Milan Baros réalise ses plus belles accélérations au volant de sa Ferrari. Et derrière, une défense centrale où Rozehnal est titulaire ne peut pas être bien rassurante. Mais si Petr Cech multiplie les exploits, si Jankulovski met le feu dans son couloir gauche et si Martin Fenin explose aux yeux de l'Europe, une bonne surprise est toujours possible.

La Suède a une bonne équipe mais l'ensemble paraît trop dépendant d'un simple joueur : s'il est dans un bon jour, Zlatan Ibrahimovic est sans doute le meilleur attaquant du monde et peut transcender une équipe. Mais l'attaquant de l'Inter est trop irrégulier, ce qui est également le cas de son compère Johan Elmander. C'est donc un peu l'inconnue concernant cette équipe qui, Kallström mis à part, manque un peu de génie au milieu. La présence de Ljungberg et Wilhelmsson, qui sortent tous deux d'une saison catastrophique, montre bien l'étroitesse du réservoir de joueurs dont dispose la Suède et ça risque de manquer de percussion sur les côtés. Tout dépendra donc de la forme du duo Ibrahimovic - Elmander ; capable de dynamiter n'importe quel défense un jour, aussi inoffensif que l'agneau qui vient de naître un autre jour.

Enfin, la Roumanie a un gros potentiel et jouera peut-être ses matches les plus difficiles lors du 1er tour. Les Roumains sont des latins et jouent donc un football assez fin : l'équipe difficile à jouer par excellence même si la défense n'est pas toujours très sereine malgré Goian. S'ils sortent indemnes du "Groupe de la mort", ils peuvent même rêver du titre grâce à Chivu et à Mutu, qui est sur des bons rails (de coke ?) depuis qu'il a rejoint la Fiorentina.

Les grosses cotes

La Russie est entraînée par Guus Hiddink et c'est un peu le seul motif d'espoir pour une sélection qui sera privée de ses deux meilleurs joueurs : Pogrebnyak et Arshavin (suspendu 2 matches pour une expulsion contre... Andorre). Parce que ce n'est pas avec Semak ou Sychev que les Russes peuvent espérer faire trembler les filets adverses. Derrière, c'est costaud sans être exceptionnel, à l'image des frères Berezoutski : les jumeaux russes les plus célèbres depuis Igor et Grichka Bogdanov. Enfin, c'est Hiddink qui entraîne avec son armée de pharmaciens donc les Russes devraient courir et faire courir leurs adversaires !

La Croatie a éliminé l'Angleterre lors des qualifications mais ne semble pas armée pour aller plus haut. Le milieu de terrain est ultra talentueux et seule l'Espagne a un entrejeu plus technique : le trio Kranjcar - Modric Srna devrait faire tourner bien des têtes. Malheureusement, la blessure d'Eduardo réduit considérablement le pouvoir offensif de l'équipe. Derrière, c'est costaud et expérimenté mais c'ests surtout vieillissant : et quand on sait que la vitesse n'a jamais été le point fort des Kovac, Simic ou Simunic...

La Turquie est peut-être l'équipe la plus offensive de la compétition avec les Emre Belözoglu, Tunçay, Hamit Altintop et Nihat. Le revers de la médaille est que la solidité défensive de cette équipe est plus que douteuse et que les adversaires des Turcs risquent de se balader en contre attaque. Et quand ils jouent contre nature, ils perdent toute leur fantaisie et deviennent vite inoffensifs. S'ils arrivent à conjuguer rigueur défensive et audace offensive alors tout est permis : mais ça s'annonce aussi compliqué que leurs retrouvailles bouillantes avec les Suisses !

Enfin, l'Autriche devrait valser dès le premier tour : normal quand on joue tous ses matches à Vienne ! La politique de l'Autriche sera de jouer viril les deux premiers matches (normal, le gardien s'appelle Macho) en attendant le 3ème match face à l'Allemagne. Normalement, la Mannschaft devrait avoir remporté ses 2 premières rencontres et les Autrichiens peuvent espérer reproduire le schéma de 1982 où les deux équipes s'étaient entendues sur le résultat pour se qualifier toutes les deux. Sans cet arrangement entre amis, les chances de l'Autriche sont quasi nulles et si elle n'avait pas été pays organisateur, elle n'aurait pas été invitée au festin à la table des grands d'Europe. Grands d'Europe qui devraient se régaler si par miracle, l'Autriche passait le premier tour !

Alors qui va gagner l'Euro ? Faites vos jeux !