07 juin 2008
Alors Euro ?
En ce mois de Juin, la Suisse passe à l'Euro : non, les Helvètes n'ont pas décidé d'adopter la monnaie unique mais d'organiser avec l'Autriche l'Euro 2008 de football ! Les 16 meilleures nations européennes se sont donc donné rendez-vous au coeur des Alpes : on peut légitimement s'attendre à des rencontres au sommet.
Qui sera sur le toit de l'Europe ? Réponse le 29 juin prochain mais avant cela, c'est à vous de faire vos pronostics. Pour vous aider, voici un petit état des lieux des forces en présence.
Le grand favori :
Il n'y en a tout simplement aucun ! Le niveau d'ensemble du football européen est tel qu'aucune équipe ne se détache vraiment. De plus, le tirage au sort fait que certains prétendants au titre suprême peuvent se faire sortir dès le premier tour (France, Italie ou les Pays-Bas).
Les prétendants :
L'Allemagne fait peur et a su exploiter la dynamique de la dernière Coupe du monde et privilégie toujours un jeu offensif et plaisant à regarder. Ballack, le maître à jouer de l'équipe revient en forme au bon moment, Klose est un attaquant redoutable tandis que Mario Gomez est une arme supplémentaire par rapport à il y a 2 ans. En plus, l'Allemagne présente le double avantage d'évoluer quasiment à domicile et d'avoir la poule la plus facile (Croatie, Pologne, Autriche).
Toutefois, la Mannschaft semble fragile défensivement car la charnière Mertesacker - Metzelder manque cruellement de vivacité. Et dans les buts, Lehmann semble très loin du niveau de 2006 et a passé sa saison sur le banc des Gunners alors qu'Almunia ne fait pas partie du gotha des gardiens européens. Plus problématique encore, son suppléant Hildebrand a réalisé une saison catastrophique à Valence et ne fait pas partie de la liste de Joachim Löw. Le gardien remplaçant sera donc Robert Enke qui a multiplié les bourdes avec Schalke 04. Un peu plus, et c'était Tim Wiese qui gardait les cages allemandes.
L'Italie est championne du Monde en titre et peut donc nourrir de grandes ambitions pour cet Euro. Surtout que Fabio Cannavaro est blessé : Roberto Donadoni ne sera donc pas obligé d'aligner le Ballon d'Or 2006 qui n'a pas réalisé un bon match depuis le 9 juillet 2006. Devant, Luca Toni est l'un des tout meilleurs attaquant d'Europe alors qu'Antonio Cassano est de retour : pour le meilleur ou pour le pire ! Le milieu, qu'il soit Romain ou Milanais, est solide et technique à la fois. Derrière, ça semble moins solide qu'il y a deux ans mais Buffon est toujours là et avoir le meilleur gardien du monde, ça aide pour ne pas encaisser de buts.
En plus d'être dans la poule de la mort, les Italiens vont être confrontés à un autre problème : contrairement à 1982 et 2006, leurs deux derniers succès en compétitions internationales, ils ne sont minés par aucune affaire. Paradoxalement, cette absence de motivation supplémentaire peut leur jouer des tours. Et il faudra éviter que Toni se blesse parce que derrière lui, il n'y a plus grand monde pour marquer : et ce n'est pas Marco Boriello, sorte de Nuño Gomes transalpin, qui pourra tenir ce rôle !
La France, malheureuse vice championne du Monde, rêve secrètement de priver la Squadra Azzzura d'un doublé Coupe du Monde - Euro qu'elle est la seule à avoir réalisé dans cet ordre. Comme d'habitude, les Bleus disposent du plus gros potentiel physique de la compétition et a sans doute l'effectif le plus fourni. Certes Zidane est parti, Henry semble sur le déclin, Vieira est incertain, Makélélé, Coupet et Thuram ont plus de 35 ans tandis que Gallas, Malouda et Sagnol sont à court de compétition. Mais la France présente toujours une équipe très solide tandis que l'avènement de Ribéry et l'éclosion de Benzema incitent à l'optimisme.
Trop d'optimisme ? Peut-être car la répétition des matches peut peser sur les organismes, surtout quand vos adversaires sont du calibre de la Roumanie, de l'Italie ou des Pays-Bas. On est loin de la Suisse, de la Corée du Sud et du Togo d'il y a 2 ans donc la France devra être prête tout de suite. Enfin, l'absence de passeurs et de gauchers pourra être préjudiciable si la France est amenée à faire du jeu. Car la France a construit une équipe pour jouer la contre-attaque : pas sûr que les adversaires des Bleus soient aussi naïfs que l'Espagne ou le Brésil 2006.
Le Portugal est toujours bien placé depuis quelques années : demi-finaliste de l'Euro 2000 et de la Coupe du Monde 2006, finaliste de l'Euro 2004 à la maison. La génération dorée des Rui Costa, Figo et cie est partie à la retraite et la jeune garde lusitanienne a pris la relève : Nani, Moutinho, Veloso, Quaresma et l'inévitable Cristiano Ronaldo.
Gros bémol, le meilleur joueur du monde, selon les Portugais et les moins de 13 ans, et ses petits copains sont d'énormes individualistes qui jouent plus pour revisionner leurs passements de jambes sur Youtube que pour gagner des matches. Par contre, s'ils se mettent à jouer ensemble, ça peut être exceptionnel. Mais vu l'intelligence tactique des joueurs concernés, ça a peu de chances d'arriver : plus qu'un jeu de passes léché, on risque surtout de voir des arabesques et des plongeons dans la surface. En plus, une équipe qui joue avec Nuño Gomes en pointe peut difficilement espérer conquérir le titre suprême.
Pourtant, l'ensemble est très solide sur le plan défensif et le milieu se déplace avec une grande intelligence tactique. D'ailleurs, plus que des bouffeurs de ballons, le dnager viendra sûrement des inspirations de Deco ou Raul Meireles. En plus, le Portugal est la seule équipe européenne qui peut faire jouer des Brésiliens et mine de rien, ça aide... Enfin, le Portugal est touché de plein fouet par un sandale de corruption d'arbitres qui touche le champion en titre Porto : toute ressemblance avec l'Italie et la Juve de 2006 serait purement fortuite...
Les Outsiders
L'Espagne, à l'aube de chaque compétition internationale, est toujours annoncée favorite et tous les 2 ans, c'est le même refrain : la Roja ne passe pas le cap des quarts de finale. Depuis la finale de l'Euro 1984 et la toile d'Arconada, jamais les Ibères n'ont dépassé ce stade de la compétition ! Vont-ils pouvoir mettre fin à cette malédiction en Suisse te en Autriche ? Pas sûr parce qu'il est fort probable que les coéquipiers de Carles Puyol affrontent leur bête noire à la sortie des poules : la France !
Mais cette équipe a du talent et c'est pour cela qu'avant de vouloir envoyer Zidane à la retraite en juin 2006, Iker Casillas déclarait que cette génération serait championne du monde. Le problème est que les talents foisonnent aux mêmes postes car généralement, l'Espagne joue avec une seule pointe : un choix cornélien à effectuer entre David (Mara)Villa et "El Niño" Fernando Torres. Si on veut associer les 2 joueurs, il faut enlever un milieu relayeur à choisir parmi Fabregas, Xavi, Xabi Alonso ou le génial Andrés Iniesta. Par contre, il manque un milieu défensif avec un gros impact défensif et à certains postes, c'est le néant : à gauche, Capdevila est le Grosso du pauvre et dans l'axe, Marchena est trop juste alors que Raul Albiol est trop tendre. Heureusement que Puyol et Sergio Ramos sont là pour compenser et que dans ses cages, Iker Casillas a l'habitude de faire des miracles.
Malgré un entraîneur débile et raciste, honni par tout un pays, l'Espagne développe un jeu ultra séduisant et ultra technique à base de passes courtes. Si l'équipe adverse n'arrive pas à mettre le pied sur le ballon, l'Espagne est juste injouable car cette année, l'Espagne a plus que jamais les armes pour concrétiser ses occasions. Et si la selección arrivait à vaincre son cycle indien, ce serait une bonne nouvelle pour le foot en général.
Les Pays-Bas aimeraient célébrer le 20ème anniversaire de leur victoire à l'Euro 88 en remportant le 2ème trophée de leur histoire. Ecueil de taille, les Orange devront d'abord éliminer la France, l'Italie et la Roumanie, équipe qui les avait devancer lors de la phase de qualification. Les armes offensives sont là avec Van Nistelrooy, Huntelaar, Kuyt, Van Persie ou Robben avec Sneijder et Van der Vaart pour les approvisionner en bons ballons.
