Comme Samuel Fergusson dans le roman de Jules Verne, 32 nations vont pendant cinq semaines explorer l'Afrique, ou plutôt l'Afrique du Sud avec le secret espoir de remporter la dix-neuvième Coupe du Monde. La compétition comportera son lot habituel de surprises, de moments de joie, de doute, de peine, de bonheur et d'euphorie.
Le 11 juillet prochain, une seule équipe soulèvera le trophée tant convoité. Laquelle ? A vous de me le dire avec vos pronostics ! Pour vous aider, voici un petit état des lieux des forces en présence.

L'épouvantail

L'Espagne. Une fois n'est pas coutume, ce n'est pas le tenant du titre qui est favori mais une équipe qui n'a jamais dépassé les quarts-de-finale en Coupe du Monde. Mais l'Espagne a gagné l'Euro, a survolé la phase de qualifications (10 victoires en 10 matches, 28 buts marqués et 5 encaissés) et n'a perdu qu'une seule rencontre depuis 2 ans. En plus, la selección développe le plus beau football du monde avec un jeu tout en passes courtes et en finesse technique.
Au milieu, Xavi, Iniesta et David Silva régalent, Fernando Torres et David Villa savourent. Derrière Puyol dirige sa défense d'une main de fer alors que les impassables Sergio Ramos et Gerard Piqué sont également capables de semer le trouble dans la défense adverse. Et dans les buts, Iker Casillas veille... Et pour ne rien gâcher, les remplaçants sont bien plus que de simples faire-valoir et les entrées de Cesc Fabregas et du très remuant Jesús Navas finiront d'achever les défenses adverses.
Mais il y a un mais : depuis 1966, jamais une équipe n'ayant remporté la Coupe du Monde n'a obtenu sa première étoile sur le maillot sans être le pays hôte de la compétition (Angleterre en 1966, Argentine en 1978 et France en 1978). Pire, jamais une sélection européenne ne s'est imposée en dehors du Vieux Continent. De plus, l'Espagne a trop souvent dominé ses adversaires et ne s'est jamais imposée dans la douleur et la seule fois où elle a dû s'employer pour battre un adversaire, elle s'est inclinée (défaite 2-0 face aux Etats-Unis lors de la dernière Coupe des Confédérations). Enfin, Xavi a joué 50 matches cette saison alors que Fabregas, Iniesta et Torres reviennent de blessure : face à des adversaires parfaitement regroupés, cela peut jouer.
Mais l'Espagne reste la grande favorite de ce Mondial sachant que depuis 1998, le grand favori ne s'impose jamais. Les Espagnols peuvent quand même y croire et quand en 2006, Iker Casillas annonçait que cette génération serait un jour championne du monde, il n'avait pas précisé l'année. Alors rendez-vous en 2010 ou en 2014 ?

Les favoris

Comme avant chaque Coupe du Monde, le Brésil fait figure de favori avant le début de la compétition. Et la Seleção a de grandes chances de l'emporter car à chaque fois que la Coupe du Monde a été organisée dans des pays "exotiques" (Etats-Unis, Corée du Sud - Japon), elle l'a emportée à chaque fois. Mieux, le Brésil est le seul pays à avoir remporté une Coupe du Monde qui n'était pas jouée sur son continent (la Suède en 1958). Surtout, comme en 1994 et en 2002, le Brésil va mettre la Samba de côté et va présenter un profil ultra défensif avec en bonus, un gardien, Julio Cesar, impérial dans les buts et largement supérieur à ses prédécesseurs.
Heureusement pour ses adversaires et malheureusement pour le spectacle, ce Brésil propose l'une des attaques les plus faibles de son histoire avec notamment 3 attaquants incapables de s'imposer en Ligue 1 (Luis Fabiano, Nilmar et Grafite) alors que Pato, Ronaldinho et les petits prodiges Neymar et Ganso ne sont pas de la fête. Un vrai gâchis et toute l'animation offensive reposera sur les épaules du seul Kaka : s'il est à son niveau de 2007, ça passera, s'il affiche le niveau de cette année, il faudra compter sur Maicon et Robinho pour avoir un peu de Joga Bonito. Et pendant ce temps-là, Daniel Alves sera sur le banc...

