30 avril 2008
Ils sont morts les soleils ?
Le 1er tour de Playoffs NBA depuis le Utah Jazz - Houston Rockets de 1995 a donné son verdict : les Spurs remportent la série 4 victoires à 1 face aux Suns. Si le score est sévère pour Phoenix qui a fait jeu égal avec le Champion tout au long des 5 matches, cette élimination précoce marque sans doute la fin d'un cycle pour une équipe qui aura marqué le milieu des années 2000.
Petit flash-back 4 ans en arrière : nous sommes en avril 2004 et les Suns ne sont pas qualifiés pour les Playoffs et présentent un bilan catastrophique de 29 victoires pour 53 défaites. Le départ de Stephon Marbury, la pseudo star de l'équipe, pour New-York en cours de saison ayant fini d'achever une équipe qui ne peut compter que sur Shawn Marion et le rookie de la saison précédente, Amare Stoudemire. Fin 2003, un nouveau coach, Mike D'Antoni, qui avait jusque là bâti sa réputation en tant que joueur et qu'entraîneur prend les rênes de l'équipe sans susciter un enthousiasme débordant...
A l'intersaison, le meneur Steve Nash, un ancien de la maison, arrive en tant qu'agent libre en provenance de Dallas. Malgré ce renfort de choix, les observateurs, qui n'ont d'avisés que le nom, ne voient pas les Suns briller à l'aube de la saison 2004-2005. Mais le Canadien se révèlera être le chef d'orchestre idéal du jeu ultra offensif prôné par D'Antoni : Marion et Stoudemire se régalent en contre-attaque alors que Quentin Richardson et Joe Johnson allument à 3 points. A la surprise générale, les Suns finissent premiers de la saison régulière avec 62 victoires et Nash est logiquement élu MVP. Surtout, avec les succès des Suns, un vent nouveau souffle sur la NBA où les schémas défensifs étaient de rigueur depuis les années 90 et avaient contribué aux succès des Bulls, Lakers, Spurs et autres Pistons. Phoenix fait école et de nombreuses équipes adoptent, avec plus ou moins de succès, le Run 'n Gun.
Mais la défaite 4-1 en finale de Conférence face aux Spurs ramène Phoenix à la dure réalité : pas de bague de champion sans une défense digne de ce nom. C'est pourquoi, à l'intersaison, Raja Bell, Kurt Thomas et Boris Diaw viennent renforcer l'assise défensive de l'équipe. Malgré l'absence de Stoudemire pendant toute la saison, les Suns confirment (alors que certains de nos chers observateurs les voyaient finir 9ème) et chaque joueur hausse son niveau de jeu pour compenser l'absence de l'intérieur vedette. Boris Diaw explose littéralement et remporte le titre de MIP (joueur ayant le plus progressé) et Nash, au sommet de son art, remporte un deuxième titre consécutif de MVP. Phoenix finit troisième à l'Ouest (54-28) mais s'incline une nouvelle fois en finale de Conférence (4-2), face au Dallas de Dirk Nowitzki cette fois.
Avec le retour de Stoudemire, la saison 2006-2007 s'annonce prometteuse pour les joueurs de l'Arizona et elle sera plutôt réussie puisque les Suns finiront avec le 2ème meilleur bilan de la saison régulière (61-21) et Barbosa sera élu meilleur sixième homme. Mais une nouvelle fois, Nash et cie échoueront en demi-finales de Conférence (4-2) face aux Spurs, futurs champions, dans une confrontation qui est considérée comme la véritable Finale NBA. Les Suns auraient très bien pu l'emporter mais le sort de la série a véritablement basculé dans le match 4 : Robert Horry envoie Steve Nash sur la table de marque, Raja Bell s'énerve et prend une technique alors que Diaw et Stoudemire sont suspendus un match pour être entrés sur le parquet alors qu'ils auraient dû rester sur le banc. Déstabilisé par cet évènement et l'absence de deux joueurs clés, Phoenix laisse San Antonio s'envoler vers le titre.