C'est derrière que ça se gâte avec des défenseurs empruntés et à la relance douteuse. Or ce qui a fait la force du jeu Néerlandais depuis les années 70 est d'avoir fait du libéro (Krol, Koeman ou De Boer) le premier attaquant. Difficile d'imaginer le très emprunté Wilfred Bouma dans ce rôle. Contrairement à la tradition locale, on ne pourra pas compter sur les latéraux pour créer le surnombre en attaque : Ooijer et De Cler sont loin d'être références au poste de latéral.
La Suisse jouera à domicile et espère confirmer sa montée en puissance en se qualifiant pour les quarts. C'est largement à la portée de cette équipe qui pourra compter sur Freï, Barnetta et Vonlanthen pour mettre le feu en attaque. Derrière, la Suisse est plutôt solide car encaisser 0 but à la Coupe du Monde avec Zuberbühler dans les cages, c'est juste surnaturel ! Cette performance demande à être confirmée car une défense où Patrick Müller est titulaire indiscutable, ce n'est pas très rassurant.
A part ça, les Helvètes sont sérieux mais sans réel génie. Disciplinés tactiquement mais ils ne marquent pas beaucoup de buts. La plupart des joueurs de la sélection n'ont pas beaucoup joué pour causes de blessures ou d'une concurrence trop vive. Cela ne vous rappelle rien ? La Grèce de 2004, bien sûr !
La Grèce a remporté, à la surprise générale, l'Euro 2004 en pratiquant un jeu ultra restrictif Hellas : 10 défenseurs et Charisteas tout seul devant. Personnellement, j'étais content car j'ai remporté un appareil photo mais on ne peut pas dire qu'on ait vécu de grands moments footballistiques.
Cette année, la Grèce devrait remettre le couvert en jouant prudemment mais son jeu devrait être un peu plus porté vers l'avant grâce à l'éclosion de Gekas (meilleur buteur de la Liga en 2006-2007) et u talent de Samaras. Les Grecs devraient développer un football sans génie mais sérieux, collectif, intelligent et ultra réaliste. Ce n'est pas pour rien que les Hellènes sont entraînés par un Allemand de la vieille école.
Les surprises
Il y a 4 ans, la République Tchèque était l'un des grands favoris de l'Euro 2004 mais depuis, les choses ont changé et le espoirs ont fané : Poborsky, Smicer et Nedved ont pris leur retraite internationale, Rosicky est forfait sur blessure, Koller trimballe difficilement sa grande carcasse alors que Milan Baros réalise ses plus belles accélérations au volant de sa Ferrari. Et derrière, une défense centrale où Rozehnal est titulaire ne peut pas être bien rassurante. Mais si Petr Cech multiplie les exploits, si Jankulovski met le feu dans son couloir gauche et si Martin Fenin explose aux yeux de l'Europe, une bonne surprise est toujours possible.
La Suède a une bonne équipe mais l'ensemble paraît trop dépendant d'un simple joueur : s'il est dans un bon jour, Zlatan Ibrahimovic est sans doute le meilleur attaquant du monde et peut transcender une équipe. Mais l'attaquant de l'Inter est trop irrégulier, ce qui est également le cas de son compère Johan Elmander. C'est donc un peu l'inconnue concernant cette équipe qui, Kallström mis à part, manque un peu de génie au milieu. La présence de Ljungberg et Wilhelmsson, qui sortent tous deux d'une saison catastrophique, montre bien l'étroitesse du réservoir de joueurs dont dispose la Suède et ça risque de manquer de percussion sur les côtés. Tout dépendra donc de la forme du duo Ibrahimovic - Elmander ; capable de dynamiter n'importe quel défense un jour, aussi inoffensif que l'agneau qui vient de naître un autre jour.
Enfin, la Roumanie a un gros potentiel et jouera peut-être ses matches les plus difficiles lors du 1er tour. Les Roumains sont des latins et jouent donc un football assez fin : l'équipe difficile à jouer par excellence même si la défense n'est pas toujours très sereine malgré Goian. S'ils sortent indemnes du "Groupe de la mort", ils peuvent même rêver du titre grâce à Chivu et à Mutu, qui est sur des bons rails (de coke ?) depuis qu'il a rejoint la Fiorentina.
Les grosses cotes
La Russie est entraînée par Guus Hiddink et c'est un peu le seul motif d'espoir pour une sélection qui sera privée de ses deux meilleurs joueurs : Pogrebnyak et Arshavin (suspendu 2 matches pour une expulsion contre... Andorre). Parce que ce n'est pas avec Semak ou Sychev que les Russes peuvent espérer faire trembler les filets adverses. Derrière, c'est costaud sans être exceptionnel, à l'image des frères Berezoutski : les jumeaux russes les plus célèbres depuis Igor et Grichka Bogdanov. Enfin, c'est Hiddink qui entraîne avec son armée de pharmaciens donc les Russes devraient courir et faire courir leurs adversaires !
La Croatie a éliminé l'Angleterre lors des qualifications mais ne semble pas armée pour aller plus haut. Le milieu de terrain est ultra talentueux et seule l'Espagne a un entrejeu plus technique : le trio Kranjcar - Modric Srna devrait faire tourner bien des têtes. Malheureusement, la blessure d'Eduardo réduit considérablement le pouvoir offensif de l'équipe. Derrière, c'est costaud et expérimenté mais c'ests surtout vieillissant : et quand on sait que la vitesse n'a jamais été le point fort des Kovac, Simic ou Simunic...
La Turquie est peut-être l'équipe la plus offensive de la compétition avec les Emre Belözoglu, Tunçay, Hamit Altintop et Nihat. Le revers de la médaille est que la solidité défensive de cette équipe est plus que douteuse et que les adversaires des Turcs risquent de se balader en contre attaque. Et quand ils jouent contre nature, ils perdent toute leur fantaisie et deviennent vite inoffensifs. S'ils arrivent à conjuguer rigueur défensive et audace offensive alors tout est permis : mais ça s'annonce aussi compliqué que leurs retrouvailles bouillantes avec les Suisses !
Enfin, l'Autriche devrait valser dès le premier tour : normal quand on joue tous ses matches à Vienne ! La politique de l'Autriche sera de jouer viril les deux premiers matches (normal, le gardien s'appelle Macho) en attendant le 3ème match face à l'Allemagne. Normalement, la Mannschaft devrait avoir remporté ses 2 premières rencontres et les Autrichiens peuvent espérer reproduire le schéma de 1982 où les deux équipes s'étaient entendues sur le résultat pour se qualifier toutes les deux. Sans cet arrangement entre amis, les chances de l'Autriche sont quasi nulles et si elle n'avait pas été pays organisateur, elle n'aurait pas été invitée au festin à la table des grands d'Europe. Grands d'Europe qui devraient se régaler si par miracle, l'Autriche passait le premier tour !
Alors qui va gagner l'Euro ? Faites vos jeux !
06 juin 2008
Rafael Van der Vaart, Caravane
Dans notre série de portraits de joueurs dans le cadre de l'Euro 2008, place à Rafael Van der Vaart, milieu talentueux comme Andrès Iniesta et figure médiatique comme Djibril Cissé. Pourquoi s'intéresser à ce joueur ? Parce que ce n'est pas le Néerlandais le plus connu en France alors qu'il a un talent rare. Et puis, il a un destin assez particulier.
L'histoire commence à l'été 2005 et Raphaël, le poète moderne en prose, fredonne sur toutes les ondes : "Je suis né dans cette caravane et nous partons allez viens". C'est exactement ce qu'aurait pu dire Rafael, Van der Vaart cette fois, à sa femme puisque c'est à l'été 2005 que le milieu Néerlandais qui a vécu 17 ans dans une caravane de la banlieue d'Amsterdam quitte la capitale de l'autre pays du fromage pour poser ses bagages à Hambourg.
Ce départ s'est fait en catimini et peu de monde aux Pays-Bas, Johan Cruyff le premier, croyait en la résurrection du prodige qui avait connu sa première sélection à à peine 18 ans. Diminué par les blessures, lesté par quelques kilos superflus et orphelin d'Ibrahimovic parti à la Juventus, Van der Vaart connaît une saison 2004-2005 galère et ne supporte pas les chants des supporters lors des rencontres hors de l'Ajax Arena qui aiment scander : "Sylvie (Mme Van der Vaart à la ville) est la pute d'Amsterdam" alors que ses entraîneurs lui reprochent de trop profiter de la vie nocturne de la capitale Néerlandaise.
Pourquoi Hambourg ? Peut-être pour "boire à la santé des putains d'Amsterdam, d'Hambourg ou d'ailleurs" et rendre hommage à Brel ou plus sûrement parce que les offres ne se bousculaient pas au portillon. Mais en Allemagne, le Néerlandais sera à bon port puisque repositionné en meneur de jeu, il transforme complètement le jeu de son équipe qu'il sort de la torpeur du milieu de tableau de la Bundesliga pour l'amener en Ligue des Champions.
