Hier soir, l'équipe de France se présentait dans une version rajeunie et assez inexpérimentée puisque les Mandanda (2 sélections), Sagna (3 sélections), Mexès (9 sélections), Evra, Lassana Diarra, Nasri, Benzema (14 sélections chacun) sont encore des novices sur la scène internationale. Et leur entrée en matière restera dans les annales mais certainement pas de la manière dont ils l'auraient souhaitée vu que la France a subi sa plus grosse humiliation face à l'Autriche depuis 1940. Et encore, à l'époque, l'Anschluss avait permis aux Autrichiens de combattre sous les mêmes couleurs que leurs très puissants alliés Allemands et de remporter un succès fulgurant lors du printemps 1940.
La politique de l'Autriche a été assez simple lors de ce drôle de match puisque les co-organisateurs du dernier Euro ont d'abord adopté une stratégie attentiste avant de surprendre les Français par des attaques aériennes. Ainsi, dès la 8ème minute, Janko - ou plus sûrement Mexès - trompait Mandanda. Le même scénario allait se répéter à la 41ème avec un Aufhauser qui profitait de la passivité de Gallas et surtout de Mandanda pour donner deux buts d'avance à son équipe au repos. Govou allait réduire le score mais sur un corner pas très évident, un an presque jour pour jour après le match d'ouverture raté du XV de France face aux Argentins, Philippe Mexès allait rendre hommage au principal artisan du succès des Pumas - un autre grand blond en la personne de Rémy Martin - d'un superbe placage en pleine surface sur Janko. Pénalty logique transformé sans problème par le capitaine Ivanschitz.

Le score paraît irréel mais l'Autriche a bien battu la France 3 à 1. Comme dans chaque déroute, il est bon ton de désigner des coupables et Mexès semble être l'accusé tout trouvé puisqu'il ne regarde à aucun moment le ballon sur le premier but et se fait bêtement surprendre alors qu'il envoie inexplicablement son adversaire au tapis sur le 3ème but. Le meilleur défenseur du championnat d'Italie a donc particulièrement souffert face à Janko, terrible attaquant qui fait frémir les défenses du monde entier, et son mètre quatre-vingt seize. Bien sûr, le Romain mesure 9 centimètres de moins mais il aurait pu jouer sur sa vivacité afin de stopper l'attaquant adverse.
Autre accusé : Bakary Sagna, complètement catastrophique dans son couloir droit pourtant peu emprunté par les Autrichiens. Son match se résume à une succession de contrôles ratés, de centre à la Bernard Mendy et d'interventions plus que limites. L'ancien Auxerrois n'a pas le niveau international et il y a une véritable pénurie d'arrière-droits en Premier League pour que des Sagna ou des Chimbonda puissent être élus meilleurs joueur du chammpionnat à ce poste.
Egalement, Thierry Henry, qui en plus d'être nés le même jour (17 août 1977) et d'avoir été capitaine des Gunners, poussent la similitude à connaître un même déclin depuis la Coupe du Monde 2006. Le défenseur est moins tranchant dans les duels mais compense par sa science du placement. L'attaquant du FC Barcelone a de son côté basé son immense carrière sur sa capacité d'accélération semble courir après la forme depuis plusieurs années et se montre donc peu dangereux. En outre, sa volonté de vouloir effacer sa réputation d'individualiste forcené en cherchant à tout prix la passe décisive pour Benzema, en plus de rendre son jeu prévisible, est presque risible.
Enfin, Steve Mandanda, qui a été proclamé plus grand gardien du monde après 3 arrêts face à Erding à qui il faut habituellement 5 occasions avant de conclure, est passé au travers et sa responsabilité est fortement engagée sur le deuxième but où il ne sort pas pour soulager une défense aux abois sur les coups de pied arrêtés adverses. Il confirme ainsi les lacunes affichées dans le jeu aérien aperçues l'an dernier face à Porto ou lors du tour préliminaire de la Ligue des Champions. 5 buts encaissés en 3 sélections, c'est bien plus qu'un Landreau par exemple qui n'a concédé que 3 buts en 11 sélections. Bizarrement, le portier marseillais bénéficie d'une certaine impunité alors que depuis le début de la saison, il a quand même récupéré le ballon dans ses filets à 11 reprises en seulement 8 rencontres. Pour info, Lloris a réussi à préserver ses cages inviolées durant les 5 rencontres qu'il a disputées...