Cette Argentine rappelle le Brésil de 2006 avec un nombre incroyable de talents offensifs (Di Maria, Messi, Tevez, Agüero, Milito...) mais qui sont justement trop nombreux et se marchent sur les pieds. Pire, par incompétence et sans doute aussi un peu par jalousie, Maradona est incapable d'exploiter le talent exceptionnel du géniallissime Leo Messi. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, Diego, libre dans sa tête, se prive également des services de Cambiasso et Zanetti, tous récents Champions d'Europe avec l'Inter, et à même d'équilibrer une équipe un brin bancale et pas franchement rassurante derrière.
Mais cette équipe rappelle aussi le Brésil de 2002 qui, après une qualification obtenue à l'arrachée, dominait le monde quelques mois plus tard. Car si les joueurs offensifs accordent leurs talents et si Mascherano, et il en est capable, bouche les trous au milieu alors cette équipe peut aller très très loin. Une Coupe du Monde à quitte ou double en somme...

L'Allemagne arrive amoindrie en Afrique du Sud avec les blessures de Ballack, Rolfes ou encore Adler. La situation n'est pas sans rappeler le Mondial 2002 où une Mannschaft décimée (forfaits, entre autres de Scholl, Deissler ou Nowotny) s'était hissée jusqu'en finale. De toutes façons, les Allemands atteignent toujours au minimum les quarts et ce millésime 2010 a de sérieux arguments à faire valoir : un jeu flamboyant avec un étincelant Bastian Schweinsteiger aux manettes et de la fraîcheur et de la technicité avec les jeunes Thomas Müller et Mesut Özil qui multiplient les offrandes à Miroslav Klose. Sans oublier les montées fantastiques du capitaine Phillip Lahm sur les côtés.
Par contre, derrière, c'est moins enthousiasmant avec un duo de récupérateurs qui sera plus en difficulté si l'adverse confisque le ballon et une défense centrale un peu pataude. Et pour la première fois depuis des décennies, le dernier rempart allemand ne semble pas infranchissable : Manuel Neuer est capable des plus grands exploits mais peut aussi commettre des bourdes monumentales. Un peu comme si Mandanda gardait les buts français, les arrêts spectaculaires en plus...

Les prétendants

Après avoir raté l'Euro 2008, l'Angleterre a embauché Fabio Capello qui a brillamment qualifié cette sélection pour la Coupe du Monde. Cette équipe regorge de talents dans toutes les lignes (Terry, Gerrard, Lampard, Rooney) et devrait logiquement faire partie des grands favoris. Sauf que tout va dépendre de l'état de forme de Rooney et que l'attaquant de Manchester risque d'arriver carbonisé au Mondial et que ce sont rarement les joueurs en forme tout au long de la saison qui brillent au Mondial. Et ses remplaçants s'appellent Peter Crocuh et Emile Heskey...
Sans oublier que Ferdinand s'est blessé, qu'il n'y a pas de véritable numéro 6 dans l'équipe, que Glen Johnson ne sait pas défendre, que Gerrard est aussi à l'aise dans le couloir gauche que Sammy Traoré en défense centrale et que le gardien est anglais...

2010 pourrait être l'année des Pays-Bas. Puisqu'en quelques mois,les plus gros losers du sport mondial ont triomphé : Marseille a gagné ses 2 premiers trophées post corruption, l'Inter a gagné la Ligue des Championd, l'Atletico Madrid a remporté l'Europa League, le FC Barcelone a remporté l'Euroligue (2ème victoire seulement pour 7 finales jouées) et mieux encore, Clermont a soulevé son premier bouclier de Brennus après 10 échecs en finale. Et les Oranjes présentent de sacrés arguments avec un jeu très séduisant basé sur des contre-attaques rapides et Sneijder en rampe de lancements de Kuyt, Van Persie et Robben.
Mais si devant, les talents ne manquent pas, les égos non plus et Van der Vaart ne semble pas disposé à endosser le costume du parfait remplaçant. Et derrière, la défense et le gardien semblent plus que limités au niveau international...

L'Italie prend les mêmes et va tenter de recommencer. Mais ça s'annonce plutôt pour la Squadra Azzura dont les joueurs sont soit plus vieux, soit moins bons qu'en 2006. Et pour couronner le tout, l'un des arres joueurs talentueux, Pirlo, arrive blessé en Afrique du Sud alors que l'éternel Francesco Totti n'est pas du voyage. Pour renouveler leur performance de 2006, les Italiens devront prier pour que Buffon multiplie les exploits, Gilardino marque des buts décisifs et que De Rossi tienne le milieu de terrain à lui tout seul...

A l'exception de la Coupe du Monde 2002, le Portugal a toujours répondu présent ces dernières années mais semble moins bien outillé que les années précédents avec notamment un Deco en vacances à Londres depuis 2 ans. L'assise défense de l'équipe est plutôt solide mais les espoirs de tout un peuple sont dans les pieds de Cristiano Ronaldo qui n'a pas brillé lors d'une compétition internationale depuis l'Euro 2004. Même si son groupe est compliqué (Brésil, Côte d'Ivoire et Corée du Sud), l'autre Seleção devrait se qualifier pour les 1/8 où elle se fera éliminer par son voisin espagnol. Parce qu'il ne faut pas non plus compter sur Carlos Queiroz pour trouver une solution tactique à la Ronaldo dépendance...

