30 septembre 2008
Histoire des clubs de la Liga ACB : la Joventut Badalona
La Liga ACB, sans doute le championnat de basket le plus relevé après la NBA, reprend ses droits dès samedi. L'occasion pour moi de vous raconter l'histoire de quelques clubs phares de l'élite du basket espagnol. Pour le premier volet de cette série, nous allons évoquer le passé du prestigieux club de Badalone : la Joventut Badalona.
Histoire d'un mythe du basket-ball espagnol
La Joventut Badalona est la seule équipe de la Liga ACB avec le Real Madrid et l'Estudiantes, à avoir toujours évolué au sein de l'élite du basket espagnol. La salle des trophées du club est bien garnie puisque la Penya a remporté une Coupe d'Europe, deux Coupes Korac, une Eurocoupe, une Coupe ULEB, quatre Ligas ACB, huit Coupes du Roi et onze Ligas Catalanes.
Tout a commencé en 1930 à Badalone, ville au nord de Barcelone, avec la création d'un club omnisports (basket, cyclisme, tennis de table et football) s'appelant alors Penya Spirit of Badalona. En 1932, l'entité change de nom pour devenir le Centre Esportiu Badaloní. C'est en 1939 que le club adopte son appellation actuelle de Club Joventut de Badalona, nom qui sera espagnolisé sous Franco en Club Juventud de Badalona, ce qui signifie toujours en Français "Club de la Jeunesse de Badalone". Au gré des changements de sponsor, la dénomination commerciale a varié au cours des années - on a par exemple connu la Joventut Schweppes, la Joventut Sony ou encore la 7up Joventut - et depuis 2001, on parle de la DKV Joventut Badalona, du nom de la société de crédit allemande partenaire du club.
C'est au cours des années 40 que le basket est devenue l'activité principale de l'entité et que les couleurs vertes et noires ont définitivement été adoptées. Pourquoi un maillot vert et un short noir ? La légende voudrait que lors de la fondation du club en 1930, c'était tout simplement les seuls équipements disponibles dans le magasin de sport.
En 1955, Badalone participe au premier championnat national pour ne jamais quitter l'élite du basket espagnol. Cette longévité est en grande partie au centre de formation du club, la Escola de Bàsquet, où sont passés les Josep Maria Margall, Jordi Villacampa (l'actuel président de la Penya), Rafael Jofresa et plus récemment Álex Mumbrú, Rudy Fernández, Raúl López et bien sûr Ricky Rubio. L'importance accordée à la cantera est la marque de fabrique d'un club dont l'identité repose également sur un jeu rapide et agressif.
Malgré une présence constante dans la Liga ACB, la Joventut est surtout célèbre pour ses épopées européennes du début des années 90. En 1992, l'équipe arrive au Final Four dans la peau du favori et va disputer une finale d'anthologie face au Partizan Belgrade de Danilovic et Djordjevic. A quelques secondes de la fin de la rencontre, le meneur catalan Tomás Jofresa inscrit un panier en pénétration qui donne deux points d'avance à la Penya. Mais Djordjevic choisit ce moment pour remonter le terrain à toute vitesse et inscrire un 3 points venu d'ailleurs : le Partizan s'impose 71 à 70. Un peu plus tôt dans la saison, lors de l'Open Mac Donald's organisé à Paris, Badalone avait également connu une fin de match à suspense puisque les Catalans, menés 116 à 114 dans les ultimes secondes d'une finale les opposant aux Lakers, s'étaient vu siffler un marché imaginaire lors de l'ultime possession.
Deux ans après l'échec d'Istanbul, la Penya allait mettre fin à cette "malédiction" des fins de match en remportant remportant l'édition 1994 de la Coupe d'Europe. Désormais entraînés par Obradovic, l'entraîneur du Partizan en 1992, Badalone s'impose grâce à un 3 points de Corny Thompson lors des ultimes secondes de cette finale disputée face à l'Olympiakos. La Joventut est le premier club catalan à remporter cette compétition, 9 ans avant le FC Barcelone.
Ces deux rencontres en images :
1992 et Djordjevic :
1994 et Thompson :
Quelques grands noms du club :
Francesc "Nino" Buscató (1964-1974)
‘Matraco’ Margall (1972-1990)
Jordi Villacampa (1980-1997)
Rafael Jofresa (1983-1995 et 1999-2003)
Corny Thompson (1990-1994)
Mike Smith (1991-1995)
Álex Mumbrú
(1996-2002 et 2004-2006)
Rudy Fernández (2003-2007)
Le Palmarès complet :
Euroligue : 1994
Coupe ULEB : 2008
FIBA EuroCup : 2006
Coupe Korac : 1981, 1990
Championnat d'Espagne : 1991, 1992, 1967, 1978
Finaliste de la Liga ACB
: 1985, 1987, 1990, 1993
Coupe du Roi : 1948, 1953, 1955, 1958, 1969, 1976,
1997, 2008
Ligue catalane: 1986, 1987, 1988, 1990, 1991, 1992, 1994, 1998,
2005, 2008
Infrastructures :
La Joventut évolue au Pavillon Olympique de Badalone qui a été construit à
l'occasion des Jeux Olympiques de Barcelone. C'est dans cette enceinte de 12 500
places qu'a évolué la Dream Team de 92 qui a émerveillé la planète entirère.
A l'heure actuelle, 3 maillots sont retirés :
Numéro 5: Rafael Jofresa
Numéro 7: Josep Maria Margall
Numéro 8: Jordi Villacampa
La Saison 2008-2009
L'exercice 2007-2008 a été plutôt positif pour la Joventut qui a réussi le
doublé Coupe du Roi - Coupe ULEB et a atteint les demi-finales de la Liga ACB où
elle a échoué face au voisin Barcelonais. Malheureusement, ces succès ont
suscité des convoitises et le joueur clé et emblématique de l'équipe, Rudy
Fernández a traversé l'Atlantique alors que l'excellent Lubos Barton a pris la
ligne 1, changé à Espanya, pris la 3 pour se retrouver au Palau Blaugrana.
