Hier soir dans la ville éternelle, le FC Barcelone 2008-09 est définitivement rentré dans l'histoire en réalisant un triplé jamais réalisé par un club Espagnol, pas même le grand Real Madrid des années 50 : la Liga, la Coupe du Roi et la Ligue des Champions. Dans l'histoire, seule une équipe par décennie a réalisé l'exploit de remporter la C1 ainsi que son championnat domestique et sa coupe nationale : le Celtic Glasgow en 1967, l'Ajax Amsterdam en 1972, le PSV Eindhoven en 1988 et Manchester United en 1999.

Sans conteste, le Barcelone de Guardiola est l'équipe de ce 21ème siècle, non seulement par les résultats probants qu'il a obtenus mais surtout par le jeu ultra spectaculaire, ultra technique et ultra offensif qu'il a développé tout au long de l'année. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 157 buts (104 en Liga, 37 en C1 et 17 en Coupe du Roi) en 62 rencontres (37 de Liga, 16 en C1 et 9 en Coupe d'Espagne), soit une moyenne hallucinante de 2,53 buts par match. Et le plus impressionnant, c'est que ce Barcelone-là a réalisé quelques un de ses plus gros cartons face à de grosses écuries : 5-0 face à la Corogne, 4-0 face au FC Séville, 6-1 face à l'Atletico Madrid, 4-0 face à Valence, 5-2 face à Lyon, 4-0 face au Bayern Munich sans oublier le mythique 6-2 à Santiago Bernabeu.

La dernière victime de cette équipe hors norme est donc le Manchester United de Cristiano Ronaldo qui était pourtant donné favori avant le coup d'envoi. Les Mancuniens avaient disaient-on une plus grande profondeur de banc, un milieu capable d'étouffer les Barcelonais et pouvaient compter sur la meilleure défense du monde. Sans oublier, Cristiano Ronaldo qui était présenté comme plus complet que Leo Messi qui était décrit comme incapable de marquer face à une équipe anglaise.
Bien entendu, ces prédictions se sont révélées complètement fausses. Messi, comme un symbole, a marqué et, du haut de son mètre soixante-neuf, s'est payé le luxe de devancer de la tête les géants Vidic et Ferdinand pour tromper le mètre quatre-vingt dix-sept de Van der Sar. De son côté, Cristiano Ronaldo (toujours aussi transparent dans les grands rendez-vous), a prouvé qu'il ne méritait pas son Ballon d'Or 2008 en pêchant par individualisme, n'inquiétant jamais Victor Valdés. En plus de prendre une leçon de football, il a eu droit à une bonne leçon tout court de la part de Xavi suite à son vilain coup de coude sur Puyol en fin de match.
Contrairement au match contre Chelsea, Barcelone s'est facilité la tâche en se montrant aussi réaliste qu'un club anglais. Suite à une percée et à un décalage de l'excellentissime Iniesta, Eto'o crochète Vidic et trompe Van der Saar qu'on a connu plus réactif. Manchester, malgré 10 bonnes premières minutes, n'allait jamais s'en remettre, rendant les armes sans combattre. Les changements de Ferguson n'y feront rien : MU balance de longs ballons et Ronaldo joue tout seul devant. Pendant ce temps là, le milieu du Barça prouve, si c'était encore nécessaire, qu'il n'avait rien à voir avec celui de Barcelone et se ballade pendant 80 minutes. Ça temporise, ça accélère quand c'est nécessaire et ça se place parfaitement pour enrayer les attaques des Red Devils. Du grand art !

Ce succès est bien entendu celui de Guardiola qui a fait d'une équipe aux abois l'an passé, une machine de guerre cette année. Pourtant, seuls 2 joueurs du 11 type (Daniel Alves et Piqué) sont arrivés à l'intersaison. La rigueur et la discipline collective imposée par Pep a fait des merveilles et le pari de miser sur les joueurs formés à
la Masia s'est révélé payant. En effet, hier soir, sur les 11 titulaires, 7 étaient formés au club ! Une rareté à ce stade de la compétition qui permet de développer un jeu spectaculaire et offensif car la plupart des joueurs sont habitués aux exigences de ce système de jeu offensif et exigeant.
Cette équipe du Barça semble avoir de la marge sur ses rivaux car hier, il faut le rappeler, les 3 quarts de sa défense étaient suspendus ou blessés (Abidal, Daniel Alves, Marquez, sans oublier Milito) alors qu'Henry et Iniesta n'avaient pas joué depuis plusieurs semaines. De plus, cette équipe est jeune (seuls Heny, Abidal et Puyol sont nés dans les années 70) et a une belle marge de progression. Il manque juste un arrière latéral offensif et polyvalent (Lahm) et un milieu gauche (David Silva) pour soulager Henry. Mais dans le football, rien n'est acquis : on pouvait dire la même chose du Barça 2006 sauf que celui-ci n'a par la suite jamais retrouvé son niveau de jeu après sa victoire en C1, la faute notamment à une hygiène de vie discutable pour Deco et Ronaldinho. Les Messi et Iniesta semblent à l'abri de ces dérives mais peut-être que cette nouvelle Dream Team n'aura plus aussi faim que cette année...