J'ai déjà expliqué pourquoi la France pouvait gagner la Coupe du Monde et je persiste et signe. Si l'obstacle du 1er tour est franchi alors tous les rêves seront permis et Hugo Lloris devrait bien finir par s'habituer aux nouveaux ballons...

Enfin, les équipes du continent organisateur brillent souvent et dans ce rôle, je parierais sur le Cameroun que je sens capable de réaliser le même parcours qu'il y a 20 ans en Italie. Parce que Kameni ne peut pas faire pire qu'à la CAN, parce que Rigobert Song sera sur le banc et parce que Samuel Eto'o voudra démonter à la Terre entière qu'il est meilleur que Roger Milla...

Les outsiders

Autre grande nation africaine, la Côte d'Ivoire n'a pas été très heureux au tirage et les marabouts qui ont voulu envoûter Cristiano Ronaldo se sont trompés de cible puisque c'est Drogba qui s'est cassé le cubitus. Même si l'attaquant de Chelsea n'a jamais conduit sa sélection au succès, son absence reste préjudiciable car cette équipe ivoirienne est en rien surcôtée et n'a jamais eu de jeu collectif depuis 6 ans. Et quand on sait que Bamba et Tiéné sont titulaires en derrière et que Barry est le dernier rempart...

Sans faire de bruit, la Serbie a un rôle à jouer dans cette Coupe du Monde et peut rêver aux huitièmes de finales avec une défense solide (Ivanov, Vidic, Kolarov), un milieu complémentaire et une attaque limitée mais plutôt efficace. Gros bémol : le gardien serbe s'appelle Stojkovic, celui-là même qui avait coulé Nantes en 6 mois en 2006. D'ailleurs, ce groupe D présente son lot de solides outsiders avec l'Australie qui est toujours bien organisée et pourra compter sur le préparateur physique de la Corée du Sud en 2002 et de la Russie en 2006. Enfin, le Ghana a une équipe jeune et talentueuse mais l'absence d'Essien est certainement rédhibitoire pour faire mieux qu'en 2006.

Habitués des phases finales de Coupe du Monde, les Etats-Unis et le Mexique ont à rôle à jouer dans cette Coupe du Monde. Les Américains ont une équipe très équilibrée et Landon Donovan a franchi un palier supplémentaire et une qualification pour le second tour est plus qu'envisageable. Les Mexicains paraissent un ton en-dessous de leurs voisins mais vont poser des problèmes à pas mal de leurs rivaux avec les jeunes Guardado et Hernandez, très à l'aise balle au pied.

Chez les Européens, la Suisse rêve de faire mieux qu'en 2006 mais pour celà, il faudra un exploit en huitièmes face au Brésil ou au Portugal. Les jeunes joueurs suisses ont progressé et acquis de l'expérience mais ce ne sera peut-être pas suffisant, surtout avec un gardien qui n'aurait même pas le niveau pour jouer en équipe d'Angleterre. Et dans le groupe le plus faible du Mondial, la Slovaquie a une carte à jouer : si Marek Hamsik a qualifié son pays pour le Mondial, il est également capable de lui faire passer le 1er tour.

La Corée du Sud rêve de rééditer l'exploit de la Coupe du Monde 2002 qui l'avait vu obtenir la 4ème place. Renouveler cette performance semble utopique mais une présence au second tour est un objectif plus que réaliste. Car avec Ki Sung-yong, Park Ji-sung, Lee Chung-yong et Park Chu-young, le pays du matin calme compte dans ses rangs bien plus d'attous offensifs que le Nigeria et la Grèce réunis...

Les grosses côtes

Habituellement, le pays organisateur passe le premier tour mais cette Afrique du Sud devrait être l'exception qui confirme la règle. Cette équipe manque de talents dans toutes les lignes et toutes les vuvuzelas du monde ne permettront pas de compenser ces lacunes. Pire, Carlos Alberto Pareira, le sélectionneur des Bafana Bafana, passe son temps à perdre contre les Français : 3-1 avec le Koweit en 1982, 4-0 en 1998 avec l'Arabie Saoudite et 1-0 avec le Brésil en 2006. Seul motif d'espoir : comme en 1995 chez les Springboks, il y a un Pienaar parmi les sélectionnés...