Malgré tout, cette équipe fait toujours partie des prétendants au titre et
son parcours sera suivi attentivement car tout le monde guette l'explosion de la
nouvelle star du club : Ricky Rubio, 18 ans le 24 octobre.
La saison a
plutôt bien démarré puisque, bien que privée de Rubio et de Mensah-Bonsu,
Badalone a remporté la Ligue Catalane face au Barça. Mais l'élimination en
demi-finale de la Supercopa face à Saragosse a laissé entrevoir quelques
faiblesses.
L'effectif :
Meneurs : Demond Mallett, Pau Ribas, Ricky
Rubio
Arrières : Bracey Wright, Ferran Laviña
Ailiers : Luka Bogdanovic,
Simas Jasaitis
Ailiers-Forts : Jan-Hendrik Jagla, Pops Mensah-Bonsu
Pivots : Eduardo Hernández-Sonseca, Henk Norel
Les Mouvements :
Arrivées : Bogdanovic (Le Mans), Norel (Alicante), Mensah-Bonsu (Grenade),
Wright (Aris), Jasaitis (Vitoria)
Départs : Barton (Barcelone), Fernández
(Portland), Popovic (Estudiantes), Flis (Lleida), Moïso (Khimki)
L'équipe est entraînée par Sito Alonso, un jeune entraîneur de 33 ans.
Il succède à Aíto García Reneses, dont il était l'adjoint depuis 2005, qui avait
quitté le club pour mener la Séleccion à la médaille d'argent aux Jeux de Pékin.
Aíto est désormais l'entraineur de l'Unicaja Malaga.
30 avril 2008
Ils sont morts les soleils ?
Le 1er tour de Playoffs NBA depuis le Utah Jazz - Houston Rockets de 1995 a donné son verdict : les Spurs remportent la série 4 victoires à 1 face aux Suns. Si le score est sévère pour Phoenix qui a fait jeu égal avec le Champion tout au long des 5 matches, cette élimination précoce marque sans doute la fin d'un cycle pour une équipe qui aura marqué le milieu des années 2000.
Petit flash-back 4 ans en arrière : nous sommes en avril 2004 et les Suns ne sont pas qualifiés pour les Playoffs et présentent un bilan catastrophique de 29 victoires pour 53 défaites. Le départ de Stephon Marbury, la pseudo star de l'équipe, pour New-York en cours de saison ayant fini d'achever une équipe qui ne peut compter que sur Shawn Marion et le rookie de la saison précédente, Amare Stoudemire. Fin 2003, un nouveau coach, Mike D'Antoni, qui avait jusque là bâti sa réputation en tant que joueur et qu'entraîneur prend les rênes de l'équipe sans susciter un enthousiasme débordant...
A l'intersaison, le meneur Steve Nash, un ancien de la maison, arrive en tant qu'agent libre en provenance de Dallas. Malgré ce renfort de choix, les observateurs, qui n'ont d'avisés que le nom, ne voient pas les Suns briller à l'aube de la saison 2004-2005. Mais le Canadien se révèlera être le chef d'orchestre idéal du jeu ultra offensif prôné par D'Antoni : Marion et Stoudemire se régalent en contre-attaque alors que Quentin Richardson et Joe Johnson allument à 3 points. A la surprise générale, les Suns finissent premiers de la saison régulière avec 62 victoires et Nash est logiquement élu MVP. Surtout, avec les succès des Suns, un vent nouveau souffle sur la NBA où les schémas défensifs étaient de rigueur depuis les années 90 et avaient contribué aux succès des Bulls, Lakers, Spurs et autres Pistons. Phoenix fait école et de nombreuses équipes adoptent, avec plus ou moins de succès, le Run 'n Gun.
Mais la défaite 4-1 en finale de Conférence face aux Spurs ramène Phoenix à la dure réalité : pas de bague de champion sans une défense digne de ce nom. C'est pourquoi, à l'intersaison, Raja Bell, Kurt Thomas et Boris Diaw viennent renforcer l'assise défensive de l'équipe. Malgré l'absence de Stoudemire pendant toute la saison, les Suns confirment (alors que certains de nos chers observateurs les voyaient finir 9ème) et chaque joueur hausse son niveau de jeu pour compenser l'absence de l'intérieur vedette. Boris Diaw explose littéralement et remporte le titre de MIP (joueur ayant le plus progressé) et Nash, au sommet de son art, remporte un deuxième titre consécutif de MVP. Phoenix finit troisième à l'Ouest (54-28) mais s'incline une nouvelle fois en finale de Conférence (4-2), face au Dallas de Dirk Nowitzki cette fois.
Avec le retour de Stoudemire, la saison 2006-2007 s'annonce prometteuse pour les joueurs de l'Arizona et elle sera plutôt réussie puisque les Suns finiront avec le 2ème meilleur bilan de la saison régulière (61-21) et Barbosa sera élu meilleur sixième homme. Mais une nouvelle fois, Nash et cie échoueront en demi-finales de Conférence (4-2) face aux Spurs, futurs champions, dans une confrontation qui est considérée comme la véritable Finale NBA. Les Suns auraient très bien pu l'emporter mais le sort de la série a véritablement basculé dans le match 4 : Robert Horry envoie Steve Nash sur la table de marque, Raja Bell s'énerve et prend une technique alors que Diaw et Stoudemire sont suspendus un match pour être entrés sur le parquet alors qu'ils auraient dû rester sur le banc. Déstabilisé par cet évènement et l'absence de deux joueurs clés, Phoenix laisse San Antonio s'envoler vers le titre.
Avec un effectif quasi-inchangé, les Suns avaient logiquement de grosses ambitions mais un évènement va complètement modifier le cours de leur saison : en janvier, les Lakers, auteurs d'un début de saison au-delà de toutes leurs espérances, enregistrent l'arrivée de l'excellent Pau Gasol (MVP du Mondial 2006, Rookie de l'année 2002) en échange d'une armée de tocards. L'onde de choc se répand dans toute la ligue et toutes les équipes cherchent à renforcer leur secteur intérieur. Phoenix, qui a stagné alors que la concurrence se fait de plus en plus rude à l'Ouest (Dallas, San Antonio, Los Angeles, Utah, Denver, La Nouvelle-Orléans, Golden State, Houston...) tente alors un coup de poker : échanger Shawn Marion, homme à tout faire de D'Antoni, contre le vieux mastodonte Shaquille O'Neal.
