Petit retour sur les quarts de finale de cet Euro 2008 qui ont vu la qualification de presque tous les deuxièmes au sortir de la phase de la poule. Exit donc le Portugal, les Pays-Bas, la Croatie et l'Italie, l'exception qui confirme la règle.

Statistiquement, les Espagnols n'avaient pourtant aucune chance de se qualifier puisque, en plus d'avoir terminé en tête du Groupe D, ils n'avaient plus franchi le cap des quarts de finale depuis 24 ans et n'avaient plus battu les Transalpins en compétition officielle depuis 88 ans ! Mais la vérité du terrain a été tout autre et les Ibères méritent leur qualification face à une équipe d'Italie qui n'a à aucun moment cherché à produire du jeu et n'a jamais inquiété Iker Casillas car Luca Toni, leur seule arme offensive, était épuisé par une longue saison.
On a assisté à une rencontre d'un ennui monstre car les Espagnols, échaudés par leur défaite d'il y a 2 ans face aux Français, n'ont pas voulu se découvrir non plus. Témoin de cette frilosité ambiance : les d'ordinaire très offensifs Sergio Ramos et Capdevila, latéraux espagnols de leur état, n'ont que très peu arpenté leurs couloirs. Et comme Fernando Torres n'était pas dans un grand jour, que David Villa a laissé pas mal de forces dans ses replis défensifs et qu'Iniesta est clairement plus influent dans l'axe que sur un côté, on comprend mieux pourquoi ce choc annoncé n'a pas tenu toutes ses promesses. Seul le virevoltant David Silva a mis en difficulté les Italiens grâce à son pied gauche magique.
Il a donc fallu une séance de tirs aux buts pour départager les deux équipes et l'exercice a permis de mettre en exergue le seul point faible de Gianluigi Buffon qui tout au long de la compétition a fait honneur à son titre honorifique de "Meilleur gardien du Monde". En effet, si le portier de la Juventus a stoppé le penalty de Mutu face aux Roumains, il faut savoir que c'était son seul arrêt de toute la saison dans cet exercice de style si particulier. Rappelons-nous également que le 9 juillet 2006, il n'avait pas plongé une seule fois du bon côté lors des 5 tentatives des Français - sans oublier la Panenka de Zidane - en finale de la Coupe du Monde. Malheureusement pour les Italiens, en face, il y avait l'un des maîtres du genre : un certain, Iker Casillas...

En demi-finale, la Roja affrontera la Russie, magnifique bourreau des Pays-Bas, qui mérite amplement sa victoire tant le duo Archavine-Pavlyuchenko a fait souffrir l'arrière-garde néerlandaise qui a confirmé les lacunes entrevues au début de la compétition. La réussite, qui avait conduit les Pays-Bas à des victoires probantes en poules, a cette fois fui les Oranje : Sneijder, malgré de multiples tentatives, n'est pas parvenu à cadrer aussi facilement ses frappes que face à l'Italie ou la France. Ils ont bien fait preuve de belles ressources morales en arrachant les prolongations quelques minutes avant le coup de sifflet final mais cela n'a pas suffi.
Les Néerlandais auraient dû faire la différence physiquement physiquement au cours de ces 30 minutes de prolongations - alors qu'ils avaient pu faire tourner leur effectif lors du troisième match de poule - mais finalement, ceux sont eux qui ont marqué le pas. Officiellement, l'explication de l'insolente santé des Russes est qu'ils n'ont disputé que la moitié de leur championnat national tandis que leurs rivaux sont en fin de saison. Cela rappelle étrangement la condition physique exceptionnelle des Sud-Coréens de 2002 qui étaient alors entraînés par qui déjà ? Ah oui, un certain Guus Hiddink, le sorcier néerlandais qui ne dépasse jamais le stade des demi-finales. Mais cela est une toute autre histoire...

Outre les Pays-Bas, un autre grand prétendant à la victoire final est tombé et il s'agit du Portugal. Là non plus, il n'y a pas grand chose à redire sur la victoire de la Mannschaft qui a dominé la Seleçao au milieu de terrain. On peut d'ailleurs constater que cette rencontre a été la moins serrée de tous les quarts puisque c'est la seule où le vainqueur a pu être désigné à la fin du temps réglementaire.
A l'image de Cristiano Ronaldo (Le meilleur joueur du monde pour ses compatriotes et les prépubères, Conardo pour beaucoup d'autres), les Portugais ont été trop individualistes pour espérer l'emporter face à une équipe allemande qui les a étouffés au milieu. Pourtant la qualification allemande tient un peu du miracle tant la défense a paru friable : encaisser deux buts par Nuño Gomes et Helder Postiga, c'est quand même la loose.
Heureusement, Ballack, Klose et le duo Schweinsteiger-Podolski étaient là pour animer l'attaque allemande et solliciter un Ricardo, très loin des exigences requises pour évoluer à ce niveau. Il est d'ailleurs amusant de constater que les 2 compères du Bayern Munich ne brillent que tous les 2 ans et à chaque fois, au mois de juin. La magie des grandes compétitions sans doute...

Enfin, le dernier quart que nous allons évoquer est celui qui m'a paru le plus injuste : la Croatie a outrageusement dominé la Turquie mais, au final, est éliminée. La classe de Luka Modric a illuminé une rencontre bien terne éclipsée par un final renversant. Les hommes de Bilic ont dominé mais, à l'image d'Olic qui aurait pu réaliser un quadruplé, ont cruellement manqué de réalisme. Les supporters croates peuvent donc maudire l'attaquant d'Hambourg et Martin Taylor, le défenseur de Birmingham qui a sévèrement blessé Eduardo, l'attaquant brésilo-croate qui aurait pu faire la différence.
Pourtant, l'histoire aurait pu être belle puisque c'est Klasnic, greffé du rein, qui avait ouvert le score à la 119ème minute. Mais la Turquie, équipe très moyenne au demeurant, a un supplément d'âme qui lui permet de soulever des montagnes en plein cœur des Alpes : après avoir battu les Suisses à la 92ème minute, remonté 3 buts aux Tchèques en 15 minutes, ils ont arraché une égalisation tombée du ciel à la 121ème minute !
Mais ce miracle permanent devrait toucher à sa fin car minée par les blessures et les suspensions, la sélection entraînée par Fatih Terim ne peut plus compter que sur 15 joueurs pour la demi-finale face à l'Allemagne. Le sélectionneur envisage même de faire rentrer son 3ème gardien (Tolga) comme avant-centre si le besoin s'en faisait sentir ! Cette équipe ne fait décidément rien comme les autres...