Un match nul dans tous les sens du terme, voilà ce que nous a offerts l'équipe de France de football face à une pâle équipe de Roumanie. Pourquoi être aussi frileux alors qu'on a toutes les armes en main pour l'emporter. Ce manque d'ambition prive les Bleus d'un succès qui leur aurait permis de prendre une option sur une place en quarts.
Parce que ce n'est pas la chaleur (22°c, c'est la canicule à Zürich ?) qui est responsable de cette prestation insipide, plutôt l'absence de jeu collectif et la frilosité tactique de Domenech. Cela n'est pas sans rappeler l'équipe de France de rugby de Bernard Laporte qui en jouant pour ne pas perdre avait fini par laisser des rencontres qui étaient à sa portée face à l'Argentine ou l'Angleterre.

Tout d'abord, on peut se demander pourquoi les Français ont mis si peu de rythme dans cette rencontre. Sans aucune accélération, aucun mouvement, il est impossible de prendre à défaut n'importe quelle défense. Surtout que l'on a pu constater que l'arrière-garde roumaine n'était pas particulièrement sereine. Hier, Ribéry a été étonnamment statique alors que sa grande force réside habituellement dans ses courses incessantes. Anelka a tenté quelques appels intéressants pendant les 30 premières minutes. Quant à Benzema, il a connu plusieurs approximations techniques indignes de son niveau mais il a eu le mérite de tenter sa chance et de provoquer la défense adverse.
Les milieux de terrain français n'ont pas été aidés par la faillite du trio offensif mais ils ne les ont pas non plus mis dans les meilleures dispositions pour attaquer. Sur le match d'hier, Malouda encore joué comme un deuxième arrière gauche et n'a quasiment fait que des passes vers l'arrière. L'absence de jeu collectif chez les français, une constante depuis 6 ans qui a été masquée par les exploits individuels des Ribéry, Henry ou Zidane, a été d'autant plus préjudiciable que l'équipe ne pouvait compter sur aucune des armes offensives pour emballer le match.
Le choix d'associer Toulalan et Makélélé durant toute la rencontre est également une erreur à mettre au passif de Domenech. Les Roumains, on s'en doutait déjà fortement avant le coup d'envoi, venaient chercher le 0-0 et ce n'est pas avec Niculae seul en pointe - vous savez le mec qui a permis au PSG de rester en Ligue 1 en ratant le ballon lors de chacun de ses tirs au Parc des Princes - qu'il y avait de quoi s'inquiéter. Dés l'heure de jeu, il aurait fallu faire rentrer Nasri qui aurait permis d'établir entre le milieu et l'attaque. Makelele aurait dû sortir car Toulalan était en meilleure former que le joueur de Chelsea qui a commis pas mal de fautes inutiles en fin de match, offrant ainsi des occasions de but aux Roumains qui ne pouvaient espérer tromper Coupet que sur coups de pied arrêtés. On peut également s'interroger sur la structure de la liste des 23 où il n'y a qu'un seul gaucher (et c'est Malouda...) alors qu'hier soir, la qualité de passe de Rothen et les dribbles de Ben Arfa auraient sans doute fait très mal aux Roumains.
La défense a fait son travail vu que l'équipe n'a jamais été mise en danger mais dans un match comme celui-ci, on attend bien plus d'eux et notamment, apporter du surnombre en attaque. Abidal a été très décevant et n'a jamais pris son couloir : sans doute avait-il trop à faire en défense face au terrible Rat qui fait trembler les arrières gauche du monde entier ? En plus, il n'a montré aucun semblant de complicité avec Malouda alors qu'ils ont passé 3 ans ensemble à Lyon et 2 en sélection ! La non titularisation d'Evra est d'autant plus incompréhensible. Quant à Sagnol, il est complètement à court de compétition et alors que le match s'est joué à un rythme de sénateur, il était essoufflé et à l'agonie au bout de 30 minutes. Et s'il ne monte pas pour apporter sa qualité de centre, il ne sert à rien. Enfin, Thuram et Gallas ont été trop lents dans la relance et n'ont pas donné la première impulsion nécessaire aux attaques françaises. Devant le peu de danger que représentait l'attaque roumaine (le seul Niculae face à 4 Français), pourquoi Gallas n'est pas monté apporter un surnombre en attaque pour débloquer le match comme a su le faire le Portugais Pepe face à la Turquie ?

Mais paradoxalement, je ne suis pas inquiet pour la suite de la compétition et je n'imagine pas une défaite de la France face aux Pays-Bas. Certes, les Néerlandais ont atomisé l'Italie 3-0 en développant un football offensif et plein d'allant (tout le contraire de la France) mais les Bataves ont eu un maximum de réussite : Van Nistelrooy est hors jeu sur le 1er but alors les 2ème et 3ème buts sont inscrits sur contre attaque alors que, les deux fois, l'Italie est tout près de faire trembler les filets de Van der Sar 30 secondes auparavant.
Surtout, les Pays-Bas sont une équipe joueuse et qui va être en pleine confiance avant la rencontre de vendredi : exactement, comme l'Espagne d'il y a 2 ans. A la différence que la défense des Oranje ne peut pas compter sur des Puyol ou Sergio Ramos. Le point faible des Néerlandais semble le récupérateur Orlando Engelaar qui est très limité techniquement et panique sous la pression adverse. Il faudrait donc le soumettre à un gros pressing et ainsi priver de ballons les excellents Sneijder et Van der Vaart.

Tactiquement, plusieurs modifications s'imposent dans la composition du onze de départ des Bleus. Abdial doit laisser sa place à Evra qui est sans doute le meilleur latéral gauche du monde à l'heure actuelle. En plus, les Pays-Bas n'ont pas un couloir droit impressionnant (Kuyt et Boulahrouz) et le Mancunien pourra sans doute proposer des solutions offensivement. Il faut également enlever Malouda et déplacer Ribéry à gauche ou dans l'axe pour qu'il soit plus libre de ses mouvements. Pour remplacer le Guyanais, soit on la joue défensif et on fait rentrer Vieira ou alors on essaye de produire du jeu et on met Govou voire Nasri.
Personnellement, je ne suis pas convaincu que le retour de Henry ou Vieira soit de nature à bouleverser le jeu français car ils sont tous deux loin de leur splendeur des années Gunners. Par contre, ce sont de vrais leaders (plus vrai pour Vieira que pour Henry), la France en a cruellement manqué hier (Thuram était capitaine mais sa seule obsession est de faire jouer son équipe bas pour qu'on ne voit pas qu'il n'avance plus) et ainsi, ils peuvent ainsi dynamiser le jeu des Bleus.
Plus sûrement, on peut espérer une montée en puissance physique des joueurs comme en 2006. Mais le style de jeu de l'équipe fait peine à voir et ce "tout pour la défense", digne du Sénégal 2002 ou de la Grèce 2004, fait peine à voir quand on connaît le potentiel offensif de l'équipe. "Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse" dit-on, mais quand on n'a ni l'un ni l'autre, la pilule est vraiment dure à avaler...