Malheureusement, la sauce ne prendra pas et les Suns perdront leur âme en proposant un jeu bâtard où ils auront perdu leur efficacité passée en contre-attaque sans réellement progresser sur le jeu placé et défensif. Nash est exténué par l'absence de turnover de son coach et le poids des ans se fait sentir, Stoudemire et Barbosa bouffent tous les ballons, Diaw est perdu sur le parquet, Hill à l'infirmerie alors que le Shaq est à des années lumières de son lustre passé. Au final, les Suns finissent la saison avec un honorable 55-27 qui leur offre la sixième place à l'Ouest et le redoutable honneur d'affronter les Spurs au premier tour.
S'ils ont offert un basket d'un haut niveau durant la série, les Suns ont payé l'absence de Marion car Ginobili et surtout Parker se sont baladés alors que dans le même temps, O'Neal et Stoudemire ont énormément souffert face à la classe naturelle de Tim Duncan. Bien sûr, Phoenix aurait mérité mieux, à l'image de ce final de folie dans le premier match mais globalement, les Spurs étaient plus forts.
Se pose maintenant la question de l'avenir de cette équipe où Nash (34 ans), O'Neal et Hill (36 ans chacun) sont proches du crépuscule. D'Antoni devrait partir du côté de New York et même si cette équipe a de l'orgueil (cf le match 4 face à San Antonio), le soleil est moins resplendissant sur l'Arizona.
Les soleils se sont couchés à l'Ouest et c'est toute une philosophie de jeu qui a fait un bien fou à la NBA qui s'éteint avec cette défaite. 2009 me fera peut-être mentir mais cette équipe des Suns restera dans l'Histoire comme une grande équipe de saison régulière mais pas de phase finale...
31 juillet 2007
La fin d'une époque
Cette saison 2006-2007 aura vraiment marqué un tournant dans l'histoire du basket européen. Pourquoi ? Parce que l'histoire des joueurs Européens en NBA compte deux jolis chapitres supplémentaires avec les titres, mérités, de MVP de la saison régulière et MVP des finales de Dirk Nowiztki et Tony Parker. Les seules récompenses qui manquent encore à l'appel sont : Défenseur de l'année, MVP du All Star Game et vainqueur du Slam Dunk Contest. A part le 1er, rien de bien important.
Pendant ce temps là, sur le Vieux continent, une page d'Histoire se tournait avec les retraites de 3 symboles d'une époque désormais résolue : Dejan Bodiroga, Jim Bilba et Frédéric Fauthoux. 3 joueurs, 3 styles et 3 empreintes différentes...
A tout seigneur, tout honneur, place à l'immense Dejan Bodiroga : symbole de ces joueurs Européens pétris de talent mais qui n'ont pas tenté leur chance Outre-Atlantique. Sans trop s'avancer, on peut même affirmer que le Serbe est sans doute le joueur le plus talentueux n'ayant pas évolué en NBA. En 2002, Sacaramento (franchise qui l'avait drafté en 2005) le convoitait fortement pour recréer, aux côtés de Vlade Divac et Peja Stojakovic, une partie de l'équipe de Yougoslavie championne du Monde mais le cousin éloigné de Drazen Petrovic, alors au sommet de son art, préféra répondre aux appels du pied du FC Barcelone où il allait devenir l'idole du Palau Blaugrana. Ce qui est sacré exploit pour un joueur qui avait porté les couleurs du Real quelques années auparavant.
Bodiroga était un vrai joueur de basket, pas un de ces athlètes montés sur ressorts qui pullulent en NBA, avec une technique et une vision du jeu exceptionnelles. Tous les amateurs de basket se souviennent avec émotion de son "latigo" ou "coup de fouet" qui lui permettait d'éliminer n'importe quel défenseur. En plus de cela, le Serbe pouvait compter sur un shoot longue distance fiable, des fondamentaux parfaitement maîtrisés et plus l'enjeu était important, plus il savait se montrer décisif.
C'est tout naturellement qu'il s'est construit un palmarès impressionnant et trop long pour être cité dans sa totalité. On notera toutefois 2 titres de Champion du Monde assortis de 2 titres de MVP de la compétition, 3 titres de Champion d'Europe, 3 Euroligues (+ 2 titres de MVP du Final four), 1 Coupe Saporta, 2 titres de meilleur joueur Européen, 3 Ligas ACB (+ 2 titres de MVP du championnat espagnol et un autre de MVP des finales), 3 championnats de Grèce et 1 championnat d'Italie...
Maintenant, un joueur de la trempe Bodiroga irait sans doute tenter sa chance en NBA et c'est ce qui fait de Dejan un phénomène en voie d'extinction. Parce que des joueurs dans le style du Serbe ou même de Rigaudeau : des "meneurs" de plus de 2 mètres, créateurs, shooters, polyvalents et avec un shoot exceptionnel, on n'en a plus beaucoup. Il reste Papaloukas ou encore Boris Diaw, mais celui-ci a un style plus moderne...
Autre glorieux retraité, Jim Bilba a pris sa retraite à 39 ans. "Gentleman Jim" a l'un des plus gros palmarès du basket français : vice-champion olympique, champion d'Europe avec Limoges en 1993, double champion de France, deux Coupes de France, champion de Grèce et 3 titres de MVP français de Pro A.
Par son jeu, il a préfiguré le joueur d'aujourd'hui : très athlétique et excellent défenseur. Son successeur est déjà tout trouvé et est également originaire de la Guadeloupe : c'est Florent Piétrus. Un intérieur de moins de 2m qui compense sa petite taille (relative) par une énorme détente verticale, bon contreur, capable de défendre sur des grands intérieurs, plus discret en attaque et ayant un sens aigu du collectif.
Avec la retraite du Guadeloupéen, c'est une page de l'histoire du basket français : quand les clubs français étaient compétitifs à l'échelle européenne (2 Final Four joués sous les couleurs du CSP et un autre qu'il aurait dû disputer en 1997 sans la folie des supporters Turcs) et l'équipe nationale à la peine. En effet, il aura fallu attendre 2000 pour qu'elle s'illustre lors d'une compétition internationale.