Avec un effectif quasi-inchangé, les Suns avaient logiquement de grosses ambitions mais un évènement va complètement modifier le cours de leur saison : en janvier, les Lakers, auteurs d'un début de saison au-delà de toutes leurs espérances, enregistrent l'arrivée de l'excellent Pau Gasol (MVP du Mondial 2006, Rookie de l'année 2002) en échange d'une armée de tocards. L'onde de choc se répand dans toute la ligue et toutes les équipes cherchent à renforcer leur secteur intérieur. Phoenix, qui a stagné alors que la concurrence se fait de plus en plus rude à l'Ouest (Dallas, San Antonio, Los Angeles, Utah, Denver, La Nouvelle-Orléans, Golden State, Houston...) tente alors un coup de poker : échanger Shawn Marion, homme à tout faire de D'Antoni, contre le vieux mastodonte Shaquille O'Neal.
Malheureusement, la sauce ne prendra pas et les Suns perdront leur âme en proposant un jeu bâtard où ils auront perdu leur efficacité passée en contre-attaque sans réellement progresser sur le jeu placé et défensif. Nash est exténué par l'absence de turnover de son coach et le poids des ans se fait sentir, Stoudemire et Barbosa bouffent tous les ballons, Diaw est perdu sur le parquet, Hill à l'infirmerie alors que le Shaq est à des années lumières de son lustre passé. Au final, les Suns finissent la saison avec un honorable 55-27 qui leur offre la sixième place à l'Ouest et le redoutable honneur d'affronter les Spurs au premier tour.
S'ils ont offert un basket d'un haut niveau durant la série, les Suns ont payé l'absence de Marion car Ginobili et surtout Parker se sont baladés alors que dans le même temps, O'Neal et Stoudemire ont énormément souffert face à la classe naturelle de Tim Duncan. Bien sûr, Phoenix aurait mérité mieux, à l'image de ce final de folie dans le premier match mais globalement, les Spurs étaient plus forts.
Se pose maintenant la question de l'avenir de cette équipe où Nash (34 ans), O'Neal et Hill (36 ans chacun) sont proches du crépuscule. D'Antoni devrait partir du côté de New York et même si cette équipe a de l'orgueil (cf le match 4 face à San Antonio), le soleil est moins resplendissant sur l'Arizona.
Les soleils se sont couchés à l'Ouest et c'est toute une philosophie de jeu qui a fait un bien fou à la NBA qui s'éteint avec cette défaite. 2009 me fera peut-être mentir mais cette équipe des Suns restera dans l'Histoire comme une grande équipe de saison régulière mais pas de phase finale...
31 mars 2008
Beaucoup de bruit pour pas grand chose...
Une nouvelle fois, le PSG se retrouve dans l'oeil du Cyclone par l'intermédiaire d'une bannière dont il n'est pas la peine de rappeler l'intitulé. Ses auteurs ne valent pas toute la publicité qui en a été faite : jamais une banderole qui n'a été visible que cinq minutes n'a été autant montrée sous tous les angles...
Mais c'est le Paris Saint-Germain, le vilain petit canard à cause de tous les maux du football français : ce n'est pas moi, ce sont les Médias qui le disent. Ses supporters sont débiles - il ne faut pas être très malins pour supporter une équipe aussi nulle -, violents et racistes. Ses entraîneurs sont tellement dangereux qu'on les envoie en tribunes pendant des mois (Fernandez) et que dire des joueurs ! En plus d'être mauvais, ce ne sont que des bouchers qui ne cherchent qu'à découper leur adversaire (Frau), de pâles acteurs qui ont pour seul objectif de plonger dans la surface (Fiorèse) ou de vilains défenseurs qui ne pensent qu'à tirer le maillot des gentils attaquants (Yepes).
Je n'ai jamais été partisan de la thèse du complot mais il est certain que les Médias accordent une importance inconsidérée aux évènements de samedi dernier. Peut-être que ce n'est pas vendeur de dire que Paris a remporté une Coupe et que Pauleta est un génie. Non, c'est tellement plus facile de verser dans le sensationnel en multipliant les superlatifs au sujet d'un (non-?) évènement condamnable, mais somme toute banal.