Contre toute attente, le joueur qui a à peine 20 ans inscrivait 18 buts en Eredivisie retrouve le plaisir et montre l'étendue de son immense talent. Sur le terrain, on ne voit que lui, distribuant les caviars à ses partenaires, éliminant ses adversaires avec aisance et déclenchant des frappes terribles. Le milieu de terrain fait taire les sceptiques et toute la Hollande admire à nouveau celui qu'elle aimait huer quelques mois auparavant.
Malheureusement, handicapé par des blessures récurrentes, Van der Vaart ne jouera quasiment pas durant la Coupe du Monde 2006 disputée dans le pays qui l'avait fait roi. Toujours à cause de ces maudites blessures, il manquera en partie la première moitié de la saison 2006-2007 et en conséquence, son club flirtera avec la zone de relégation. Mais dès le retour de son capitaine, Hambourg entame une remontée fantastique pour terminer à la 4ème place. Cette saison, il a une nouvelle fois tiré son équipe vers le haut pour la conduire à la 4ème place de la Bundesliga.
Mais à l'instar de son quasi homonyme, il se pose la question suivante : "Est-ce qu'on va reprendre la route ?". La réponse sera sûrement positive car l'Espagne, le pays de sa mère, lui fait les yeux doux. Après les ports d'Amsterdam et d'Hambourg, Valence lui fait les yeux doux et le Néerlandais pourrait former un triangle d'or avec les deux rois David : Silva et Villa.
Et comme sur le port d'Amsterdam, d'Hambourg ou d'ailleurs, il y aura certainement des marins qui chantent : pas les rêves qui les hantent, plutôt la gloire du meilleur footballeur gitan actuel. Pour cela, il faut espérer que les blessures le laissent en paix car comme dirait l'autre : " C'est le bon Dieu qui nous fait, c'est le bon Dieu qui nous brise..".
05 juin 2008
Djibril Cissé, la daube Provençale
Suite de la série de portraits de joueurs en attendant l'Euro, et après Andrés Iniesta, place à son parfait contraire : Djibril Cissé ! Là où est l'Espagnol est technique, petit, collectif, intelligent et discret, le Français a les pieds carrés, est grand, individualiste, stupide tactiquement et extravagant. Surtout, le milieu du Barça jouera l'Euro et pas l'attaquant Marseillais ! Quelle est donc cette recette de l'insuccès qui permet d'obtenir un beau Djibril Cissé ?
Pour concocter une savoureuse daube Provençale, il faut commencer par choisir un beau bourrin. Le plus grand millésime est 1981, année qui a vu naître, entre autres, Bernard Mendy, Alou Diarra, Pascal Berenguer, Matthieu Delpierre ou encore Cédric Carasso. Le plus beau vivier se situe dans les Bouches-du-Rhône et plus précisément à Arles, ville natale de Gaël Givet et Djibril Cissé qui ont tous deux vu le jour l'année où Bob Marley s'est éteint. Une bien triste année décidemment...
Pour que notre daube soit typiquement méridionale, il faut lui donner une touche d'excentricité et une bonne dose de m'as-tu vu. Cela exclut définitivement le trop discret Gaël Givet et fait de Djibril notre poulain idéal. Quoi de mieux qu'une peau ébène pour mettre en valeur des cheveux jaunes, rouges, verts, noirs : un style capillaire qui varie en fonction des saisons. D'où l'intérêt de le marier, dans un premier temps, à une coiffeuse. Ne pas non plus oublier les tatouages, c'est classe un tatouage surtout quand ils sont si nombreux qu'on ne peut plus les distinguer les uns des autres.
Dans la vie de tous les jours, notre daube doit également être à la pointe de la mode et porter les mêmes vêtements qu'un figurant d'un clip de Fifty Cent. Et il ne faut pas oublier les goûts de daube, c'est pourquoi notre poulain est fan de M. Pokora, chanteur français aux textes engagés et aux mélodies recherchées, qu'il invitera à un entraînement et avec qui ils parleront mode. Et en bon fan de hip hop de la génération Skyblog, notre Djibril se doit d'être un gros fan de tunning d'où la nécessité de lui adjoindre un Hummer (on ne peut pas faire plus discret) entièrement kitté pour se balader en toute quiétude sur la corniche Kennedy.
L'accompagnement de notre daube est donc parfaitement soigné. Place maintenant à la cuisson : ce n'est pas la peine de laisser mijoter notre daube et de peaufiner sa formation, il faut la faire saisir ultra rapidement. Pas besoin de formation tactique, il faut lancer notre poulain le plus vite possible dans le grand bain. Pour cela, une école est idéale : l'AJ Auxerre qui ne soucie guère des considérations tactiques (ce n'est pas un hasard si quasiment aucun joueur formé à Auxerre n'est devenu entraîneur). Le schéma de jeu mis en place sera simple : on joue à 10 derrière et Djibril n'a qu'une chose à faire, courir tout droit après les ballons que lui envoient Kapo et Lachuer. Une fois qu'il arrive devant le but et qu'il n'a pas été signalé hors jeu, Djibril n'a qu'une chose à faire : tirer en force en espérant que ça passe.
Techniquement, notre bourrin est à point : ses pieds sont carrés, il est incapable de contrôler correctement un ballon mais est capable de rater le cadre alors que le but est ouvert ou de perdre 5 face-à-face avec un gardien Chypriote.
Mais pour rendre notre daube un peu plus piquante et faire monter la sauce, il faut lui ajouter une bonne dose de caractère. En bon Provençal, notre Djibril est extrêmement démonstratif et aime parler avec les mains : "Pourquoi tu m'as pas fait la passe ? Ta passe, elle est trop nulle : c'est à cause de ça que j'ai raté mon contrôle ! Mamadou, laisse-moi tirer le penalty : je vais le mettre ! Pourquoi tu me la donnes pas avant : c'est de ta faute si je suis hors jeu !". Et pour ajouter au dramatique de la scène, Djibril sait parfaitement faire passer ses émotions en lançant un regard noir à la foule et à ses partenaires et le mot de Cambronne que l'on peut lire toutes les 10 secondes sur ses lèvres.
Enfin, il faut saupoudrer le tout d'un soupçon d'égoïsme. Enfin, un soupçon façon Maïté époque "Cuisine des Mousquetaires" car sur un terrain, Djibril ne pense qu'à lui. Une fois qu'un de ses coéquipiers a eu le malheur de lui lâcher la balle, il peut être sûr qu'il ne la reverra jamais : Djibril fonçant droit vers le but sans chercher à éviter les défenseurs avec un seul but en tête : mettre une grosse mine. C'est d'ailleurs pour cette unique raison que les défenseurs craignent Cissé : ils ont peur de se faire percuter à grande vitesse, Mario Yepes peut en témoigner. D'ailleurs, la réaction de Djibril à l'époque avait été celle d'un grand seigneur, refusant de s'excuser parce qu'il ne l'avait pas fait exprès et que le joueur chinois qui lui avait cassé la jambe quelques mois plus tôt n'avait jamais pris de ses nouvelles. Oui mais Djibril, tu t'étais blessé tout seul contre la Chine et même si ça avait été le cas, ça n'aurait rien excusé. Tout Cissé est résumé par cette affaire : un ego surdimensionné qui lui fait dire que ce n'est jamais de sa faute, ce sont toujours les autres qui sont responsables. Bref, on a droit à un gros melon pour accompagner notre daube...
La recette est désormais terminée et ce plat se révèle complètement indigeste pour les amateurs de football, surtout pour les supporters de l'équipe où évolue Djibril. On peut toutefois trouver une vertu à ce met pas très raffiné : un pouvoir comique certain bien que totalement fortuit...
04 juin 2008
Andrés Iniesta, un héros très discret
A J-4 du match d'ouverture du Championnat d'Europe des Nations 2008, j'ai décidé de tirer le portrait de quelques acteurs qui feront, ou ne feront pas, l'Euro. Le premier de la liste est Andrés Iniesta, l'excellent milieu du terrain du FC Barcelone, sans doute l'un des joueurs les plus sous côtés de la planète football.
Pour beaucoup, le meilleur milieu de terrain espagnol est Cesc Fabregas. Pour moi, un autre ancien pensionnaire de la Masia, la plus grosse fabrique de milieux relayeurs au monde (Guardiola, Xavi, Arteta et donc Iniesta et Fabregas), lui est supérieur : il s'agit, vous l'avez compris, d'Andrés Iniesta. Je ne suis d'ailleurs pas le seul à le penser vu que le numéro 8 de Barça a été élu joueur espagnol de l'année 2007, devançant par la même occasion Sergio Ramos et l'inévitable Cesc Fabregas.