Jim Bilba est sans doute le joueur français le plus marquant des années 90 avec un autre prodige passé lui aussi par l'école choletaise : son ancien partenaire du centre de formation, un certain Antoine Rigaudeau...
A l'inverse de Bilba, le troisième larron n'avait pas de qualités physiques exceptionnelles et ne dépassait pas le mètre 80. Un physique "banal" pour un joueur de talent et de caractère à l'adresse extérieure redoutable : Frédéric Fauthoux alias "Petitou" pour le Palais des Sports de Pau...
Le Landais appartient à une autre génération : celle où les apprentis basketteurs français rêvaient de porter les couleurs du club de leur coeur et pas de dollars outre-Atlantique. Plus jeune, le petit Frédéric ne voulait rien de plus que porter le même maillot que son idole, Freddy Hufnagel, le joueur légendaire de l'époque où Orthez évoluait encore au marché couvert de la Moutète. Son rêve bleu-vert (les couleurs de l'Elan) sera plus qu'exhaussé puisqu'il aura disputé pas moins de 18 saisons sous les couleurs de l'Elan Béarnais.
L'occasion de se bâtir un palmarès hors du commun : 7 titres de champion de France, 3 Coupes de France et 4 Semaines des As. Il lui manque juste une Coupe d'Europe et c'est passé près en 1996 quand la French Team de Pau (Rigaudeau, les frères Gadou, Foirest, Dubos...) faisait peur à l'Europe entière. Bien sûr, il n'a jamais été le joueur star de l'équipe, souvent un remplaçant de luxe, mais c'est normal quand on voit le nom des joueurs qu'il a côtoyés : Conrad Mc Rae, Antoine Rigaudeau, Boris Diaw, Roger Estreller, Florent et Mickaël Piétrus, Laurent Foirest, Gheorghe Muresan, Marcus Brown, Lawrence Funderburke, Thierry et Didier Gadou, Ronnie Smith, Cyril Julian, Dragan Lukovski, Rod Sellers, Stéphane Risacher... Mais la trace qu'il a laissée au sein du club est tellement grande que son numéro 4 ne sera sans doute plus jamais porté...
Limité physiquement et pas particulièrement fiable en défense, Petitou n'a rien du joueur moderne. Mais il compensait par d'autres qualités qu'on ne retrouve pas forcément chez un joueur moderne : tir extérieur redoutable, sens aigu du collectif, fédérateur de vestiaire, état d'esprit irréprochable et amour du maillot...
Avec la retraite de Petitou, une page de la glorieuse histoire de Pau-Orthez se tourne : cette saison, le club ne compte aucun Béarnais au sein de son équipe première... Et l'Elan Béarnais n'est plus cette équipe qui faisait peur à la France entière... Les temps changent mais Frédéric Fauthoux restera à jamais gravé dans l'histoire de son club et du basket français...
07 juin 2007
Une finale épique
Ce soir, à 3h heure française, les San Antonio Spurs et les Clevelands Cavaliers vont se disputer le 61ème titre de champion NBA. La première des deux équipes à remporter 4 matches remportera le titre de champion d'Amérique du nord (voire du Monde mais c'est un autre débat...).
Les Spurs sont, à mes yeux, les grands favoris de cette finale. Pourquoi ? Tout d'abord, nous sommes une année impaire et ces derniers temps, les Spurs ont rarement commis d'impairs en Playoffs vu qu'ils ont été sacrés champions en 1999, 2003 et 2005 ! Depuis que Tony Parker a rejoint la franchise texane, les hommes de Greg Popovich ont à chaque fois perdu le premier match de la 1ère série des Playoffs (contre Phoenix en 2003, les Nuggets en 2005) quand ils ont remporté le titre suprême. Cette année, c'est encore le cas vu que San Antonio s'est incliné face à ces mêmes Nuggets lors de la 1ère rencontre du 1er tour...
En dehors de cette vérité purement Paco Rabienne, d'autres éléments, plus terre à terre, vont pencher la balance en faveur des Spurs. Tout d'abord, les Spurs ont affiché un niveau de jeu assez impressionnant avec une grosse défense emmenée par Bruce Bowen et Tim Duncan associée à superbe jeu collectif d'attaque où les stars n'hésitent pas à faire briller leurs coéquipiers (Oberto, Finley, Barry...). En plus, les Spurs ont su se défaire du parcours assez tortueux qui leur était proposé : victoire 4-1 contre Denver, l'équipe en forme de la fin de saison, 4-2 contre les Suns dans ce qui était considéré comme une finale NBA avant la lettre et 4-1 contre des Jazz qui étaient jusque là invaincus dans leur salle en Playoffs.
La principale force des Spurs réside dans leur trio magique et complémentaire qui a peu ou pas d'équivalents dans la NBA actuelle ou passée : Duncan - Ginobili - Parker. Dream Tim Duncan a déjà joué 3 finales NBA, les a remportées toutes les 3 et à chaque fois et a été élu MVP des finales à chaque fois. L'intérieur des Spurs maîtrise à la perfection tous les fondamentaux de son sport et n'a jamais été aussi dominant que cette année où il en a fait voir de toutes les couleurs à ses adversaires (Marcus Camby, Néné, Kurt Thomas, Amare Stoudemire, Mehmet Okur, Carlos Boozer...) qui n'étaient pourtant pas nés de la dernière pluie. Tony Parker a franchi un nouveau palier cette année : il implique mieux ses coéquipiers et désormais doté d'un shoot à mi-distance fiable, il est quasiment injouable pour ses adversaires. Ajoutez à celà des qualités de vitesse et de pénétration exceptionnelles et vous obtenez l'un des meilleurs meneurs de la Ligue. Enfin, le 3ème larron, le plus imprévisible, le plus créatif, le plus génial mais aussi le plus irrégulier, est Emmanuel Ginobili. El Manu est un joueur rare, un véritable homme élastique capable de marquer dans des positions inimaginables, qui n'est jamais meilleur que quand l'enjeu le demande. Un véritable magicien du ballon comme seule l'Argentine sait en produire (Maradona, Hernandez, Messi...)