Aujourd'hui, la France toute entière a découvert que les tribunes des stades de foot n'étaient pas remplies d'agrégés en Philosophie. Mais que le pays tout entier se rassure : non, les gradins de France et de Navarre sont saines et il n'y a que des Parisiens pour inventer des slogans d'un tel niveau intellectuel.
A Lyon, ville bourgeoise et propre sur elle, cela ne saurait se produire. Ce n'est pas un apôtre de Jean-Michel Aulas qui parlerait de ses voisins Stéphanois en ces termes : "Les Gones inventaient le cinéma quand vos pères crevaient dans les mines". Et jamais, au grand jamais, les Foréziens n'auraient pu répondre : " Ne laissez pas souffrir ce Lyon blessé : abattez-le". Et imaginer qu'à côté de ce slogan aurait pu être représentés Govou ou Clerc en animaux relève de la pure science-fiction. Bien entendu, on aurait pu compter sur la pondération des supporters de l'OL pour stopper l'escalade et ne pas scander : "Stéphanois, ordures consanguines (j'ai déjà lu ce mot là quelque part mais où ?)".
A Marseille, ville tolérante et accueillante où l'on vote Le Pen à plus de 20%, jamais le PSG ne serait jamais accueilli par des "Pédo Sado Gay". Et jamais des supporters phocéens ne balanceraient un fumigène qui ferait perdre plusieurs doigts à un pompier niçois.
Et que dire des Lensois, soit disant le meilleur public de France, celui-là même qui a acclamé Pauleta lors de sa sortie samedi. Jamais les Ch'tis, tous des mecs en or comme le prouve le chef d'oeuvre de Dany Boon, ne trouveraient qu'il y a trop de noirs dans leur équipe, surtout dans une région où chacun le sait, l'extrême droite est si peu implantée. Et ils sont tellement sympas qu'ils ont l'air de parfaitement s'entendre avec leurs voisins Lillois. La preuve, ils connaissent même intimement leurs soeurs : "L'été dernier, j'étais avec ta soeur. Je faisais l'acteur."
Tout ça pour dire qu'on accorde bien trop d'importance à un phénomène plus que récurrent dans les tribunes françaises et européennes. Comme d'habitude, on veut faire un exemple avec Paris sachant que rien ne changera par la suite : après l'épisode Frau, Cissé a pu découper Yepes en toute impunité, Micoud a fait son coming-out en révélant qu'il était le mentor de Fiorèse, et Hilton ou Cris continuent à jouer à Kolé Séré avec les attaquants...
Se pose la question de la sanction. Le règlement de la Ligue prévoit que "les clubs visiteurs ou jouant sur terrain neutre sont responsables lorsque les désordres sont le fait de leurs joueurs, supporters et dirigeants". Or un tribunal administratif a jugé cet article inconstitutionnel. La responsabilité du PSG est difficilement engageable puisque selon Alain Cayzac, ce sont les agents de sécurité du Stade de France qui encadraient les Parisiens. La Ligue ne peut donc sanctionner le PSG sans se punir elle-même, puisqu'en temps qu'organisatrice de la finale, sa responsabilité est clairement engagée. De toute manière, comme cela aurait dû être le cas pour Metz, une sanction sportive est inappropriée puisque qu'un club ne peut être tenu responsable de tous les maux de la société. Surtout que l'image de l'entité est déjà suffisamment salie.
La solution est d'être plus sévère avec les fauteurs de trouble et multiplier les interdictions de stade : une décision qui ne relève pas des clubs mais de la justice. D'ailleurs, les seuls punis doivent être ceux qui ont rédigé cette affiche mais les envoyer en prison ne les changera pas : il y a tout un travail d'éducation et de prévention à faire en amont. Punir un individu sans lui expliquer sa faute est strictement inutile.
En résumé, cette affaire, c'est beaucoup de bruit pour pas grand chose et comme par hasard, il faut toujours que cela retombe sur le PSG. Le public du Parc des Princes n'est pas un ange mais ses homologues de Ligue 1 ne sont pas irréprochables non plus. Cette affaire arrange bien la LFP car ça met en sourdine l'arbitrage catastrophique de Bordeaux - Nancy, bien plus scandaleux tant la course à la Ligue des Champions a été faussée : corner inexistant qui amène le but de Cavenaghi, expulsion injustifiée de Brison pour pied haut et cerise sur le gâteau, pénalty du 2-1 conséuctif à un O Soto Gari de Mioud sur Malonga !
