Lors du match aller, Lyon avait dominé Barcelone pendant une mi-temps pour mener 1-0 à la pause. Hier soir, Barcelone a dominé Lyon pendant une mi-temps pour rentrer aux vestiaires sur un score de 4 buts à un. C'est là toute la différence entre le haut et le très haut niveau européen.
C'est pour cela qu'il ne faut pas accabler Lyon qui, après Manchester l'an dernier, ne passe pas le stade des huitièmes de finales pour ne pas avoir eu de chance au tirage au sort et être tombé sur le futur vainqueur de la compétition. Car ce Barça-là est injouable : il est impossible de lui prendre le ballon et obligatoirement, au bout d'un moment, la défense craque surtout avec un Boumsong diminué et un François Clerc qui joue son 2ème match en 7 mois. Et l'addition est d'autant plus salée quand Barcelone se montre réaliste, ce qui n'est pas toujours son point fort, et transforme en buts ses quatre premières occasions.

Si la force du FC Barcelone réside principalement dans son collectif, je voudrais quand mettre en avant un joueur, sans doute pas le plus charismatique ni le plus médiatique, mais sans aucun doute le plus complet de tous les joueurs Baluagranas : l'inévitable Andrés Iniesta. Il n'était pas là au match aller et son absence a coïncidé avec le coup de mou des Barcelonais au mois de février, tout simplement parce qu'Iniesta est indispensable au jeu du Barça : jeu court, jeu long, accélérer, temporiser, récupérer, presser, dribbler, marquer, passer, il sait tout faire et il joue toujours juste. Et pour ne rien gâcher, il est d'une régularité rare et d'une mentalité irréprochable car prêt à se sacrifier pour le collectif. Peut-être qu'un jour, les jurés du Ballon d'Or se rendront compte qu'il est supérieur au surcôté Fabregas et qu'il fera un jour partie des 30 nominés pour cette récompense...

Pour cela, il faudrait que Barcelone gagne la Ligue des Champions et cela semble bien parti sauf si les blessures touchent Puyol, Xavi, Iniesta ou Messi. Car depuis, le début de la saison, aucune équipe d'Europe n'a la régularité des Catalans et ne domine ses adversaires avec autant de marge. Le trio magique Henry-Eto'o-Messi n'a pas d'équivalent et peut déstabiliser n'importe quelle défense regroupée : d'ailleurs, c'est ce qu'ils font chaque semaine ! Et derrière, il y a Xavi et Iniesta qui n'ont pas leur pareil pour conserver le ballon ou mettre leurs attaquants dans des conditions idéales pour trouver le chemin des filets. En plus dès que Barcelone perd le ballon (ce qui est plutôt rare), ces deux joueurs mettent très rapidement un pressing très haut qui permet à Yaya Touré de récupérer très facilement le ballon et d'asphyxier l'adversaire.
Le seul (petit) bémol serait à mettre au débit de la défense qui n'est pas au niveau (exceptionnel) du reste de l'équipe reste tout à fait convenable puisque c'est la 2ème meilleure défense de Liga. Victor Valdés n'est pas si mauvais qu'on voudrait le croire (les Médias Français sont bien plus indulgents avec un Mandanda quia pourtant commis bien plus de bourdes que le gardien Catalan depuis le début de la saison) et est même capable de réflexes prodigieux qui lui ont permis de remporter le
Trophée Zamora en 2005. Et derrière, les retours de Puyol et d'Abidal devraient permettre d'annihiler les contre-attaques adverses.
Oui car avec le Barça, il est difficile d'avoir la possession du ballon (65% en moyenne pour les Catalans), encore plus au Camp Nou où les Barcelonais savent tirer profit de la largeur du terrain pour étirer leur adversaire. Ou alors au prix d'efforts considérables comme ont pu le faire les Lyonnais à Gerland pendant 40 minutes. Et encore, à l'époque, Iniesta n'était pas sur la pelouse...