Le Danemark, la Grèce et la Slovénie apparaissent comme les équipes européennes les plus faibles du plateau. Si les Danois peuvent compter une charnière centrale solide (Agger et Kjaer) bien épaulée par la sentinelle Poulsen, le gardien est à la ramasse, les ailiers sont là depuis 10 ans (Rommedahl et Gronkjaer) et le finisseur s'appelle Nicklas Bendtner, le Guillaume Hoarau du pauvre... Les Grecs sont dirigés par un sélectionneur sénile et fonce droit dans le mur avec sa tactique ultra défensive qui avait payé par miracle en 2004. On suivra quand même avec attention la jeune garde grecque symbolisée par Ninis qui réussit l'exploit de faire briller Cissé au Pana et le rugueux défenseur du Genoa Sokrátis Papastathópoulos. Enfin, les Slovènes sont bien organisés défensivement et ont un jeu de contre attaque plutôt efficace... contre les petites équipes. Le jeune Rene Krhin peut être l'une des révélations du Mondial mais quand son capitaine joue en 2ème division anglaise et que Cesar est titulaire en défense centrale, on ne peut pas aller très loin...

L'Uruguay peut compter sur un duo d'attaque (Suarez - Forlan) qui a inscrit la bagatelle de 77 buts cette saison. Le hic, c'est qu'ils n'auront pas à leur disposition d'aussi bons passeurs qu'en club, surtout si leurs adversaires musèlent Eguren. La recette uruguayenne ne devrait pas être très orignal : de l'agressivité, 8 joueurs derrière et Forlan et Suarez qui se débrouillent en contre attaque. Assez pour gêner n'importe quelle équipe, insuffisant pour aller plus loin que les 1/8.
Le Paraguay a réalisé une belle phase de qualifications mais son meilleur joueur, Ricardo Cabañas est forfait après avoir reçu une balle en pleine tête en début d'année. Devant Cardozo et Barrios peuvent faire mal s'ils jouent... Sinon, on aura droit là aussi à un football très rugueux avec une magnifique ligne de 4 récupérateurs : même Aimé Jacquet n'avait pas osé. Enfin, le Chili fait son retour au Mondial après 12 ans d'absence mais risque de cruellement manquer d'expérience avec une équipe encore plus jeune qu'Arsenal...

Sur les autres continents, le Japon souhaiterait passer le premier tour mais c'est une performance bien plus difficile à réaliser quand on ne joue pas à domicile et que sa star, Nakamura, n'a pas réussi à s'imposer à l'Espanyol Barcelone.Enfin, le Nigeria était un grand d'Afrique mais preuve que la relève tarde à émerger, Nwankwo Kanu est toujours là. A part ça, la sélection a été ba^tie sur le modèle de Taïwo : des joueurs rapides, physiques, mais à l'intelligence tactique et aux qualités techniques liimitées. En lus, Obi Mikel n'est même pas là...

Ils n'ont aucune chance (ou presque)

En 2011, la Nouvelle-Zélande sera favori d'une Coupe du Monde, celle de rugby. Parce que le foot ne représente pas grand chose au pays du long nuage blanc et que cette sélection est essentiellement sur des bourrins évoluant en Australie ou, quand il ne sont pas au chômage, dans d'obscurs clubs anglais ou écossais, les All White partiront d'Afrique du Sud comme ils y sont arrivés : dans l'anonymat le plus total.

Pour sa troisième participation à une Coupe du Monde, le Honduras sera un adversaire coriace. Comme toute bonne équipe sud-américaine, elle pourra compter sur des défenseurs rugueux et des milieux de terrain travailleurs. De la hargne mais aussi de la technique avec les expérimentés Guevarra et Turcios à la baquette et la star Suazo devant.Le profil type de l'équipe valeureuse éliminée au premier tour.

L'Algérie va retrouver la Coupe du Monde, 28 ans après ses exploits en terre espagnole. Mais malheureusement pour les Fennecs, cette cuvée 2010 n'a pas grand chose à voir avec ses illustres prédécesseurs. Et avec Mourad Meghni en moins, c'est l'un des rares joueurs capables de servir de relais entre le milieu et l'attaque qui disparaît. Une attaque qui est d'ailleurs très loin du niveau international, tout comme le gardien et le sélectionneur...

La Corée du Nord pense pouvoir se qualifier pour le second tour. Ils sont bien les seuls mais si eux-mêmes n'y croient pas, qui pourrait le faire à leur place ? Emmenés par le Rooney d'Asie, Jong Tae-se, les nord-coréens sont l'énorme inconnue de ce Mondial. Ils présenteront certainement un jeu collectif très huilé et une énorme envie mais cela ne devrait pas suffire face au Brésil, au Portugal ou à la Côte d'Ivoire.

Alors qui va gagner la Coupe du Monde ? A vous de jouer !