Juste comme ça, samedi, il y a eu un match de foot et de bon niveau en plus. Pauleta a prouvé qu'il était le plus grand joueur de la décennie à avoir foulé les pelouses de Ligue 1 et Mendy a montré qu'il savait faire au moins une chose sur un terrain, avant la finale le doute était encore permis : tirer les penaltys. Penalty qui, n'en déplaisent aux mauvais perdants Lensois, y était car Hilton, complètement à la rue pendant 90 minutes, déséquilibre Luyindula qui filait seul au but. Et qu'on ne vienne pas me dire que c'est un corner non sifflé qui change le cours d'une finale...
08 février 2008
2008, année des rats ?
Hier, jeudi 7 février, débutait l'année du rat selon le calendrier chinois. Chacun le sait, le football est devenu la plus grande religion mondiale avec ses cathédrales qui ne se limitent pas à San Mames et des messies qui ne jouent pas seulement à Barcelone.
En ce sens, le ballond rond a son calendrier mais il semble peut probable que dans celui-ci, 2008 soit l'année du rat. Ce serait plutôt l'année du gros veau.
Le rat, également connu sous le nom de renard, est une espèce en voie de disparition dans le football moderne malgré une année 2007 plutôt faste : succès de Ratatouille au box-office et surtout doublé de Pippo Inzaghi en finale de Ligue des Champions. Sur le terrain, le rat est pointe (la célèbre pointe du rat), rode dans la surface, souvent à la limite du hors jeu, et attend que le ballon lui arrive. Ce cas de figure se présente 4 ou 5 fois par match et 9 fois sur 10, notre rongeur dégaine plus vite que son ombre. Le rat est obsessionnel : il n' a qu'un seul but, le but justement !
Le rat a longtemps été une figure clé du football, voir même le maillon fort autour duquel on bâtit toute une équipe. A cette époque où Riquelme aurait sans doute été quintuple Ballon d'Or, les rats étaient légion et leurs noms sont encore mythiques : Fontaine, Müller, Kocsis, Papin, Rossi, Onnis, Skoblar, Charles, Bianchi, Halilhodzic, Batistuta, Suker, Kostadinov, Bierhoff...
Que des joueurs aux qualités physiques quelconques mais qui compensaient par une intelligence de jeu hors du commun et une technique sûre. Mais aujourd'hui, Ratus n'apprend plus à lire aux petits CP et au football, l'heure est aux veaux avec en figure de proue : Djibril Cissé, rapide, costaud mais avec deux pieds gauches, des appels à contretemps et une propension à être hors jeu hors du commun.
De nos jours, quelques rats résistent et ont même de beaux restes : Van Nistelrooy a conduit le Real au titre et a fini pichichi de la Liga, Raul renaît de ses cendres, Pauleta a fini meilleur buteur de la Ligue 1, Inzaghi a brillé en C1, Crespo et Cruz dominent le Calcio alors que Trézéguet met toutes les défenses d'Italie à sa botte. Sans le vouloir, le franco-argentin, ou "cochon d'Inde" pour les intimes, symbolise la fin de cette race dans un football où peu d'équipes s'articulent autour d'un véritable avant-centre.
Pourquoi ? Parce qu'à force de mettre l'accent sur les qualités physiques, on a de superbes athlètes sur les terrains mais ils ne savent pas centrer alors le rat est inutile car privé de ballon et incapable de se créer la moindre occasion. C'est notamment le cas en équipe de France, où Rothen, Sagnol, Nasri et Ben Arfa mis à part, personne ne sait centrer ou donner une dernière passe de qualité. Et c'est vrai que ce n'est pas sur un centre de Sagna ou de Diarra (Alou ou Lassana) que notre rat va avoir quelque ballon à se mettre sous la dent. Alors aujourd'hui, on a des joueurs qui savent se créer des occasions tout seuls mais à qui il en faut au moins 10 tentatives avant de faire trembler les filets : Drogba, Niang ou Fernando Torres se reconnaîtront. Le parfait contraire du rat en somme...
