Le 6 novembre 1991, au 2ème tour de ce qui s'appelait encore la Coupe d'Europe des Clubs Champions, José Maria Bakero avait d'un coup de tête à la 90ème minute permis au FC Barcelone - alors mené 0-3 sur la pelouse de Kaiserslautern après l'avoir emporté 2-0 à l'aller au Camp Nou - de se qualifier pour le tour suivant. Ce but inespéré avait donné naissance à la fameuse Dream Team de Cruyff qui allait quelques mois plus tard triompher de la Sampdoria de Gènes en finale de la C1 à Wembley.
Il est probable que Guardiola, hier jour clé de cette équipe qui a enthousiasmé l'Europe, et aujourd'hui entraineur de talent, a longtemps espéré revivre un tel scénario hier soir, 17 ans et 6 mois après le but du milieu de terrain Basque, avant que le génial Andrés Iniesta n'offre à l'Europe entière la finale dont elle rêvait. Hier soir, Barcelone avait la foi (normal quand on veut aller à Rome) et a donc rejoint en finale de la Ligue des Champions un Manchester United qui a tranquillement dominé son sujet face à une équipe d'Arsenal trop juste pour le top niveau européen.

Si selon Nietzche, "Dieu est mort", les dieux du football doivent être, eux, toujours en vie car hier soir, ils ont choisi de récompenser la seule équipe qui ait fait honneur à ce sport au cours de cette demi-finale. Pendant 180 minutes, Chelsea a essayé de détruire son adversaire sans jamais rien construire. Le pire, c'est que les Blues ont essayé de mettre de l'impact physique dans chaque duel mais dès qu'un Barcelonais se mettait à utiliser les mêmes armes, le joueur londonien se retrouvait immédiatement au sol, se tordant de douleur après avoir été bousculé de la sorte par un boucher catalan. Au passage, cela permettait à Chelsea d'hacher un peu plus le rythme de la rencontre.
Le pire, c'est que le crime a failli payer car avec ce but venu d'ailleurs et de nulle part d'Essien, le scénario était parfait pour Chelsea qui pouvait laisser venir les joueurs Barcelonais s'écraser sur l'incroyable mur bleu mis en place par un Guus Hiddink que l'on a connu plus romantique. Chelsea pouvait voir venir et tuer le Barça en contre-attaque. C'est ce qui aurait pu se produire mais Victor Valdés est l'un des tout meilleurs gardiens d'Europe en un contre un et a remporté tous ses duels face à Drogba lorsque celui-ci préférait rester debout plutôt que s'affaler par terre pour gratter un penalty.
Après l'exclusion plus que sévère d'Abidal, la messe semblait dite pour les Blaugranas car dans l'animation offensive, seuls Iniesta - déjà - et Messi posaient des problèmes aux 11 défenseurs de Chelsea : Eto'o, comme depuis plusieurs semaines, était inexistant, Xavi moins précis dans ses passes qu'à l'accoutumée, Alves nerveux et incapable d'adresser un bon centre alors que Keita gênait plus les offensives catalanes qu'autre chose. Mais Chelsea a joué petits bras et plutôt que de chercher le KO en inscrivant un 2ème but, a joué petits bras et face à un tel talent offensif, il était impossible de préserver ses buts vierges pendant 2 rencontres. Une relance catastrophique d'Essien, l'altruisme de Messi et le talent d'Iniesta, qui s'offre là un joli cadeau d'anniversaire 5 jours avant de fêter son quart de siècle, ont suffi pour faire la différence.
Chelsea a beau crier au scandale au niveau de l'arbitrage, les Blues ont vite oublié le carton rouge injustifié donné à Abidal qui aurait dû leur permettre de triompher. Et sur les 5 pénaltys qu'ils réclament, seule la main de Piqué aurait pu être sifflée mais encore, elle est clairement involontaire. Et avec toute leur expérience, les hommes de Guus Hiddink savaient très bien que plus, on cherche à obtenir un coup de sifflet, moins on l'obtient. L'attitude de Drogba est en cela ridicule car il a passé son temps à faire faute sur Piqué et Yaya Touré et n'a pas supporté qu'on ose lui répondre sur le même registre. Comme souvent avec les Anglais, le fair play est surtout valable quand on gagne.
Et globalement, l'arbitrage sur les deux rencontres, a été plutôt favorable aux joueurs de Chelsea car de nombreux contacts n'ont pas été signalés. Et il ne faut pas non plus oublier le pénalty non sifflé sur Henry au Camp Nou, la faute est bien plus évidente que ce qu'ont pu quémander les Blues hier, avec Puyol qui écope d'un carton jaune le privant du match retour sur l'action qui suit. Et sur les deux matches, Cech a été plus sollicité que Valdés (6 arrêts contre 4 pour le Barcelonais), preuve de la domination Barcelonaise.

Lors de l'autre demi-finale, comme à l'aller, Manchester a tranquillement disposé d'une équipe d'Arsenal, tout simplement surcotée. Une équipe ne peut pas prétendre jouer une Finale de Ligue des Champions avec un Song au milieu ou avec Sagna comme latéral droit. Wenger était confiant avant la rencontre, ce qui m'a surpris, et lui aussi voit sans doute ses joueurs plus beaux qu'ils ne le sont. Il y a quelques temps, il avait comparé Fabregas à Platini alors que celui-ci est bien inférieur à Xavi, à Xabi Alonso ou à l'inévitable Iniesta. Les Adebayor, Denilson, Diaby, Nasri, Fabregas, Walcott sont encore très loin du niveau des Henry, Petit, Vieira, Pirès, Bergkamp ou Ljungberg et, même s'ils sont jeunes, n'atteindront peut-être jamais les sommets côtoyés par leurs ainés. Et quand en plus, Gibbs et Almunia offrent deux buts aux Mancuniens, c'est mission impossible.
Au cours de ces deux matches, Manchester ne s'est fait aucune frayeur et réussit donc l'exploit de se qualifier pour une deuxième finale de Champion's League de rang, ce qui n'était pas arrivé depuis Valence en 2000 et 2001. Et c'est mérité car, comme les Barcelonais, les Red Devils proposent un jeu porté vers l'avant même si leur collectif est moins huilé que celui des hommes de Guardiola. L'an passé, Manchester avait écarté Barcelone en demi mais les choses ont changé cette année : Barcelone ne s'est pas fait éliminer en demi-finales sur une frappe lointaine d'un milieu de terrain d'un club anglais...