Décidément, les Coupes du Monde se suivent et se ressemblent pour l'équipe de France de France de football: depuis l'après-guerre, soit les Bleus ne passent pas le 1er tour (1954, 1966, 1978 et 2002), soit ils atteignent au minimum les demi-finales (1958, 1982, 1986, 1998 et 2006). Mieux, comme en 1966 et en 2002, la France quitte la compétition avec deux défaites et un petit match nul.
Au niveau du jeu, je n'ai pas grand chose à dire car tout ce que j'avais pu écrire à l'occasion de l'Euro 2008 est toujours d'actualité : absence de jeu collectif, frilosité offensive, défaillance des supposés cadres et erreurs individuelles impardonnables à ce niveau. Mais les choses se sont aggravées cette année car non seulement l'opposition rencontrée était plus faible (par exemple, le Mexique est très loin des invincibles Pays-Bas de la phase de poules de l'Euro 2008) mais encore à la débâcle sportive, est venu s'ajouter un comportement hors du terrain encore plus inacceptable que le niveau de jeu de jeu proposé. Qui sont donc les principaux responsables de cette déroute ?

Les premiers responsables sont bien entendu les joueurs qui ont été incapables de se prendre en main et de jouer en équipe. Les Bleus ont paru vivre dans un monde qui leur est proche, totalement déconnectés de la réalité. Patrice Evra en est le meilleur exemple avec ses discours surréalistes. Après le match face à l'Uruguay, il avait "la certitude que l'équipe de France serait solide et serait difficile à jouer", ajoutant même que "l'ambiance entre joueurs est parfaite". Une semaine plus tard, il était à la recherche du traître...
Les joueurs se sont définitivement coupés du grand public après leur boycott de l'entraînement du 20 juin pour protester contre le renvoi de leur copain Nicolas Anelka après la fameuse Une de l'Equipe. C'est la seule fois du Mondial où ils se sont montrés solidaires. Manque de pot, ce comportement était incompréhensible après les propos tenus par un joueur à un entraîneur qui lui a permis de disputer sa première et dernière Coupe du Monde et qui continuait à le titulariser malgré des prestations insignifiantes.
Les égos ont également tué cette équipe, où les leaders ont juste réussi à s'associer pour écarter Yoann Gourcuff qui est pourtant le seul joueur parmi les 23 capable de donner des balles de buts et d'assurer un lien entre le milieu et l'attaque. C'est totalement stupide d'avoir agi de la sorte quand on sait que le prochain sélectionneur a bâti son palmarès grâce au meneur Girondin et qu'il sera donc forcément un joueur de base de la future équipe de France. Domenech avait clairement écarté Nasri et Benzema pour que règne une bonne ambiance chez les Bleus : qu'est-ce que cela aurait été s'ils avaient été là ?
Car contrairement à 2006 où les tauliers avaient récupéré les clés de la maison bleue, les leaders de 2010 ont conduit toute une équipe au naufrage. Gallas qui se voyait capitaine a été déçu de voir le brassard revenir à Evra et a boudé tout le Mondial. De toutes façons, le défenseur d'Arsenal est plus connu pour sa propension à se brouiller avec ses coéquipiers que pour ses qualités de meneur d'hommes. Ribéry se voyait comme le nouveau Zidane, il a été le "nouveau" Ben Arfa en voulant faire la différence tout seul sans jamais faire parcourir le moindre frisson dans les défenses adverses. Et son intervention à Telefoot restera dans les annales et comme sur le terrain, son jeu laisse à désirer puisqu'il a été incapable de faire couler sur son visage les larmes qui auraient ému la ménagère. Enfin, Thierry Henry a paru ailleurs et lui qui avait vécu le naufrage de 2002 n'a rien fait pour éviter une nouvelle catastrophe...