Logiquement, l'espèce est menacée et les successeurs sont rares. Même l'Argentine, plus grand exportateur mondial, n'en produit plus : le dernier survivant étant le Bordelais Fernando Cavenaghi auquel Laurent Blanc préfère Chamakh, un autre anti-rat. On peut également penser à Freï, Kerzhakov ou à Huntelaar et c'est à peu près tout parce que ce n'est pas avec Fred, Pieroni ou Helder Postiga que la race va se perpétuer.
Avec l'extinction des rats, c'est un certain football qui meurt, celui où la technique primait et où une équipe n'hésitait pas à se construire autour d'une pointe car elle savait qu'elle allait dominer et qu'elle pourrait adresser un ou deux bons ballons à un avant-centre qui ne se ferait pas prier pour concrétiser. Une autre espèce est en voie de disparition et les raisons sont identiques, ce sont les meneurs de jeu purement axiaux : Yohann Gourcuff, reviens en France et montre-nous que le numéro 10 n'est pas mort...
Si seulement, on n'avait que des Benzema, Henry, Ibrahimovic, Eto'o, Villa, Berbatov, Anelka ou autres Klose qui sont de vrais buteurs et des attaquants complets, la fin des rats ne serait pas grave. Malheureusement, ce sont les veaux qui se sont imposés qui ne peuvent briller que lorsqu'ils ont une moitié de terrain pour eux seuls et qu'ils ne sont pas hors jeu. 2008 ne sera donc certainement pas l'année des rats et malheureusement, 2007 était certainement leur chant du cygne...
17 janvier 2008
Betsen quitte la scène
Ce mercredi 16 janvier est une date importante dans l'histoire du rugby français puisque c'est la date qu'aura choisi Serge Betsen pour annoncer sa retraite internationale et sa retraite tout court au mois de Juin. Avec le départ du meilleur joueur français des années 2000, associé à ceux de Raphaël Ibañez et Fabien Pelous (parce que Dominici, on s'en tape complètement), c'est une page de l'histoire du rugby français qui se tourne.
Plaqueur hors norme et récupérateur de ballons infatigable, le Biarrot n'avait pas ou peu d'équivalents en France et même sur la planète ovale. Très endurant, il était toujours aux quatre coins du terrain, prêt à chasser ses adversaires. Ses chevilles étaient exceptionnellement souples et lui permettaient de se mettre très vite en position pour gratter le ballon à l'adversaire. Sa rapidité d'exécution était telle qu'il était souvent pénalisé, à tort, par des arbitres qui pensaient qu'il avait forcément triché pour intervenir aussi vite. Bref, le franco-camerounais était un poison redouté et respecté par tous ses adversaires : tous les numéros du monde, et en particulier M. Jonny W., peuvent en témoigner.
Mais Betsen ne peut pas être réduit à ses simples qualités de défenseur, aussi exceptionnelles soient-elles. Si du temps de son apogée (2002-2004), il était considéré comme le meilleur flanker du monde, il le devait également à ses aptitudes en attaque. Très à l'aise balle en main, il bonifiait chaque ballon touché et était capable de gestes plus proches de Magic Johnson ou John Stockton que de Sébastien Chabal ou Rémy Martin. Personne n'a oublié cette passe aveugle qui envoie Elissalde à l'essai lors du Galles - France du Tournoi 2004.
Enfin, le Biarrot était est un modèle de professionnalisme, considéré comme un exemple à suivre, aussi bien par ses coéquipiers que par ses adversaires. Véritable guerrier, il n'hésitait pas à se sacrifier pour le bien de son équipe et a toujours tenu à mettre en avant la performance de son équipe plutôt que la sienne. Mieux, il n'était pas content quand on le félicitait pour le nombre toujours très élevé de plaquages qu'il venait de réaliser car cela signifiait que son équipe avait trop subi.