Mais le principal responsable de cette déroute est le collectif qui a tout simplement été défaillant notamment dans l'engagement. Les Français ont semblé bien timoré alors que l'arbitre de la rencontre n'avait pas le coup de sifflet facile. A l'exception de Toulalan qui a mouillé le maillot bleu jusqu'au bout, on peut même remettre en cause l'attachement des joueurs pour leur sélection car à aucun moment, on a aperçu un sentiment de révolte. Il vaudrait donc mieux parler d'absence de caractère dans une équipe qui manque de caractère.
Peut-être plus que ses joueurs, Raymond Domenech est le grand perdant de la soirée et a perdu le peu de crédit qui lui restait après un Euro raté. D'ailleurs, cette équipe de France devait être celle du renouveau et devait nous faire oublier le mois de juin dernier. Or, les lacunes affichées en Suisse sont toujours aussi criantes : défense fébrile sur les balles arrêtées, absence de créativité et de fond de jeu, manque de maîtrise technique, collectif aux abonnés absents et aucun sentiment de révolte.
Même s'il n'y est pour pas grand chose sur les buts encaissés, le sélectionneur a quand même sa part de responsabilité dans la défaite et l'absence de Mexès mise à part, on peut lui faire les mêmes reproches qu'il y a 6 mois quant à certains choix : la non complémentarité du duo de récupérateurs (Flamini à la place de Diarra serait une solution), l'absence de gauchers et de centreurs (Rothen à tout hasard), aucun joueur capable de tirer de loin (Cabaye ou Bodmer pourraient le faire)le manque de passeurs (Gourcuff pourrait être associé à Toulalan dans l'axe dans une option plus offensive) et de percussion au milieu de terrain (Giuly et Pires seraient intéressants dans ce registre). Mais malgré tout, Domenech se heurte à certaines limites inhérentes au réservoir de joueurs dont il dispose : Ribéry, Ben Arfa et Ménez blessés, les joueurs français percutants sont rares. A part Bodmer et Mexès, aucun défenseur français n'est doté d'une relance satisfaisante à part peut-être Bourillon ou Planus qui ne sont pas titulaires en club et n'ont pas le niveau requis. Au milieu, en l'absence de Vieira, il manque un "grand" capable de jouer vers l'avant : Bodmer pourrait tenir ce rôle mais il ne peut pas jouer à la fois au milieu et en défense.

Malgré tout,il y a quelques raisons d'espérer et la qualification pour la Coupe du Monde n'est pas encore compromise. Les Bleus ne seront certainement pas aussi malchanceux à chaque rencontre qu'à Vienne puisque les Autrichiens ont marqué sur leurs 3 seules occasions. Dans le meê temps, les Français ont trouvé la transversale à deux reprises et ont réussi à se créer des situations dangereuses. Même s'il n'a pas réussi à se trouver dans une position favorable, Benzema été intéressant par son activité alors que le réalisme, nouveau chez lui, d'un Govou pourra débloquer quelques rencontres serrées. Surtout l'espoir sera surtout entre les pieds de Franck Ribéry qui est le seul joueur français à destabiliser n'importe quel défense, en espérant les éclosions futures de Ménez et Ben Arfa. Enfin, la défaite des Roumains à domicile face aux Lituaniens est peut-être une chance pour les Français si les Baltes ne confirment pas cette performance.
Mais il faudra que chaque joueur hausse son niveau de jeu et que la France retrouve une véritable force collective. Certains changements s'impose selon moi comme la titularisation de Lloris, le replacement de Lassana Diarra au poste de latéral droit. Reste à savoir qui associer à Toulalan dans l'axe : Gourcuff pour une option plus offensive ou plus sûrement Flamini pour sa capacité à se projeter vers l'avant et son activité. Quant à Mexès, il semble difficile de le titulariser à nouveau alors pourquoi ne pas donner sa chance à Squillacci et à son jeu de tête plutôt qu'à Abidal, catastrophique dans l'axe face à l'Italie lors du dernier match de de l'Euro. Enfin, la faiblesse sur les balles arrêtées sera difficile à combler avec l'effectif actuel puisque seul Alou Diarra semble capable d'apporter un plus dans ce secteur mais le Bordelais, incapable de faire une plus de cinq mètres, est encore moins complémentaire de Toulalan que son homonyme !

Le match face à la Serbie mercredi sera donc crucial et une victoire est impérative pour se relancer dans la course à la qualification. Et en face, il y aura Zigic, il s'appelle Zigic, c'est un attaquant pas comme les autres qui culmine à 2m02 et qui est très à l'aise balle au pied. Bref, un joueur d'un tout autre calibre que Janko qui a fait si mal aux Français samedi soir.
La victoire est loin d'être assurée mais elle reste plus qu'accessible à une équipe qui pour séduire à nouveau les Français devra nous prouver qu'elle a du caractère. On espère que, comme le proclame son équipementier qui essaye de nous refourguer ses tenues hideuses, le maillot de l'équipe de France est plus qu'un maillot pour ceux qui auront la chance de le porter...