Mais les Spurs ne se résument pas à ce trio, on l'a déjà dit, c'est un vrai collectif. Si l'un des membres du "Big 3" se troue, il y aura toujours un Robert Horry, un Michael Finley, un Brent Barry ou un Bruce Bowen pour mettre un panier assasin. Et dans la raquette, un Fabricio Oberto ou un Francisco Elson sont toujours bien placés pour profiter des brèches créées par leurs coéquipiers et marquer des paniers faciles. Le banc de San Antonio est riche et heureusement car l'équipe est vieillissante et pour pas mal de joueurs de l'effectif, c'est l'année ou jamais pour décrocher un première et/ou dernière bague de champion.
Mais, et c'est le dernier point fort des Spurs, ces joueurs ont tous l'expérience des phases finales, que ce soit avec les Spurs, en Euroligue, en Lega, en Liga ACB ou en équipe nationale. Les Ginobili (double champion NBA, champion olympique, d'Italie et vainqueur de l'Euroligue), Oberto (champion olympique et d'Espagne), Duncan et cie ont une expérience énorme des phases finales. Ce qui n'est pas le cas des Cavaliers où seul Eric Snow, un joueur du bouc du banc de touche qui plus est, a déjà joué une finale NBA : c'était en 2001 avec les Sixers... Le brésilien Varejao a déjà joué et gagné une finale : c'était celle de l'Euroligue en 2003 mais il était remplaçant et les Bodiroga, Jasikevicius, De La Fuente et autres Navarro avaient plus contribué au sacre de Barcelone que lui...
Mais les Cavaliers ont quand même un atout, voire même une excuse, dans leur manche : le phénoménal Lebron James. Tout le monde le présente comme le nouveau Michael Jordan, sans doute à cause de son manque de personnalité qui lui fait porter le même numéro que le meilleur joueur de l'histoire, le 23. Non, il n'y a qu'un Michael Jordan mais il n'y a qu'un Lebron James ! Parce que marquer 29 des 30 derniers points de son équipe en finale de conférence, et à 22 ans, il n'y a que lui pour faire ça ! Lebron est la seule raison qui peut pousser les fans des Cavs à rêver d'un premier titre lors d'une première finale...
C'est que le jeu d'attaque de Cleveland n'est pas très cavalier et manque d'imagination : la plupart du temps, on donne la balle à James, qui a une pêche géante, qui se débrouille tout seul ou la refile aux shooters de l'équipe. Parfois, on transmet la balle au très pataud mais très habile Zydrunas Ilgauskas qui se débrouille dans la raquette.
Par contre, la défense des Cavs est intraitable et concède peu de points. Comme par hasard, le manager général de la franchise est un ancien des Spurs, Danny Ferry, champion en 2003. Larry Hughues et Sasha Pavlovic sont de très bons défenseurs et peuvent géner Ginobili mais sera-ce suffisant ? Parce que Varejao, Marshall et Ilgauskas devraient souffrir face à Duncan.
Tactiquement, les Spurs devraient utiliser la tactique qui leur a si bien réussi lors des séries précédentes : "laisser" marquer le meilleur scoreur de l'équipe adverse tout en bloquant ses coéquipiers. Stoudemire, Boozer ou Deron Williams ont fait des cartons face à San Antonio mais leurs coéquipiers ont mangé leur pain blanc. James devrait tourner autour de 25 points de moyenne bien que géné par Bowen mais la clé sera le comportement de ses coéquipiers...
02 avril 2007
Lastminute.com
Ce qui est bien dans le basket, c'est que jusqu'à la dernière seconde rien n'est joué ! Ces deux dernières semaines, Mo Peterson des Toronto Raptors et Rasheed Wallace des Detroit Pistons ont été là pour nous le rappeler : il restait une poignée de secondes à jouer, la balle était dans les mains de leurs adversaires qui menaient de 3 points mais ils ont quand même réussi à arracher la prolongation ! Prolongation qui sera remportée par leurs équipes, bien entendu !
On commence avec Mo Peterson face à New-York et un joueur des Knicks qui a une façon bien à lui de faire tourner le chrono...
On continue avec le 3 points de Rasheed Wallace face aux Cleveland Cavaliers avec un modèle de remise en jeu réalisé par Marcus Camby : à montrer dans toutes les écoles de basket pour que les apprentis Juan Carlos Navarro sachent ce qu'il ne faut absolument pas faire !
Ensuite, on a un spécialiste du tir au buzzer qui ce soir-là prouve qu'il est l'alter ego du roi de cet exercice, un certain Michael Jordan. On est le 25 mai 1998 et les Chicago Bulls mènent 2 victoires à 1 face aux Indiana Pacers lors de la finale de la Conférence Est. Il reste 3 secondes à jouer : 94-93 pour les Bulls, remise en jeu pour les Pacers.
On finit avec le roi du tir décisif à la dernière seconde : His Airness Michael Jordan. Alors pour lui rendre hommage, ce n'est pas un mais dix tirs au buzzer qui lui sont consacrés. Ma préférence va évidemment au premier du classement : le shoot qui lui permet d'obtenir sa 6ème et dernière bague de champion lors du 6ème match des finales de 1998 face aux Utah Jazz. J'aurais même préféré que ce soit le dernier tir tout court de sa carrière car sa sortie aurait été plus belle que lors de ce match d'avril 2003 face aux Philadelphia Sixers...
19 février 2007
Que le meilleur vende...
Quel type de joueur aiment les fans de la NBA ? A prioriri, on aurait tendance à dire les joueurs spectaculaires qui peuvent donner l'impression de faire basculer un match à eux tout seuls. Bah, cette idée est confirmée au vu des ventes de maillots NBA. Le joueur qui a vendu le plus de maillots depuis le début de la saison est... Kobe Bryant, bien aidé par son changement de numéro à l'intersaison.