Betsen, c'est avant tout 16 années au Biarritz Olympique, club qu'il a rejoint en provenance de Clichy-sur-Seine en 1992, année où l'autre S.B de légende du club, Serge Blanco, tirait sa révérence. Cette fidélité jamais démentie aux couleurs Rouge et Blanche lui aura réussi puisque c'est avec le club de son coeur qu'il se sera bâti un palmarès plus conséquent : 3 titres de Champion de France (2002, 2005 et 2006), une Coupe de France (2000) et un titre de vice champion d'Europe (en 2006). On peut également y ajouter une quarantaine de matches en Coupe d'Europe et de multiples participations aux phases finales du Championnat.
En équipe de France, Betsen, c'est 63 sélections dont 62 sous l'ère Laporte qui, toujours très visionnaire, avait déclaré dans l'Equipe au Printemps 2001 qu'il n'avait pas le niveau international. En 2002, Betsen était élu joueur français de l'année et en 2004, meilleur joueur du monde ! Pas mal pour quelqu'un qui n'était pas au niveau... Mais il est vrai que l'histoire d'amour entre Betsen et le maillot bleu a été longue à se dessiner : il a connu sa 1ère sélection le 22 mars 2007 face à l'Italie lors de la seule défaite du XV de France face à la Squadra Azzura. Il ne se verra titularisé pour la 1ère fois qu'en novembre 2001 face à l'Australie et ne lâchera pas son numéro 6 pendant 6 ans. Il éclate vraiment aux yeux du grand public lors de la célèbre victoire des Bleus face à un XV de la Rose alors invincible : son casque, son visage sortant de l'ordinaire et surtout ses placages dévastateurs font de lui l'un des joueurs les plus populaires, surtout chez les amateurs de rugby. Avec le maillot frappé du coq, Betsen a réalisé deux Grand Chelem (2002 et 2004) et perdu deux demi-finales de Coupe du Monde...
Mais avant de partir, Betsen a pris le temps de "former" son successeur pendant deux saisons au B.O : Thierry Dusautoir. Le Toulousain lui a déjà pris son record de placage (29 contre la Nouvelle-Zélande lors du fameux quart-de-finale de Cardiff, contre 28 pour Betsen qui avait également établi son record au Millenium Stadium mais face aux Gallois en 2002), porte aussi le casque et est né en Afrique mais n'aura sans doute jamais l'aura du Biarrot. Les Nyanga, Caballero, Ouedraogo, Burban et autres Malonga ne seront sans doute pas assez nombreux pour combler le vide laissé par Serge.
Mais je parle déjà de lui à l'imparfait alors qu'il est encore sur le terrain et va porter fièrement les couleurs Biarrotes pendant un peu moins de 6 mois. Et en bon guerrier, on peut supposer qu'il se battra jusqu'au bout pour ce club qu'il aime tant et peut rêver à un dernier sacre au Stade de France : il avait sans doute rêvé de la Coupe William Webb-Ellis mais je suis sûr qu'il n'aurait rien contre un 4ème Bouclier de Brennus.
Enfin, même s'il ne remporte aucun trophée cette saison, le petit garçon de Clichy qui allait à l'entraînement en cachette de sa mère a fait bien du chemin et peut être fier de son parcours. Mais n'empêche, finir sur un succès, ça aurait de l'allure : le rouge et blanc lui va si bien au teint...
04 décembre 2007
Kaka, Ballon d'Or de son époque
Et le Ballon d'Or 2007 est attribué à... Ricardo Izecson Dos Santos Leite, dit Kaka. Le Brésilien remporte ce premier Ballon d'Or mondialisé au terme d'un suspense aussi insoutenable qu'un épisode de Sous le Soleil. Ce que retiendra l'histoire, c'est que le chéri de ces dames est le premier lauréat d'un scrutin international : désormais, ce sont des journalistes du monde entier, et plus seulement européens, qui élisent le meilleur joueur de l'année. Ce qui nous permet d'obtenir des résultats plus que saugrenus où un Irakien inconnu obtient des voix alors qu'un joueur de la classe d'Iniesta n'est même pas nominé...
Bref, là n'est pas le débat et revenons à Kaka, formidable footballeur mais malheureusement à l'image de son époque : incroyable terne et diablement efficace. Le Brésilien a su briller dans les grands moments (surtout en demi-finales de la Ligue des Champions face à Manchester) et cela a suffi à faire oublier une saison bien moins impressionnante dans son ensemble que celle d'un Messi par exemple.