Contrairement au maître à jouer des Gunners, le Barcelonais est d'une régularité rare pendant la saison et pendant une rencontre : pendant 90 minutes, il est toujours présent et ne donne pas l'impression de disparaître d'une rencontre comme le chouchou de l'Emirates Stadium. Surnommé "El Cerebro" (le cerveau), il est doté d'une intelligence de jeu rare, aussi bien dans ses déplacements que dans son jeu de passes. Il met sa technique hors pair au service du collectif en bonifiant tous les ballons qui passent dans ses pieds et ne mettra jamais son équipe en difficulté par un mauvais choix : il ne perd quasiment jamais la balle ! Très complet, il peut également faire la différence par son coup de rein qui peut lui permettre d'éliminer n'importe quel adversaire. Il est également doté d'une bonne frappe (cf. son but à Wembley contre l'Angleterre l'an passé) et est plutôt adroit devant le but. Pour ne rien gâcher, il est très utile à la récupération où il met à profit sa lecture du jeu pour intercepter les passes adverses. Pour chipoter, on peut bien lui trouver un point faible : son manque de taille (1m70) et de puissance dans les duels mais il compense par sa technique et son intelligence situationnelle.
Pourquoi donc est-il si peu connu du grand public ? Ses capacités footballistiques ne sont pas en cause puisqu'il est assurément l'un des meilleurs, si ce n'est le meilleur, milieux relayeurs du moment. Pour plusieurs raisons. Tout d'abord, depuis ses débuts en pro, il a été trimballé aux quatre coins du terrain (milieu relayeur, ailier gauche ou droit, milieu latéral et même avant-centre ! Ses qualités sont tellement grandes qu'il a à chaque fois donné satisfaction mais sa polyvalence le dessert car c'est en 8 qu'il donne vraiment sa pleine mesure.
Son jeu, simple et efficace, n'est pas assez flashy pour confectionner des vidéos sur Youtube et il ne fera jamais de grandes percées à la Messi qui feront le tour du Monde. Et ses performances, pourtant remarquables, ne sont pas toujours remarquées par le grand public car elles sont éclipsées par les coups de génie de ses partenaires : Eto'o, Ronaldinho, Messi, Deco en club, Villa, Silva ou Torres en équipe nationale. Même en sélection de jeunes, il n'était pas le joueur vedette : à l'époque, la star, c'était déjà "El Niño" Fernando Torres. Pourtant dès que ces équipes sont en difficulté, c'est à ce moment là que les qualités d'Iniesta sont le plus mises en valeur car il arrive à encore hausser son niveau de jeu.
Il préfère se fondre dans le collectif et ne cherche pas à jouer sa carte personnelle. Ce n'est pas pour rien que tous ses coéquipiers sont unanimes à son égard. A l'instar d'un Samuel Eto'o qui a été impressionné par son talent dès leur premier entraînement commun ou d'un Fernando Torres qui rêve de jouer à ses côtés en club.
Enfin, il ne dispose pas d'un charisme monstre contrairement à Fabregas, Puyol ou Ronaldinho. Et comme, il ne cherche pas particulièrement à se mettre en valeur, son physique et sa taille plutôt passe-partout le laissent dans un anonymat plutôt injuste.
Iniesta, c'est l'inverse d'un Beckham : l'Anglais était unidimensionnel (tireur de coups de pieds arrêtés) et surmédiatisé alors que l'Espagnol est multicartes et injustement méconnu. Cet Euro est donc l'occasion pour lui de montrer l'étendue de son talent à l'Europe et au monde entier.
Cela sera-t-il suffisant ? Pas sûr car tout le monde l'a oublié mais Iniesta avait été le meilleur joueur du Barça en finale et en demi-finales de la Ligue des Champions 2006 !
03 juin 2008
Equipe type des révélations de la Ligue 1 2007-2008
Comme l'an dernier, nous allons nous intéresser aux joueurs qui se sont révélés au cours de la dernière saison de Ligue 1. D'abord, qu'est-ce que j'entends par révélation ? C'est un joueur qui avait moins de 25 ans et qui avait pris part à moins de 10 rencontres de championnat avant le début de la saison. Ces critères excluent certains joueurs qui auraient pu prétendre à une place dans ce 11 plein d'avenir : je pense notamment à Melvut Erding, à Mathieu Valbuena ou encore à Hatem Ben Arfa.
Voici cette équipe dans un 4-4-2 classique :
Mandanda
Josse - Rami - Sakho - Muratori
Digard - Lemoine
Gouffran Lejeune
Gameiro - Pjanic
Steve Mandanda, 22 ans, gardien de but, Olympique de Marseille, 34 matchs. En une saison, Steve Mandanda est devenue l'un des gardiens les redoutés par les attaquants de Ligue 1. Mais c'est surtout le joueur le plus craint par les autres gardiens de son équipe !
En effet, sa trajectoire éclair s'est souvent accompagnée d'une malédiction touchant ses concurrents au poste de gardien. Le schéma est simple : le titulaire se blesse gravement, Mandanda brille et gagne définitivement ses gallons de titulaire. C'est ce qui s'est passé au Havre lors de la saison 2005-2006 avec la blessure non pas d'un mais de deux portiers ! Bis repetita en équipe de France Espoirs : Jérémy Gavanon se déchire les croisés et Mandanda brille au Tournoi de Toulon de 2005. Enfin, en août dernier, Cédric Carasso, alors dans la forme de sa vie, se pète le talon d'achille et Mandanda saisit une nouvelle fois sa chance.
Qui sera la prochaine victime de la malédiction Mandanda ? La rumeur veut que les chirurgiens de Grégory Coupet, Mickaël Landreau, Sébastien Frey et Hugo Lloris seraient sur le qui-vive...
Maxime Josse, 21 ans, arrière droit, FC Sochaux Montbéliard, 12 matchs. Le seul titulaire par défaut de cette équipe prometteuse, aucun joueur ne s'étant révélé à ce poste d'arrière droit cette saison. C'est d'ailleurs une constante du football de haut niveau : les bons spécialistes du poste (Oddo, Sagnol, Daniel Alves ?) se comptent sur les doigts de la main.
Champion d'Europe des moins de 17 ans en 2004 (la fameuse génération dorée des Nasri, Ben Arfa, Ménez, Benzema, Ducasse...), le jeune Picard a surtout brillé en début de saison, grâce à la blessure de Jérémie Bréchet, au poste de défenseur central. Mais le début de saison calamiteux du club, le retour du capitaine sochalien et l'arrivée de Damien Perquis auront raison des belles dispositions qu'aura laissées entrevoir le jeune défenseur. Balladé au milieu ou sur la droite de la défense, il ne jouera plus beaucoup lors du fantastique retour effectué par le club Doubien lors de la deuxième partie de la saison.
N'ayant pas nécessairement la confiance de Francis Gillot son entraîneur, un nouveau prêt serait souhaitable (il a passé la saison 2006-2007 à Brest) pour qu'il puisse s'aguerrir un peu plus et "rêver" à un destin à la Jean Calvé : pas conservé par Sochaux, le Manceau a explosé dans la Sarthe et attire désormais la convoitise de plusieurs clubs anglais et français...
Adil Rami, 22 ans, défenseur central, Lille OSC, 24 matchs. Toutes proportions gardées, Rami a un destin à la Franck Ribéry puisque son parcours sort des sentiers battus. Comme la nouvelle idole de l'Allianz Arena, le défenseur lillois n'est pas issu d'un centre de formation et a dû emprunter des chemins de traverse pour devenir un acteur à part entière de la Ligue 1. Lorsque le LOSC va le chercher à Fréjus, il est encore jardinier !
Comme souvent à Lille, il ne joue pas tout de suite en équipe première pour qu'il puisse s'aguerrir et répondre aux exigences de Claude Puel. En fin de saison 2006-2007, il participe à quelques rencontres et ses prestations sont suffisamment convaincantes pour qu'il soit désigné successeur de Tavlaridis parti à Saint-Etienne. Mais la belle histoire a failli s'interrompre avant même d'avoir commencé puisque Rami se blesse gravement au genou dès la 1ère journée de championnat face à Lorient.
Mais le happy end programmé aura bien lieu puisque après 2 mois d'absence, il regagne ses talons de titulaire au sein de la défense lilloise. Beau bébé d'1m89 pour 82 kilos, dur sur l'homme, doté d'un bon placement et d'une bonne relance, rapide, il ne tardera pas à convaincre les sélectionneurs marocains de le présélectionner pour des matchs préparatoires pour la CAN. Mais le natif de Bastia refuse, déclarant vouloir aider son club à se maintenir et rêvant secrètement des Bleus. Lille se sauvera et Rami sera l'un des grands artisans de la fin de saison canon du club voyant le LOSC gagner 10 places au classement. Un bonheur n'arrivant jamais seul, il sera même convoqué par Domenech lors du rassemblement élargi de l'équipe de France avant les rencontres face au Mali et à l'Angleterre.
Passé d'agent municipal à l'équipe de France A' en moins d'un an et demi, Rami a eu raison de vouloir jouer sa carte jusqu'au bout.
