Après le triplé historique du FC Barcelone, le sport Catalan est décidément à l'honneur cette année vu que les rugbymen de l'USAP ont décroché le 7ème titre de leur histoire, le premier depuis 1955. La domination des Catalans sur les sports collectifs européens aurait pu être encore plus grande si un Siskauskas en feu n'avait pas barré la route vers la finale de l'Euroligue à Juan Carlos Navarro et ses coéquipiers.
On peut faire une courte analogie entre ces deux succès de deux formations qui partagent le même slogan : "Més que un club". Le dénominateur commun à ces deux équipe est leur "catalanité" qui se répercute par un nombre important de joueurs formés au club ou dans les environs : 7 joueurs (Valdés, Piqué, Puyol, Busquets, Xavi, Iniesta et Messi) formés au Barça étaient titulaires lors de la dernière finale de la C1 alors que 6 membres du XV de départ Perpignanais (Mas, Olibeau, Pérez, Marty, Sid et Porical) samedi à Saint-Denis étaient issus des écoles de rugby des Pyrénées-Orientales. Autre point commun : ces équipes ont été en tête pendant une grande partie de la saison et s'appuyaient toutes deux sur une grande rigueur collective. La comparaison s'arrête là car contrairement aux Blaugranas, les Sang-et-Or n'ont pas brillé en Coupe d'Europe et surtout n'ont pas proposé un jeu aussi flamboyant que leurs homologues de la Costa del Maresme.

Toutefois, il faut reconnaître que par rapport aux années précédentes, les Catalans ont proposé un jeu de trois-quarts bien plus attrayant, basé sur la vivacité et l'évitement et alternant parfaitement jeu dans l'axe et sur les ailes. Il faut dire qu'un joueur est pour beaucoup dans cette métamorphose : Maxime Mermoz, qui n'était même pas remplaçant l'an passé au Stade Toulousain, a survolé la demi-finale et la finale. Mention spéciale également à Jérôme Porical (dont le père et le grand-père ont également joué des finales pour l'USAP au poste d'arrière) qui a passé deux pénalités longue distance et dont l'intervention dans la ligne est à l'origine de l'essai de David Marty qui, performance assez rare pour être signalée, n'a pas commis un seul en-avant au Stade de France !
Mais ce qui est le plus impressionnant, c'est que cette équipe a réussi à être championne de France malgré l'hécatombe qu'elle a connue au poste ô combien crucial de demi d'ouverture. En effet, Nicolas Laharrague, Steve Meyer et surtout Daniel Carter ont connu des blessures longue durée. Au final, ce sont Gavin Hume (centre de formation) et David Mélé (demi de mêlée comme son nom l'indique) qui ont tenu le poste. Enfin, ce qui me plaît dans cette équipe, c'est que dans ce rugby moderne où les kilos semblent prioritaires, l'USAP n'a pas hésité à envoyer ses poids lourds (Tonita, Tuilagi...) pour privilégier l'évitement et la mobilité et ça a payé ! Donc bravo à Jacques Brunel pour avoir transformé Perpignan en une machine à gagner. Et avec un adjoint de cette qualité, on a la confirmation que Bernard Laporte était vraiment un mauvais entraîneur, vu le jeu proposé par les Bleus sous son commandement.

Si le Canigou a pris feu, les volcans d'Auvergne sont eux restés bien éteints puisque comme le veut la tradition, l'ASM a encore perdu une finale de Championnat. Comme en 2008 face à Toulouse, comme en 2007 face au Stade Français et comme depuis des années, l'ASM est incapable de ramener le Bouclier de Brennus Place de Jaude. L'équipe a beau avoir changé de nom en 2004 (l'ASM Clermont-auvergne remplaçant l'AS Montferrandaise), les années passent, la défaite reste : 10ème revers en finale pour les Jaunards, record mondial, tous sports confondus.
Le pire, c'est qu'à chaque fois, l'ASM est tombée sur plus forte qu'elle et on ne peut donc pas parler de malédiction. Car les Auvergnats choisissent des joueurs à leur image, Pierre Mignoni en étant le parfait étendard, lui qui se rate dans toutes les grandes occasions. Broke James a beau marquer 1 000 points en une saison, il vient de rater sa 3ème finale consécutive. Rougerie et Audebert ont eux appris à perdre au centre de formation de l'ASM et ont bien appris leurs leçon puisqu'ils ont déjà perdu 4 finales sans en remporter une seule, un record là aussi (codétenu avec les Dacquois Pierre Albaladéjo et Jean-Claude Lasserre). Et Nalaga est définitivement surfait car trop prévisible et incroyablement maladroit...
Enfin, Vern Cotter a également sa part de responsabilité puisque son équipe développe un jeu trop stéréotypé : soit on tape un grand coup de pied, soit on attaque en envoyant systématiquement la balle à l'aile. Une fois devant au score, les Clermontois ont joué petit bras en se contentant de rendre la balle à leurs adversaires. Mais contrairement aux Toulousains en demi-finale, les Perpignanais ont su prendre le jeu à leur compte et profiter de la faiblesse défensive de Rougerie. Quelle idée de le titulariser au centre où ses lacunes défensives, en particulier face aux joueurs vifs, sont particulièrement criantes ? Surtout que dans le même temps, Benoît Baby était cantonné sur son aile où il a touché trop peu de ballons, lui le seul joueur capable de déstabiliser la défense Catalane...
Pour l'an prochain, je vois bien Clermont perdre une nouvelle finale mais face au Biarritz Olympique cette fois car chaque année, c'est une équipe différente qui brise les espoirs Auvergnats. Et si Clermont veut un jour soulever le Bouclier de Brennus, peut-être devront-ils espérer rencontrer Brive en finale vu que les Corréziens n'ont jamais remporté de titre de Champion de France en 4 finales ? Ou alors il faudrait que la finale ait lieu en Auvergne car il faut se souvenir que c'est uniquement dans la montée du Puy-de-Dôme que Raymond Poulidor, la version cycliste de l'ASM, a réussi à distancer Jacques Anquetil...