Ennsuite, on trouve des joueurs dans le même registre de scoreur - voltigeur : Dwyane Wade, Lebron James, Allen Iverson et Carmelo Anthony. Dans les 15 premiers, on ne trouve que deux non américains (Steve Nash et Dirk Nowitzki) et 3 intérieurs (Shaquille O'Neal, Dirk Nowitzki et Tim Duncan). Sinon, on retrouve la plupart des meilleurs joueurs (sauf Kevin Garnett, Chris Bosh ou Jason Kidd), mais aussi les plus charismatiques et les plus égoïstes (cf la 10ème place de Stephon Marbury).
Si l'on se réfère aux ventes par équipe, on pourrait avoir l'impression que la vie s'est arrêtée dans les années 80-90 : les Lakers, bien aidés par Bryant, sont premiers, les Bulls 4èmes et les Celtics 6èmes. Ils jouent encore Michael Jordan et Larry Bird. Parmi les prétendants au titre, seuls le Heat et les Spurs sont dans les 10 premiers. Enfin, preuve que le sportif et le marketing ne sont pas forcément liés : la pire équipe de la Ligue, les Knicks, est troisième en termes de ventes de maillots.
Top 15 Joueurs :
1. Kobe Bryant – Los Angeles Lakers
2. Dwyane Wade – Miami Heat
3. LeBron James – Cleveland Cavaliers
4. Allen Iverson – Denver Nuggets
5. Carmelo Anthony – Denver Nuggets
6. Steve Nash – Phoenix Suns
7. Vince Carter – New Jersey Nets
8. Gilbert Arenas – Washington Wizards
9. Shaquille O’Neal – Miami Heat
10. Stephon Marbury – New York Knicks
11. Dirk Nowitzki – Dallas Mavericks
12. Tracy McGrady – Houston Rockets
13. Paul Pierce – Boston Celtics
14. Chris Paul – New Orleans/OK City Hornets
15. Tim Duncan – San Antonio Spurs
Top 10 Franchises :
1. Los Angeles Lakers
2. Miami Heat
3. New York Knicks
4. Chicago Bulls
5. Cleveland Cavaliers
6. Boston Celtics
7. Denver Nuggets
8. Philadelphia 76ers
9. New Jersey Nets
10. San Antonio Spurs
Top 25 Joueurs pour la saison 2005/2006 :
1. Dwyane Wade – Miami Heat
2. LeBron James – Cleveland Cavaliers
3. Allen Iverson – Philadelphia 76ers
4. Kobe Bryant – Los Angeles Lakers
5. Stephon Marbury – New York Knicks
6. Shaquille O’Neal – Miami Heat
7. Tracy McGrady – Houston Rockets
8. Carmelo Anthony – Denver Nuggets
9. Vince Carter – New Jersey Nets
10. Ben Wallace - Detroit Pistons
11. Tim Duncan – San Antonio Spurs
12. Dirk Nowitzki – Dallas Mavericks
13. Paul Pierce – Boston Celtics
14. Steve Nash – Phoenix Suns
15. Amaré Stoudemire - Phoenix Suns
16. Kevin Garnett - Minesota Timberwolves
17. Jermaine O'Neal - Indiana Pacers
18. Ray Allen - Seattle Supersonics
19. Jason Kidd - New Jersey Nets
20. Gilbert Arenas – Washington Wizards
21. Steve Francis - Orlando Magics/New York Knicks
22. Chris Paul – New Orleans/OK City Hornets
23. Pau Gasol - Memphies Grizzlies
24. Yao Ming - Houston Rockets
25. Mike Bibby - Sacramento Kings
13 février 2007
Il était une fois en Amérique
Le commencement
Bien qu’il y avait déjà 4 joueurs européens au moment du lancement de la NBA en 1947 (l’allemand Frido Frey, le polonais Lee Knorek, le néerlandais Hank Beenders et l’Italien Hank Biasatti), ce n’est qu’à la fin des années 80 que quelques joueurs européens vont commerncer à faire leur trou en NBA. Avant eux, les meilleurs joueurs du vieux continent n’osaient pas s’exporter alors qu’ils avaient potentiellement le potentiel pour s’y imposer.
On peut notamment penser à Krešimir Ćosić, l’immense pivot de l’équipe de Yougoslavie championne du Monde en 1970 et en 1978, championne olympique en 1980, et triple championne d’Europe en 1973, 1975 et 1977. L’intérieur croate mesurait 2m10 mais était extrêmement adroit au tir, prenait de nombreux rebonds et était également un excellent passeur. Le meilleur joueur européen des années 70 se laissera séduire par les Etats-Unis car de 1971 à 1973, il jouera pour l’université de Brigham Young qu’il mènera au tournoi régional final de la NCAA. Après cette brillante carrière universitaire où il devient le premier Européen élu All America pendant 2 ans, il devient le premier yougoslave drafté mais, sous la pression de Tito, il refuse les avances des Los Angeles Lakers et des Portland Trailblazers et retourne au pays. Il faut aussi garder à l’esprit que dans les années 70, la NBA n’était pas aussi attirante qu’aujourd’hui ce qui faisait que les meilleurs européens hésitaient longuement avant de traverser l’Atlantique.
Au début des années 80, quelques joueurs européens partent tenter leur chance aux Etats-Unis mais sans grand succès. Le bulgare Georgi Glouchkov est un échec les plus retentissants : considéré comme l’un des 5 meilleurs joueurs d’Europe (23 points et 19 rebonds de moyenne pour la saison 1984-1985) lorsqu’il est drafté par les Suns en 1985, son passage dans l’Arizona tourne à la catastrophe. Ne parlant pas un mot d’anglais mais appréciant la nourriture américaine, il prend très vite du poids ce qui n’est pas du goût du staff des Suns. Mais ensuite, l’ailier de 2m08 s’est mis à perdre du poids inexplicablement et suite à ses performances décevantes lors du Summer Camp de 1986, les Suns le renvoient en Europe.
Sûr qu’après l’épisode Glouchkov, les franchises NBA n’étaient pas forcément très chaudes à l’idée de recruter des joueurs européens qui doivent s’adapter à un nouveau mode de vie et à un nouveau style de jeu. Et puis, malgré les dollars, il n’est jamais facile de passer de rang de superstar en Europe à celui de simple faire-valoir Outre-Atlantique. Heureusement de valeureux pionniers vont défricher le terrain et changer l’image des basketteurs européens aux Etats-Unis.