Mamadou Sakho, 18 ans, défenseur central, Paris Saint-Germain, 12 matchs. Bien sûr, d'autres défenseurs comme Jérémy Sorbon (Caen) ou Habib Bellaïd (Strasbourg) ont disputé plus de rencontres et auraient pu faire de l'équipe. Seulement, la concurrence n'est pas la même et surtout, le jeune défenseur parisien n'a que 18 ans.
Jeune et ambitieux, parfois vicieux, Sakho a tout du futur prince de la ville et du Parc. Rapide, intelligent dans son placement et dégageant une impressionnante puissance physique dans les duels, il peut légitimement prétendre à une grande carrière surtout qu'en plus de ses qualités footballistiques, c'est également un leader. Mais il devra apprendre la patience lui qui se voyait déjà disputer la fin de saison à la place de Yepes et qui a été habitué à ce que tout aille vite pour lui comme par exemple, être capitaine du PSG à seulement 17 ans.
Baladé entre le couloir gauche et l'axe de la défense, c'est comme stoppeur que le premier footballeur au style tecktonik doit être fixé à l'avenir. Il ne lui restera alors qu'à gravir pas à pas les marches vers la gloire et on devrait souvent le voir exécuter des pas de danse, ou plutôt de tecktonik, pour célébrer les victoires de son équipe.
Vincent Muratori, 20 ans, arrière gauche, AS Monaco, 20 matchs. A l'été 2007, Ricardo avait fait d'un latéral gauche sa priorité au niveau du recrutement. C'est donc Jérémy Berthod qui a débarqué sur le rocher. Mais au final, le quadruple champion de France n'aura pris part qu'à 12 rencontres contre 20 au jeune Muratori.
Auteur d'un bon début de saison, le jeune latéral issu du centre de formation du club de la Principauté, s'est vite imposé comme le titulaire du poste. Ses performances remarquables, et remarquées, lui ont même permis d'intégrer l'équipe de France Espoirs. Malheureusement, sa deuxième partie de saison, à l'image de celle de son club, a été plus compliquée et après avoir été totalement débordé par Keita face à Lyon, il quittera le 11 de départ.
La prochaine saison nous permettra de savoir si cette éclipse n'était que partielle et si le jeune latéral saura corriger ses difficultés dans le placement que sa fougue et son envie ne pourront pas toujours compenser. Mais tout est allé très vite pour ce jeune joueur qui est passé de l'anonymat de la CFA aux convoitises des clubs du Calcio en quelques mois. A lui de nous faire oublier cette fin de saison en demi-teinte et de nous confirmer les belles promesses affichées à l'automne.
Yoan Gouffran, 22 ans, milieu droit, SM Caen, 36 matchs. Elu meilleur joueur de Ligue 2 l'an passé, le Caennais était attendu au tournant pour sa première saison complète en Ligue 1. Il était surtout attendu au PSG, le club de son coeur à l'écouter, et avait fait le forcing à l'été 2007 pour rejoindre Pauleta, Rothen et compagnie. Mais quand la bise fut venue, le PSG se retrouva fort dépourvu car Gouffran préféra revenir sur sa parole et rester en Normandie. Un coup pas très franc...
A part ça, le Guadeloupéen a quand même réalisé une bonne saison sur le plan comptable avec 10 buts et 7 passes décisives. A la pointe ou sur la droite de l'attaque caennaise, Gouffran a fait parler ses qualités physiques et a montré un sens du but qui ont fait de lui la principale arme offensive de son équipe. Sa polyvalence est précieuse mais pourrait le faire stagner : la tentation est grande d'utiliser sa vitesse de course dans le couloir droit, surtout quand on connaît la pénurie de bons joueurs à ce poste. Mais ses qualités de dribbleur sont loin d'être exceptionnelles, c'est pourquoi je le verrais plus en avant-centre car il a montré de vrais dispositions de buteur.
Son parcours peut ressembler à celui d'un Thierry Henry qui stagnait dans son couloir gauche avant d'exploser complètement quand Arsène Wenger l'a repositionné à la pointe de l'attaque des Gunners. A l'heure de quitter le stade D'Ornano, Gouffran devra donc trouver son Wenger. Et pourquoi pas Arsène lui-même ?
Didier Digard, 21 ans, milieu défensif, Paris Saint-Germain, 16 matchs. A l'instar de Gouffran, l'ancien Havrais avait réalisé une excellente saison en Ligue 2 sauf qu'à l'inverse du Caenais, il n'a pas eu peur de rejoindre Paris. Digard, qui fait tout plus vite que tout le monde - il a été père à 16 ans - s'est rapidement imposé dans l'entrejeu parisien pour former avec Jérémy Clément un redoutable duo de récupérateurs.
C'est à l'extérieur, où sa puissance et sa vitesse ont fait des merveilles, que Digard s'est le plus illustré, contribuant grandement à l'excellent parcours du PSG hors de ses bases en début de saison (5 victoires en 10 déplacements). Blessé durant toute la phase retour, son absence a été difficile à combler pour Paris puisque les hommes de Paul Le Guen ont dû attendre la dernière journée pou obtenir leur 6ème succès à l'extérieur de la saison.
A domicile, l'apport de Digard a été moins évident car son jeu vers l'avant reste encore perfectible, notamment dans l'utilisation des intervalles. Mais polyvalent (il peut jouer indifféremment en défense centrale et au milieu), il incarne l'avenir du PSG, club dont il sera très vite l'un des hommes forts : il a la mentalité et les qualités pour le devenir.
Fabien Lemoine, 21 ans, milieu défensif, Stade Rennais, 18 matchs. On peut reprocher un tas de choses à Guy Lacombe mais il a un grand mérite : dans chaque club qu'il a entraîné, il a su révéler des joueurs au potentiel insoupçonné. On pense à Didier Drogba à Guingamp, Jérémy Mathieu à Sochaux ou Clément Chantôme à Paris. A Rennes, c'est Fabien Lemoine qui a profité de l'arrivée du technicien à la moustache pour prendre la place du capitaine et idole du Stade de la Route de Lorient, Etienne Didot. Rien de moins !
Formant un duo très complémentaire avec le très rugueux Stéphane M'Bia, Lemoine a très vite fait étalage de ses qualités : un gros volume de jeu, une technique soyeuse, une qualité de passe largement supérieure à la moyenne, une bonne couverture de balle et une frappe lourde. Si Rennes a fini la saison en trombe, son nouveau milieu relayeur Breton n'y est pas étranger !
Kevin Lejeune, 23 ans, milieu gauche, AJ Auxerre, 38 matchs. Il est loin le temps où le centre de formation de l'AJ Auxerre permettait au club de constituer une équipe rivalisant avec les Grands d'Europe. Aujourd'hui, c'est Rennes qui alimente en masse les sélections de jeunes alors qu'Auxerre peine en bas de tableau et que les joueurs formés à l'AJA sont une denrée de plus en plus rare dans l'effectif icaunais. Il y a 6 ans, l'AJA disputait la Ligue des Champions et dans le 11 de départ de l'époque, seuls 4 joueurs n'étaient pas passés par les équipes de jeunes du club (Boumsong, Fadiga, Faye et Lachuer). Aujourd'hui, Auxerre est 15ème du championnat et parmi les titulaires, seuls 3 joueurs sont issus du centre de formation : Jean-Sébastien Jaurès, Jean-Pascal Mignot et Kevin Lejeune.
Ce dernier est même la seule satisfaction d'une saison auxerroise bien terne. Pensionnaire régulier des sélections nationales de jeunes (logique vu son patronyme), l'ailier auxerrois a vu sa progression brusquement interrompue par une grave blessure au genou alors qu'il avait à peine 20 ans. Alors que beaucoup auraient sombré, lui s'est accroché et a su saisir sa chance cette saison et s'imposer dans le onze titulaire de Jean Fernandez, prenant la place de Jean-Michel Lesage, recrue phare du mercato d'été vite partie revoir sa Normandie. Le jeûne de Kevin a donc pris fin cette saison et c'est peu dire que l'Auxerrois avait faim de matches et soif de reconnaissance...
Vif, dribbleur et technique, ce gaucher est le digne héritier des ailiers qui ont fait l'histoire de l'AJA (Pascal Vahirua, Bernard Diomède, Christophe Cocard...). Des joueurs percutants et déroutants dans son style sont malheureusement de plus en plus rares dans le football moderne et c'est bien dommage. Lejeune, une bouffée d'oxygène pour l'Abbé-Deschamps et le football en général !
Kevin Gameiro, 21 ans, attaquant, RC Strasbourg, 34 matchs. Il y a deux saisons, le jeune Strasbourgeois s'était déjà fait remarquer en signant un doublé en Coupe d'Europe face à Belgrade. Mais comme pour l'autre Kevin de cette équipe (Lejeune), une grave blessure avait freiné son éclosion et il avait dû repartir pour 6 mois en Ligue 22 où il a trouvé le temps d'inscrire 3 buts.