Dans la course à la Coupe aux Grandes Oreilles, on retrouvera 4 clubs de la Premier League. Pour moi cela n'est pas synonyme d'une domination de la Perfide Albion sur l'Europe du football car cette année, les clubs anglais ont surtout eu de la réussite. Chelsea n'a rien montré collectivement et a eu besoin d'un miracle (but plus qu'heureux d'Essien sur la seule occasion des Blues en 1ère période) et de l'aide de l'arbitre (non expulsion de Belletti qui finalement sera passeur décisif pour Drogba) pour venir à bout d'une Juventus de Turin pourtant privée de Camoranesi, Legrottaglie, Sissoko et Nedved (blessé en début de match) et ne pouvant plus compter que sur l'abattage de Tiago et le talent naissant de Giovinco pour faire la différence. Face à Arsenal, l'AS Rome aurait dû bénéficier qui aurait certainement envoyé les coéquipiers de Francesco en quarts alors que Casseti, Mexes, Juan (sorti juste après son but), De Rossi, Perotta, Panucci, Cicinho étaient absents. Et il a fallu une séance de tirs aux buts heureuse pour que les hommes d'Arsène Wenger se qualifient : en effet, les Romains ont échoué sur les deux seuls penalties qui ont été mal tirés alors qu'un Doni plus inspiré aurait pu stopper plus qu'une tentative londonienne.
Liverpool et Manchester United ont fait plus forte impression sans se hisser toutefois au niveau d'excellence de Barcelone. Ces derniers peuvent dire merci à la chance (un poteau et une barre pour l'Inter Milan
) et à Patrick Vieira (et son marquage lâche sur Vidic lors du 1er but mancunien) qui leur permettent de vaincre la malédiction du champion sortant qui depuis 2005 se faisait chaque année éliminer en 8èmes. Les Reds ont prouvé, si cela était encore nécessaire, qu'ils étaient essentiellement une équipe de Ligue des Champions car trop dépendant des Gerrard et Torres pour être régulier et remporter leur championnat. Leur victime d'un soir est un très faible Real Madrid qui n'a pas eu la réussite qui l'accompagne habituellement en Liga et lui permet de survivre derrière le Barça : et encore, Casillas était là pour éviter un score de baby-foot aux siens.
L'autre équipe de la capitale espagnole, l'
Atletico Madrid, peut aussi remercier son gardien Leo Franco qui a permis aux Matelassiers de rester invaincus dans cette compétition. Mais les Colchoneros étaient très loin de leur niveau de début d'automne et le FC Porto mérite sa qualification et retrouve les quarts pour la 1ère fois depuis 2004 et son sacre inattendu. Par contre, une autre équipe espagnole, Villarreal  et son jeu léché, accompagnera Barcelone en quarts (comme en 2006, tiens donc...) après avoir éliminé le Panathinaïkos qui ne peut compter que sur sa section basket pour briller en Europe : les hommes de Manuel Pellegrini ont su affronter une ambiance hostile en Grèce pour obtenir une qualification au courage, ce qui n'était pas forcément gagné pour cette équipe d'artistes qui prouve qu'il faudra compter sur elle pour la suite. Enfin, le Bayern Munich a fini d'humilier (7-1 après le 5-0 initial) une équipe du Sporting Portugal qui n'a même pas le niveau Coupe Intertoto pour tomber de la sorte face à une équipe mixte du Bayern. Si Lyon peut avoir un regret, c'est bien d'avoir "offert" la 1ère place du groupe au Bayern lors de la dernière journée : face à ces Portugais, l'OL se serait sans doute qualifié et Jean-Michel Aulas ne serait pas en train de pleurer dans les journaux français...

Pour la suite de la compétition, Porto et Arsenal me semblent les 2 équipes les plus faibles. Ensuite, je mets Villarreal, le Bayern et Chelsea sur le même plan. Liverpool et Manchester semblent au-dessus de ces équipes. Mais mon grand favori est plus que jamais le Barça car marquer 5 buts à une équipe du calibre de Lyon en y mettant la manière est sans conteste la performance de la soirée.
Les Barcelonais sont très réguliers depuis le début de la saison alors pourvu que ça dure ! Car c'est toute une philosophie de jeu, tournée vers l'attaque, la technique et l'intelligence de jeu qui serait sacrée. Et après la victoire de l'Espagne à l'Euro, ce serait une nouvelle leçon à méditer pour tous les techniciens de Ligue 1 et d'ailleurs ne jurant que par la défense et le muscle...