Les pionniers
L’allemand Detlef Schrempf est l’un de ces pionniers. En 1980, alors qu’il n’a que 17 ans, l’ailier de Leverkusen décide de partir pour le lycée puis l’Université de Washington. Ses performances convainquent les Dallas Mavericks qui le draftent en 8ème position en 1985. En 1989, ce formidable tireur à longue distance, comparé à Larry Bird à ses débuts, rejoint les Indiana Pacers où il est élu meilleur 6ème homme en 1991 et 1992. En 1993, il file vers Seattle et avec les Supersonics, il atteint la finale NBA, perdue contre les invincibles Chicago Bulls, en 1996. En 1999, il signe un dernier contrat à Portland et prend sa retraite en 2001. Au final, il aura été 3 fois all star (93, 95 et 97) et aura même été élu dans la 3ème équipe type de la NBA en 1995. Detlef Schrempf est l’un des premiers européens à avoir eu un rôle majeur dans son équipe et a contribué à améliorer l’image du basket du vieux continent. Cependant, ayant passé 5 années à l’université et au lycée aux Etats-Unis, l’ailier allemand était considéré comme américain par le petit monde de la NBA…
Du haut de ses 2m24, Rik Smits s’est également fait remarquer par ses bonnes performances au sein des Indiana Pacers où il effectua toute sa carrière de 1988 à 2000. Membre du All-Rookie First Team en 1989 et sélectionné au All Star Game en 1998, Rik Smits n’aura jamais été meilleur que pendant les Playoffs : les fans des Pacers se souviennent encore de son tir à la dernière seconde face aux Orlando Magics lors de la finale de Conférence en 1995. Mais comme Schrempf, le pivot néerlandais avait été adapté au moule américain dès l’Université.
En 1989, les Los Angeles Lakers draftent Vlade Divac qui a la lourde tâche de succéder au légendaire Kareem Abdul-Jabbar. Mais le jeune pivot serbe de 21 ans remplit parfaitement son rôle et fait partie de l’équipe-type des Rookies de la saison 1989-1990. L’année suivante, il fait valoir ses capacités au contre, au rebond et en attaque et il atteint la finale NBA en 1991 qu’il perdra face aux Bulls de Michael Jordan. Divac poursuivra sa carrière NBA aux Hornets et aux Kings avant de réaliser une dernière saison sous le soleil de Los Angeles.
Mais le joueur qui va véritablement changer l’image du joueur européen s’appelle Drazen Petrovic. Quand il jouait dans son pays qui s’appelait encore la Yougoslavie, le fantastique shooter croate était capable de réaliser des matches à plus de 100 points ! En 1986, l’ailier du Cibona Zagreb est drafté par les Blazers mais en 1987, il préfère rejoindre le Real Madrid. En 1989, il fait le grand saut et signe à Portland. Après 1 an et demi dans l’ombre de Clyde Drexler, il est transféré en janvier aux Nets de New Jersey où il explose : pendant deux ans et demi, il tourne à 20 points de moyenne, 50% au shoot et 45% à 3 points. A son grand regret, il est inexplicablement oublié de la sélection de l’Est du All Star Game de 1993 mais fait quand même partie All-NBA Third Team. Mais le rêve américain de Drazen Petrovic prend fin au moment où son énorme travail à l’entraînement était enfin récompensé : le 7 juin 1993, alors qu’il revenait d'un tournoi de qualification de l’équipe nationale de Croatie en Pologne, il trouve la mort sur une autoroute allemande, il n’avait que 28 ans… Admis au Hall of Fame en 2002, Drazen Petrovic restera dans l’histoire comme le premier joueur étranger arrivant directement aux Etats-Unis qui a eu un réel impact sur la NBA. Non content d’avoir une voie, celui qui aura été l’un des plus grands shooters de tous les temps aura également été un modèle à suivre et une source d’inspiration pour toute une génération de basketteurs européens.
Enfin, c’est un autre membre de l’équipe de Croatie vice championne Olympique en 1992 qui va être le premier européen à contribuer grandement au titre de Champion NBA, un certain Toni Kukoc. Drafté en 1990 par les Chicago Bulls, l’ailier de Split préfère dans un premier temps rejoindre le Benetton Trévise où il conforte son statut de meilleur joueur d’Europe. En 1993, devant le pont d’or offert par les Bulls, cet ailier très technique franchit l’Atlantique où après la retraite de Michael Jordan, l’attente placée en lui est très grande, trop peut-être. Ajoutez à cela, la jalousie de Scottie Pippen face à ses émoluments et le temps d’adaptation à la nouvelle ligue et vous obtenez des débuts en NBA plutôt décevants. Mais avec le retour de Sa Majesté Jordan en avril 1995, les Bulls vont retrouver leur rang et Kukoc, bien que relégué sur le banc par Phil Jackson, va prendre une part importante dans ces nouvelles conquêtes. En 1996, le croate est élu meilleur 6ème homme de la NBA et décroche sa première bague de champion, 2 autres suivront en 1997 et 1998. En 1999, les Bulls se séparent de leur dernière star et Tony va voyager à Philadelphie et Atlanta avant de se poser pendant 4 saisons et demies à Milwaukee où il prend sa retraite en septembre 2006.
Au même moment, d’autres joueurs européens vont faire leur trou en NBA, certes plus discrètement, et contribuer à l’amélioration des joueurs internationaux. Parmi eux, on peut citer l'arrière lituanien Sarunas Marciulionis (8 saisons de 1989 à 1997), l’ailier-fort croate Dino Radja (4 saisons aux Celtics entre 1993 et 1997), l’ancien pivot roumain de Pau-Orthez Gheorge Muresan qui du haut de ses 2m30 a été élu meilleure progression de l’année en 1996, l’arrière serbe Pedrag Danilovic ou le pivot lituanien Arvydas Sabonis. Ah Sabonis, il est certainement né 10 ans trop tôt car un intérieur de ce calibre n’existe pas dans le basket actuel. Très adroit à 3 points et excellent passeur malgré ses 2m20, porté sur la vodka, le lituanien était un joueur hors norme. Drafté par Portland en 1986, il ne rejoint l’Oregon qu’en 1995, à 31 ans. Ce qui ne l’empêchera pas de réaliser 7 saisons au plus haut niveau.