Pour sa première saison complète en Ligue 1, le natif de Senlis a démarré fort (2 buts lors des 3ème et 4ème journée) et a fini en trombe (2 buts lors des 37ème et 38ème journée). Entre les deux, ce fut un peu plus compliqué avec seulement 2 buts inscrits qui portent son total à 6 réalisations. Il faut dire qu'il n'a pas toujours été titulaire et qu'il a souvent dû occuper un couloir et consentir de gros efforts dans le repli défensif.
Même s'il ne sera sans doute jamais Ballon d'Or, Gameiro me fait penser à Michael Owen : un petit gabarit (1m68), vif avec un sens du but prononcé. Sans doute le meilleur joueur de Strasbourg cette saison et il y a peu de chances de le voir en Alsace la saison prochaine.
Miralem Pjanic, 18 ans, attaquant, FC Metz, 32 matchs. Si l'on devait élire, LA révélation de la saison écoulée, nul doute que ce prix reviendrait au jeune Messin. Doté d'une technique hors norme associée à une vision du jeu du même acabit, les grands clubs européens s'arrachent ce joueur hors du commun.
Né en Bosnie en 1990, Pjanic doit quitter ce qui s'appellera désormais l'ex-Yougoslavie en raison de la guerre qui sévit dans les Balkans. C'est au Luxembourg que la famille Pjanic posera ses bagages et c'est à Metz que le jeune Miralem fera ses classes de footballeur dès l'âge de 14 ans. Titulaire de 3 nationalités (bosniaque, luxembourgeoise et française), c'est son pays de naissance qui profitera finalement de son énorme talent.
Pjanic est une énigme au sein de la saison Messine : comment un joueur aussi talentueux a-t-il pu éclore dans un univers aussi pauvre techniquement ? Le centre de formation de Metz a cherché à s'adapter au football moderne en privilégiant les joueurs physiques mais au final, il n'a sorti que des athlètes incapables d'enchaîner trois passes et à l'intelligence de jeu rare car complètement inexistante. La leçon est à méditer pour les formateurs lorrains puisqu'au final, c'est le meilleur footballeur qui permet aux Grenats d'empocher 10M€.
Le prix déboursé par les Lyonnais pour former l'attaque la plus prometteuse d'Europe - depuis que Torres est parti à Liverpool, laissant el Kun Agüero prendre les commandes de l'attaque des Colchoneros - en associant Karim Benzema et le jeune Bosniaque. Chanceux Lyonnais qui verront ces deux artistes jouer ensemble et laisser bien des regrets à l'équipe de France qui aurait pu, à terme, également associer les deux prodiges...
28 mai 2008
Ca se discute
Après l'épisode de la liste des 30, Raymond Domenech a livré son verdict et a communiqué sa liste des 23 joueurs qui disputeront l'Euro 2008 en Suisse et en Autriche. Avant de revenir sur cette sélection poste par poste, voici la liste des 7 malheureux qui, on l'espère, s'en remettront mieux que les 6 exclus de 1998 (Letizi, Djetou, Laigle, Lamouchi, Ba, Anelka) : Landreau, Escudé, Mexès, A. Diarra, Flamini, Ben Arfa et Cissé.
Gardiens : Grégory Coupet, Sébastien Frey, Steve Mandanda.
La grande surprise est l'absence de Landreau qui jusqu'à aujourd'hui était considéré comme le numéro 2 dans la hiérarchie des gardiens, hiérarchie qui semblait figée dans l'esprit du sélectionneur. Mais Domenech a succombé à la hype Mandanda, un gardien certes talentueux, mais qui fait parler de lui parce qu'il réalise des arrêts sur des frappes qui sont sur lui. Il faut savoir que Mandanda est le gardien de Ligue 1 qui réalise le plus d'arrêts mais contrairement à un Casillas, il n'arrive pas à rendre sa défense plus hermétique vu que Marseille n'a que la 11ème défense de Ligue 1, à égalité avec... le PSG !
Surtout, le gardien Marseillais est loin d'être flamboyant et ses dernières prestations sont loin d'être rassurantes quand on sait que les Strasbourgeois ont réussi à le tromper 3 fois au Vélodrome. On ne peut donc pas invoquer la forme du moment dans son cas. Landreau, lui, avait bien remonté la pente et c'est regrettable de se priver d'un gardien qui n'avait encaissé que 3 buts en 11 sélections et qui avait été excellent en Italie.
Défenseurs : Willy Sagnol, François Clerc, Lilian Thuram, William Gallas, Sébastien Squillaci, Jean-Alain Boumsong, Eric Abidal, Patrice Evra.
Encore une surprise avec l'absence d'Escudé qui était pourtant régulièrement appelé par Raymond Domenech depuis 2006. Mais il semblerait que le joueur du FC Séville ait réveillé sa pubalgie en jouant contre l'Equateur. Par contre, le choix de Boumsong pour le remplacer est plus discutable quand on sait que l'ancien Auxerrois a enchaîné les prestations catastrophiques avec la Juve en Série B et n'a pas non plus été à son avantage en finale de la Coupe de France. Squillaci mérite déjà plus sa place dans cette liste mais on peut regretter l'absence de Mexès qui à chaque grande compétition se fait éjecter du train bleu juste avant son départ. C'est vraiment dommage quand on connaît le talent du joueur et quand on sait qu'il pourrait apporter un vrai plus dans la relance.
Pour les autres, il n'y a pas grand chose à redire : je suis juste bien content que ce soit Clerc plutôt que ce joueur surfait qu'est Sagna qui ait été désigné doublure de Sagnol. Mais le sélectionneur aurait pu être plus ambitieux en retenant un défenseur central en moins (Abidal aurait pu dépanner à ce poste) et un milieu de terrain polyvalent (Flamini) en plus.
Milieux : Patrick Vieira, Claude Makélélé, Jérémy Toulalan, Lassana Diarra, Franck Ribéry, Sidney Govou, Florent Malouda et Samir Nasri.
Il n'y a que du classique pour le milieu de terrain français avec par rapport à 2006, l'absence d'Alou Diarra qui est pourtant à un tout autre niveau qu'il y a 2 ans. Malgré tout, on peut regretter l'absence de Flamini qui dans le jeu vers l'avant aurait bien plus apporté bien que Lassana, le nouveau Diarra de la liste. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que Diarra cirait le banc à Arsenal, dans l'ombre de Flamini. Une nouvelle fois, on préfère l'impact physique à la technique : dommage.
Par contre, la sélection de Nasri est une bonne nouvelle car même s'il sort d'une saison en demie-teinte, le futur Gunner a un sens rare de la passe et sera une arme très intéressante à utiliser quand la France aura besoin de marquer un but. En règle générale, cette sélection manque de passeurs puisqu'il n'y a que Nasri et Sagnol. Au milieu, il n'y a qu'un seul gaucher alors pourquoi ne pas avoir sélectionné un attaquant (voire un défenseur si on met Flamini à la place de Diarra) de moins pour laisser une place à Jérôme Rothen ?
Attaquants : Thierry Henry, Nicolas Anelka, Karim Benzema et Bafetimbi Gomis.
La seule bonne nouvelle de cette sélection : Cissé ne fait pas partie de la liste finale alors qu'il n'est ni blessé (remember 2006) ni suspendu (cf 2004). Mais bon, à la place, c'est Bafé Gomis, son gros cul, ses contrôles foireux et sa maladresse devant le but. C'est un miracle qu'il soit retenu et qu'il ait pu marquer ses 2 buts face à l'Equateur et ses défenseurs qui n'avaient pas digéré le décalage horaire.
A sa place, j'aurais préféré Trézéguet qui aurait ajouté une corde supplémentaire à l'attaque française, surtout avec Nasri et Rothen sur le terrain. Ben Arfa aurait été plus intéressant, par son sens de la passe et sa capacité à faire la différence alors que les espaces sont réduits. C'est cette configuration de jeu là qui attend la France et c'est quand il y a du champ que Gomis est à l'aise...
25 mai 2008
Une faim de Lyon
Hier soir, l'Olympique Lyonnais de Jean-Michel Aulas a remporté le dernier trophée qui lui manquait : la Coupe de France qui vient s'ajouter à la Coupe de la Ligue (2001) et à 7 titres de Champion de France (2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007 et 2008). Mais Dieu que ce fut laborieux et surtout, Lyon ne méritait pas sa victoire.
27 ans plus tard, l'OL nous a offert un remake de "La Chèvre" avec non plus, François mais Alain Perrin pour tenir le rôle principal. L'entraîneur des Gones a été dépassé tactiquement par le seul coach que les Lyonnais auraient bien voulu garder - et ce n'est pas un hasard - et s'il a tout de même réalisé le boulé Coupe - Championnat, il a donné l'impression que n'importe quel autre technicien aurait pu faire de même. On peut s'étonner de la titularisation de Fred, de la titularisation de Kallstrôm, joueur axial, dans le couloir coach et de laisser sur le banc un Ben Arfa qui aurait causé bien des soucis à Ceara.