Comme en 2006, Domenech a espéré que les cadres de l'équipe lui offriraient une sortie honorable. Mais comme évoqué ci-dessus, il s'est totalement trompé sur le choix des hommes, laissant le pouvoir à des joueurs égoïstes incapables de l'assumer. Lors de l'échec de l'Euro 2008, il avait affirmé avoir préparé le Mondial et avait promis du beau jeu. On attend toujours et on se demande encore pourquoi il a sorti Gourcuff de l'équipe face au Mexique alors que pendant 2 ans, il a construit son équipe autour du Breton. Et pourquoi cet entêtement à titulariser Gallas en défense centrale : les jurisprudences Sagnol et Thuram de 2008 ne lui avaient pas servi de leçon ? Et pourquoi s'obstiner à mettre Abidal en défense centrale alors qu'il commet minimum une boulette par match à ce poste ? Pourquoi ne pas forcer Ribéry à jouer à droite comme il y a 4 ans pour équilibrer l'équipe ? Et enfin, pourquoi attendre de se faire insulter pour sortir Anelka alors qu'il ne respectait plus les consignes depuis le début de la préparation ?
Lors de sa dernière interview en tant que sélectionneur, il a affirmé que cette équipe avait les moyens et le potentiel d'aller très haut. Comme un formidable aveu d'impuissance ? Si seulement, il avait pu s'en rendre compte il y a deux ans...

Mais il y a deux ans, c'est surtout la Fédération qui aurait dû mettre fin à son contrat. Car quand on est prêts à affréter un avion spécial pour emmener les femmes des joueurs en Afrique du Sud, on peut se permettre financièrement de se séparer d'un sélectionneur encore sous contrat. Ou au pire, Domenech aurait pu quitter ses fonctions après la piètre prestation des Bleus en Autriche. Mais les Platini, Houiller, Jacquet ou Le Graët étaient contre. Ils sont pourtant les premiers à déverser leur fiel sur Raymond.
La préparation de la compétition n'a pas été optimale et au même titre que Domenech, la FFF n'est pas exempte de tout reproche. Pourquoi avoir multiplié les rencontres amicales un peu partout (Lens, Tunis, La Réunion) ce qui a privé les joueurs de précieux jours de préparation physique supplémentaires ? Et le choix de l'hôtel n'est pas non plus exempt de tout reproche, la France faisant partie des 5 équipes à avoir choisi un hôtel qui n'était pas en altitude. Et ce fameux hôtel était également éloigné de Polokwane et de Bloemfontein ce qui a également nui à la récupération.
Enfin, la politique de formation montre ses limites et les succès de 98 et 2000 reposaient sur une politique novatrice initiée dans les années 70 et qui avait porté ses premiers fruits dans les années 90. Depuis, la FFF s'est endormie sur ses lauriers et les équipes de jeunes n'obtiennent plus de résultats probants depuis le titre de Champions d'Europe des moins de 19 ans en 2005. Et les joueurs qui sortent en ce moment s'appuient essentiellement sur leurs qualités physiques et sont plus que limités tactiquement et techniquement ce qui a des répercussions sur le jeu de la sélection. Après avoir été copiée par le monde entier, la France ferait bien de s'inspirer de ce qui se fait ailleurs et en particulier chez ses voisins espagnols et allemands, la nouvelle référence en Europe qui vient remporter en 2 ans les Euro des U17, U19, U20 et Espoirs...

Pour que la France retrouve son rang, un coup de balai est nécessaire à tous les niveaux. Au niveau du sélectionneur, Laurent Blanc a une aura qui lui permettra certainement de mieux contrôler ses troupes que son prédécesseur. Il faut également espérer que les joueurs qui vont rester se remettront en question et apprendront à jouer ensemble. Enfin, un nouve souffle doit être donné dans les plus hautes instances du football français pour préparer sereinement l'avenir. Car les qualifications pour l'Euro 2012, c'est déjà demain : le 7 septembre pour être exact avec un périlleux déplacement en Bosnie...