L’Europe conquérante
Grâce aux succès de ces pionniers, les recruteurs américains vont s’intéresser de plus prêt aux joueurs de la vieille Europe, surtout que les joueurs de talent dont nous parlions précédemment ont tous été piochés dans les profondeurs de la draft. Et puis, les compétitions internationales ont montré que l’Europe pouvait désormais rivaliser avec les Etats-Unis : le temps où la Dream Team battait la Croatie de 32 points en finale des Jeux Olympiques de Barcelone. Parce que si l’Europe a progressé, les Etats-Unis ne pourront plus jamais compter sur une équipe aussi exceptionnelle que celle de Barcelone.
Mais à la fin des années 90, les scouts n’ont pas encore une grande connaissance du basket européen : par exemple, les recruteurs de la NBA ont seulement découvert à l’occasion de l’Euro 99 qu’Antoine Rigaudeau, alors le meilleur joueur d’Europe, était un meneur de grande taille ! Mais les équipes européennes ne vont pas se ruer sur les vedettes européennes mais vont plutôt miser sur des jeunes prometteurs. Leurs noms ? Pedrag Stojakovic, Dirk Nowitzki, Pau Gasol, Zarunas Ilgauskas, Mehmet Okur, Tony Parker ou Andrei Kirilenko…
Cette stratégie est payante car ces jeunes joueurs sont plus athlétiques que leurs aînés et s’adaptent plus facilement à leur nouvel environnement car ils n’ont pas beaucoup joué avec les règles FIBA. Et puis, ces joueurs européens ont un vécu plus important que les jeunes américains car leurs championnats nationaux sont d’un niveau supérieur à l’Université ou au Lycée. Enfin, les joueurs européens sont bien plus complets et polyvalents que les joueurs américains qui sont très vite spécialisés et jouent plus sur leurs qualités athlétiques que sur leur technique. Les entraîneurs, enfin ceux qui comprennent le jeu européen, sont contents de disposer dans leur équipe de joueurs sachant ce qu’est un collectif.
Cet afflux de joueurs européens (et internationaux) est vu également de façon positive par David Stern, le patron de la Ligue, car dans les pays d’origine des joueurs concernés, on s'intéresse beaucoup plus à la NBA et ces nouveaux fans regardent plus de matches et achètent plus de produits dérivés : eh oui, la NBA est plus que jamais un business. En plus, l’arrivée de joueurs du monde entier a éviter à la Ligue de se ghettoïser : les Européens ne sont pas issus de la culture gangsta rap comme la plupart de leurs homologues américains.
Mais recruter un européen n’est pas obligatoirement synonyme de succès : souvent à cause d’entraîneurs qui ne savent pas tirer profit des qualités des joueurs qu’ils ont entre leurs mains. Que faisait un joueur aussi talentueux que Macijauskas sur le banc d’une équipe aussi faible que les Hornets ? Pourquoi Jasikevicius est-il cantonné à un simple rôle d’arrière shooter alors que c’est un meneur de jeu de génie ? Comment un joueur comme Spanoulis qui ridiculise les stars américaines avec la Grèce peut-il se retrouver à jouer les utilités avec Houston ? Boris Diaw est passé du statut de joueur mineur de la pire équipe de la NBA à celui de joueur clé d’un prétendant au titre, comment un tel miracle est-il possible ? Parfois, les joueurs partent trop tôt comme Darko Milicic, numéro 2 de la draft 2003 (donc devant Carmelo Anthony, Dwyane Wade, Chris Bosh ou Kirk Hinrich), qui tarde à confirmer les grands espoirs placés en lui. D’autres comme Bodiroga ou Papaloukas, jugés trop lents malgré une technique exceptionnelle, ont préféré rester en Europe : quand on voit le traitement accordé à Antoine Rigaudeau, on ne peut pas leur donner tort.
Malgré quelques échecs, les franchises vont prendre de plus en plus de risques avec les Européens : les Raptors ont bien pris Andrea Bargnani comme premier choix de la Draft 2006. Comme le font les Spurs avec Ian Mahinmi, les équipes ont miser très tôt sur des jeunes au fort potentiel et vont les laisser se développer tranquillement en Europe. Le pari est risqué mais peut se révéler payant.
Vue l’évolution des choses, la place des européens en NBA devrait continuer à grandir : l’expérience réussie de Toronto le confirme. Mickael Pietrus ou Luol Deng ont déjà atteint un niveau plus qu'intéressant, Jorge Garbajosa montre qu'on peut réussir rapidement en NBA après avoir passé toute sa vie en Europe et Nenad Krstic, Jose Manuel Calderon ou Andris Biedrins pourraient eux aussi se faire très vite une place au soleil. Et bientôt, on devrait voir débarquer Rudy Fernandez, Ricky Rubio, Nicolas Batum et peut-être la grande vedette de l’Euroligue, Juan Carlos Navarro. Mais si «La Bomba» a été draftée en 2002 par les Washington Wizards, il se murmure que le club de Gilbert Arenas devrait payer 10M€ pour s’attacher les services du talentueux catalan.
Les basketteurs européens n'ont pas fini de faire parler d'eux aux Etats-Unis : ils ont d'ailleurs déjà remporté tous les titres possibles sauf un et pas des moindres, celui de MVP. Mais ce manque pourrait être comblé dès cette année par Dirk Nowitski... Je sais qu'aucun européen n'a gagné le concours de dunks mais est-ce bien important ?
Toutefois, les véritables stars de la Ligue sont américaines : il suffit de jeter un coup d'oeil aux ventes de maillots. Les Européens, sauf Nowitzki ou Gasol, voire Parker, ne sont pas des franchises players, plutôt des bons joueurs d'équipe qui ont parfois leur heure de gloire. C'est le prochain défi qu'ils auront à relever : qu'il y ait plus de joueurs majeurs européens en NBA sans que ces derniers oublient que le basket reste un sport collectif...
















