La victoire de Lyon est tout sauf méritée et heureusement que Coupet, Réveillère, Toulalan et Govu étaient là, sinon on aurait assisté à un véritable naufrage. Au milieu, le trio Clément - Chantôme - Bourillon régnait en maître et alimentait en ballons le duo Diané - Pauleta qui causait bien des soucis à l'arrière-garde Lyonnaise. Surtout Boumsong qui avait retrouvé le niveau de ses plus belles années à Newcastle. Derrière la charnière Yepes - Camara était impeccable et jamais prise en défaut et même Ceara n'était pas inquiété, c'est dire lapathie des attaquants Lyonnais.
C'est la réussite qui a sauvé l'OL et le seul but de la rencontre résume le déroulement de la rencontre : centre dans le tas de Benzema, Keita - qui aurait dû être expulsé pour un coup de coude sur Armand et qui plus tard, tentera de faire une Cissé en taclant sévèrement la cheville de Yepes - rate son contrôle et le ballon arrive dans les pieds d'un Govou qui passait là par hasard : l'international français allume Alonzo et offre à son club une victoire inespérée.
Plus tôt dans la rencontre, quand ce n'était pas Coupet, c'est Réveillère et la barre transversale qui sauvaient les Gones à deux reprises. Sans oublier cette main de Boumsong non sifflée dans la surface et le but refusé à Armand pour une position de hors-jeu de Yepes : pas sûr que Coupet aurait arrêté la tête du Parisien si le Colombien n'avait pas été là. Complètement libérés, les joueurs Parisiens ont sans doute livré leur meilleur match de l'année, avec des enchaînements de passes et pas mal de décalages, prouvant que cette équipe valait bien mieux qu'une seizième place en championnat.
Petit mot de la fin en hommage à Pauleta qui aura dû attendre son dernier match sous les couleurs Parisiennes pour connaître sa première défaite en club au Stade de France après 4 victoires (Coupe de la Ligue en 2002 et 2008, Coupe de France en 2004 et 2006). Contrairement à Raï, le deuxième meilleur joueur de l'histoire du club ne finira pas sur un doublé Coupe de France - Coupe de la Ligue et n'aura pas inscrit un but dans chaque final. Pour l'ensemble de son oeuvre et pour sa prestation d'hier, il l'aurait mérité...
22 mai 2008
Le blues de Chelsea
50 ans après le crash de Munich, 40 ans après le sacre de Londres et 9 ans après le miracle de Barcelone, Manchester United a remporté sa 3ème Ligue des Champions. A Moscou, la place rouge était rouge et bleue hier, elle est retournée à sa couleur d'origine, au grand dam des supporters de Chelsea qui ont regagné leurs pénates avec pas mal de bleus à l'âme...
Comme en championnat, Chelsea finit dauphin de ces satanés Mancuniens et peuvent avoir bien des regrets tant ils ont dominé la rencontre après l'égalisation miraculeuse de Lampard à la 45ème minute. Entre l'exclusion scandaleuse de Drogba, la frappe sur le poteau de l'Ivoirien, le tir de Lampard qui heurte la transversale et surtout le penalty de la gagne que Terry envoie sur le poteau après une jolie glissade, les Londoniens peuvent avoir des regrets.
Entre nous, le match a été très médiocre, tout juste relevé par la première mi-temps des prolongations et surtout par la palpitante séance de tirs aux buts. Terriblement injuste, cet exercice a au moins un mérite : donner un intérêt à des rencontres qui se seraient conclues par un triste match nul en temps normal. Et à la roulette russe (normal à Moscou), ce n'est pas l'équipe de Roman Abramovitch qui en est sortie victorieuse, la faute à ce satané déluge qui a fait chuter Chelsea et son capitaine.
Au niveau du jeu, pas grand chose à se mettre sous la dent et quasiment pas d'actions collectives abouties. Bien sûr, il y avait des joueurs de grand talent donc a assisté à quelques coups d'éclat individuels : le jeu dos au but de Drogba, la combativité de Tevez, les prise de balle de Ballack, les grigris de Ronaldo et les Malouda qui pousse son ballon trop loin... C'est vraiment trop peu pour une rencontre qui est censée être la quintessence du football mondial...
Au coup d'envoi, beaucoup de joueurs offensifs étaient alignés par les deux équipes mais au final, était-ce bien utile de les titulariser et de faire de Joe Cole un arrière droit et Rooney un latéral gauche ? Plus qu'à un match de foot, on a assisté à un combat physique perpétuel où dans un premier temps, la vivacité de Manchester a fait la différence avant d'être progressivement éteinte par la puissance physique des Londoniens. Niveau football, on a vu les fantômes des 2 Cole, Joe et Ashley, à des années lumières du niveau qui était le leur il y a à peine 2-3 ans. Ballack, lui par contre, est à nouveau au top alors que Vidic n'a jamais été aussi bon. Pour le reste, c'est du grand classique.
Comme souvent, la différence s'est joué sur détails et c'est la réussite qui a joué son rôle d'arbitre. D'ailleurs, il était nécessaire qu'elle intervienne tant l'arbitre de la rencontre a été catastrophique en n'accordant pas les bons corners, en donnant un carton jaune à Makélélé et Scholes pour un simple contact dans les airs. Et que dire de l'exclusion de Drogba...
Et la réussite a, comme tout au long des phases finales, été du côté de Manchester. En huitièmes, les 2 buts Mancuniens face à l'OL résultent d'incroyables cafouillages. En quarts, l'AS Roma était redevenue une équipe ordinaire car privée de Totti et Perotta - ses deux principales armes offensives - mais les Romains ont dominé Manchester et le sort de cette confrontation aurait pu être bien différent si au moment de tirer son penalty, De Rossi n'avait pas confondu Old Trafford et Twickenham. En demis, Van der Sar a fait des miracles et si Scholes n'avait pas joué les roux de secours, Barcelone se serait qualifié. Enfin, en finale, MU marque sur un centre du gauche de Wesley Brown. Tout est dit...
20 mai 2008
Bienvenue en Ligue 2
2008 devait être l'année des Ch'tis, région de France trop souvent décriée et que Dany Boon a cherché à réhabiliter via un film sympathique mais au succès disproportionné. Lille a bien connu une superbe 2ème partie de saison marquant 16 points de plus que son homologue Lensois lors des 20 dernières journées. Mais on ne peut pas considérer Lille comme un club Ch'ti à 100% parce que dans le fameux long métrage, c'est à Bollaert que se rend Kad Merad, pas au Stadium Nord des rivaux Lillois.
En basket, la révélation du championnat, Nando De Colo, qui est devenu le plus jeune MVP français de Pro A depuis un certain Antoine Rigaudeau, est Ch'ti. Mais le natif de Sainte-Catherine a fait ses classes à Cholet et son image est donc plus associée aux Mauges qu'à Gravelines, sa centrale nucléaire et son équipe de basket championne de France en 2005.
Non au final, 2008 n'est pas l'année des Ch'tis car le Racing Club de Lens, fierté et figure de proue - pour ne pas dire seul moyen de s'évader d'un quotidien pas très réjouissant - de toute une région est relégué en Ligue 2. Chose inimaginable en début de saison comme le prouvent nos pronostics d'août et la 5ème place budgétisée par le Président Martel.
Gervais Martel, symbole et principal responsable de la chute d'un club. En effet, le natif d'Arras a multiplié les mauvais choix et à con duit son club de sang (et or) à sa perte. La première mauvaise décision a été de ne pas convaincre Francis Gillot de rester à la tête de l'équipe, surtout quand on voit les miracles accomplis par cet entraîneur à Sochaux. La deuxième erreur, majeure, a été de sortir Guy Roux de sa retraite et l'ex homme fort de l'AJA, sentant le désastre qui s'annonçait, a préféré se la jouer bad guy en quittant le navire précipitamment. Ensuite, Papin, l'enfant du pays car né à Boulogne-sur-Mer, a endossé un costume sans doute trop grand pour lui ce qui l'a obligé a demandé de l'aide. Celle-ci est venue avec Daniel Leclercq, pensant que c'est avec les vieux druides qu'on fait les meilleurs potions, mais leur binôme n'a jamais fonctionné.
Le recrutement est catastrophique et on pourrait constituer une équipe entière des pires recrues de l'année avec tous les joueurs qui ont signé un contrat au RCL lors des 12 derniers mois. Sablé, capitaine emblématique des verts, ne s'est jamais adapté au Nord et s'est même fait prendre sa place par Mangane, milieu de terrain sénégalais venu de Suisse à la technique aussi développée son compatriote Alliou Cissé. Alors qu'il y avait pléthore de milieux gauches (Monterrubio, Jemaa - parti à Caen entre temps-, Monnet-Paquet), Guy Roux en avait recruté un supplémentaire : Kanga Akalé, le bien nommé vu que ses tentatives de déstabilisation des défenses adverses sont restées au point mort. Au niveau de l'attaque, ce n'est pas plus glorieux vu que Pieroni et Kalou, anciennes gloires auxerroises, ont fait un passage plus qu'express dans l'Artois. La défense ne se porte pas mieux car avec Laurenti, on ne peut pas affirmer que l'arrière-garde Sang et Or se soit vraiment renforcée.
Le pire dans tout ça, c'est que les joueurs déjà présents n'ont pas été à la hauteur de la réputation. Demont est un latéral qui ne défend pas assez bien et un milieu qui n'apporte pas assez offensivement. Hilton, longuement blessé, n'a pas été le patron de sa défense et ses errements défensifs ont coûté très cher, comme en finale de la Coupe de la Ligue notamment. Coulibaly a perdu en puissance physique ce qu'il n'a pas gagné en placement et est devenu un défenseur plus que quelconque : pas mauvais en un contre un mais au placement et à la relance désastreux. Carrière et Monterrubio sont au-dessus du lot techniquement mais n'ont plus les jambes de leurs jeunes années nantaises.
Tout cela fait beaucoup pour une équipe qui en plus n'a pas toujours eu énormément de réussite comme à Lorient où les Merlus marquent sur leur seule action de la rencontre. Bien sûr, il y a eu des éclairs comme ce 3-0 infligé à Lyon ou cette demi-finale de Coupe de la Ligue face au Mans mais cela n'a pas été suffisant pour se maintenir. Car cette équipe était trop faible mentalement et a lâché dans le sprint final : une victoire (miraculeuse face à Sochaux) sur les 15 dernières rencontres, ça complique pas mal de choses.
En 1998, Titanic dépassait la Grande Vadrouille et devenait le plus gros succès du box office français. Cette année-là, Lens devenait champion de France en devançant le FC Metz, bon dernier de la Ligue 1 cette année. Dix ans plus tard, c'est le film du Dany Boon qui devrait battre le record d'entrées en salles, mais c'est dans le Nord qu'on a tourné un remake du Titanic, en deux couleurs : le Sang et l'Or.
30 avril 2008
Ils sont morts les soleils ?
Le 1er tour de Playoffs NBA depuis le Utah Jazz - Houston Rockets de 1995 a donné son verdict : les Spurs remportent la série 4 victoires à 1 face aux Suns. Si le score est sévère pour Phoenix qui a fait jeu égal avec le Champion tout au long des 5 matches, cette élimination précoce marque sans doute la fin d'un cycle pour une équipe qui aura marqué le milieu des années 2000.
Petit flash-back 4 ans en arrière : nous sommes en avril 2004 et les Suns ne sont pas qualifiés pour les Playoffs et présentent un bilan catastrophique de 29 victoires pour 53 défaites. Le départ de Stephon Marbury, la pseudo star de l'équipe, pour New-York en cours de saison ayant fini d'achever une équipe qui ne peut compter que sur Shawn Marion et le rookie de la saison précédente, Amare Stoudemire. Fin 2003, un nouveau coach, Mike D'Antoni, qui avait jusque là bâti sa réputation en tant que joueur et qu'entraîneur prend les rênes de l'équipe sans susciter un enthousiasme débordant...
A l'intersaison, le meneur Steve Nash, un ancien de la maison, arrive en tant qu'agent libre en provenance de Dallas. Malgré ce renfort de choix, les observateurs, qui n'ont d'avisés que le nom, ne voient pas les Suns briller à l'aube de la saison 2004-2005. Mais le Canadien se révèlera être le chef d'orchestre idéal du jeu ultra offensif prôné par D'Antoni : Marion et Stoudemire se régalent en contre-attaque alors que Quentin Richardson et Joe Johnson allument à 3 points. A la surprise générale, les Suns finissent premiers de la saison régulière avec 62 victoires et Nash est logiquement élu MVP. Surtout, avec les succès des Suns, un vent nouveau souffle sur la NBA où les schémas défensifs étaient de rigueur depuis les années 90 et avaient contribué aux succès des Bulls, Lakers, Spurs et autres Pistons. Phoenix fait école et de nombreuses équipes adoptent, avec plus ou moins de succès, le Run 'n Gun.
Mais la défaite 4-1 en finale de Conférence face aux Spurs ramène Phoenix à la dure réalité : pas de bague de champion sans une défense digne de ce nom. C'est pourquoi, à l'intersaison, Raja Bell, Kurt Thomas et Boris Diaw viennent renforcer l'assise défensive de l'équipe. Malgré l'absence de Stoudemire pendant toute la saison, les Suns confirment (alors que certains de nos chers observateurs les voyaient finir 9ème) et chaque joueur hausse son niveau de jeu pour compenser l'absence de l'intérieur vedette. Boris Diaw explose littéralement et remporte le titre de MIP (joueur ayant le plus progressé) et Nash, au sommet de son art, remporte un deuxième titre consécutif de MVP. Phoenix finit troisième à l'Ouest (54-28) mais s'incline une nouvelle fois en finale de Conférence (4-2), face au Dallas de Dirk Nowitzki cette fois.
Avec le retour de Stoudemire, la saison 2006-2007 s'annonce prometteuse pour les joueurs de l'Arizona et elle sera plutôt réussie puisque les Suns finiront avec le 2ème meilleur bilan de la saison régulière (61-21) et Barbosa sera élu meilleur sixième homme. Mais une nouvelle fois, Nash et cie échoueront en demi-finales de Conférence (4-2) face aux Spurs, futurs champions, dans une confrontation qui est considérée comme la véritable Finale NBA. Les Suns auraient très bien pu l'emporter mais le sort de la série a véritablement basculé dans le match 4 : Robert Horry envoie Steve Nash sur la table de marque, Raja Bell s'énerve et prend une technique alors que Diaw et Stoudemire sont suspendus un match pour être entrés sur le parquet alors qu'ils auraient dû rester sur le banc. Déstabilisé par cet évènement et l'absence de deux joueurs clés, Phoenix laisse San Antonio s'envoler vers le titre.
Avec un effectif quasi-inchangé, les Suns avaient logiquement de grosses ambitions mais un évènement va complètement modifier le cours de leur saison : en janvier, les Lakers, auteurs d'un début de saison au-delà de toutes leurs espérances, enregistrent l'arrivée de l'excellent Pau Gasol (MVP du Mondial 2006, Rookie de l'année 2002) en échange d'une armée de tocards. L'onde de choc se répand dans toute la ligue et toutes les équipes cherchent à renforcer leur secteur intérieur. Phoenix, qui a stagné alors que la concurrence se fait de plus en plus rude à l'Ouest (Dallas, San Antonio, Los Angeles, Utah, Denver, La Nouvelle-Orléans, Golden State, Houston...) tente alors un coup de poker : échanger Shawn Marion, homme à tout faire de D'Antoni, contre le vieux mastodonte Shaquille O'Neal.
Malheureusement, la sauce ne prendra pas et les Suns perdront leur âme en proposant un jeu bâtard où ils auront perdu leur efficacité passée en contre-attaque sans réellement progresser sur le jeu placé et défensif. Nash est exténué par l'absence de turnover de son coach et le poids des ans se fait sentir, Stoudemire et Barbosa bouffent tous les ballons, Diaw est perdu sur le parquet, Hill à l'infirmerie alors que le Shaq est à des années lumières de son lustre passé. Au final, les Suns finissent la saison avec un honorable 55-27 qui leur offre la sixième place à l'Ouest et le redoutable honneur d'affronter les Spurs au premier tour.
S'ils ont offert un basket d'un haut niveau durant la série, les Suns ont payé l'absence de Marion car Ginobili et surtout Parker se sont baladés alors que dans le même temps, O'Neal et Stoudemire ont énormément souffert face à la classe naturelle de Tim Duncan. Bien sûr, Phoenix aurait mérité mieux, à l'image de ce final de folie dans le premier match mais globalement, les Spurs étaient plus forts.
Se pose maintenant la question de l'avenir de cette équipe où Nash (34 ans), O'Neal et Hill (36 ans chacun) sont proches du crépuscule. D'Antoni devrait partir du côté de New York et même si cette équipe a de l'orgueil (cf le match 4 face à San Antonio), le soleil est moins resplendissant sur l'Arizona.
Les soleils se sont couchés à l'Ouest et c'est toute une philosophie de jeu qui a fait un bien fou à la NBA qui s'éteint avec cette défaite. 2009 me fera peut-être mentir mais cette équipe des Suns restera dans l'Histoire comme une grande équipe de saison régulière mais pas de phase finale...