Kaka est incontestablement un joueur de génie avec une technique et une vision du jeu exceptionnelles. Pied gauche, pied droit, frappes de loin, dribble, frappes en finesse, passes courtes, transversales, il sait tout faire comme un joueur à l'ancienne. Ajoutez à cela les qualités d'un joueur moderne : vitesse, physique, endurance et une capacité d'accélération hors norme et vous obtenez Kaka. Mais le numéro 22 du Milan présente aussi les inconvénients du joueur moderne : prise de risque limitée comme le prouve son usage quasi exclusif de l'intérieur du pied, peu de place pour la fantaisie et tout pour l'efficacité. Kaka est à l'image de nombreux matches actuels : impressionnant techniquement mais d'un ennui mortel.
En dehors du terrain, Kaka est encore plus ennuyeux que n'importe quel joueur : c'est dire à quelle hauteur il place. Le joueur du Milan AC n'a rien de Brésilien que la nationalité : il ne sort pas, ne boit pas et est fidèle. Loin d'un Ronaldinho qui a une carte de fidélité à vie dans le Raval ou au Bois de Boulogne, Kaka avait préféré rester vierge jusqu'au mariage... On est décidément très loin des Ronadinho, Ronaldo, Edmundo ou Romario : sur le terrain comme en dehors...
Kaka mérite son Ballon d'Or mais j'aurais préféré qu'il revienne à Messi : l'Argentin est peut-être aussi chiant que le Brésilien hors des stades mais sur le terrain, c'est une véritable bouffée d'oxygène. Kaka est juste trop ancré dans la société actuelle et je ne lui demande que d'ajouter un peu de fantaisie à un jeu trop stéréotypé. Parce qu'à force, on s'ennuie de plus en plus en assistant à des rencontres qui se suivent et se ressemblent...
01 novembre 2007
Les diamants sont éternels...
... et Pauleta est un joyau qui à 34 ans est encore l'un des seuls à faire briller la couronne désormais bien terne du PSG. L'Aigle des Açores a une nouvelle fois plané sur le Parc des Princes, gazon béni pour lui, en inscrivant un doublé dans son style caractéristique : tout en placement, en adresse et en technique. Le Portugais a quelque chose en plus, un je ne sais quoi de plus en plus rare dans le football moderne : la finesse et le sens du but. Ah si seulement, on n'avait plus de Pauleta et moins de Cissé...
Avec ces deux réalisations supplémentaires, Pauleta est devenu le meilleur buteur de la riche histoire du PSG avec 101 buts, toutes compétitions confondues. Il devance Dominique Rocheteau : le Charentais avait inscrit 100 buts entre 1980 et 1987. En championnat, il reste 26 journées à Pauleta pour espérer dépasser Mustapha Dahleb et ses 85 buts entre 1974 et 1984 : pour cela, Pauleta doit faire trmbler les filets à 14 reprises. A lui de jouer dès samedi à Strasbourg, àcondition que Le Guen l'aligne...
Mais pourquoi se priverait-il des services d'une légende bien vivante ? Pour donner leur chance à Diané et Luyindula qui se créent peut-être plus d'occassions mais avec qui, c'est la saison des vendanges toute l'année... Et s'il y en a un qui connaît le bon Bordeaux, c'est ben Pauleta qui avec l'âge continue à bonifier son équipe...
20 octobre 2007
Enfonçons Laporte !
Décidément, le Parc des Princes ne réussit pas aux équipes qui sont censées y jouer à domicile : après l'équipe de France de football qui perd face à de très limités Ecossais et le PSG qui n'y a pas a gagné un match en 6 rencontres, je demande l'équipe de France de rugby qui commence la compétition comme elle l'a débutée... 34-10, le score peut paraître sévère mais il est mérité tant les Français ont été mauvais.
Bien sûr, les joueurs sont responsables de ce fiasco mais le coupable est toujours le même à mes yeux : l'inévitable Bernard Laporte, bien sûr. Petite statistique amusante : sous l'ère Laporte, les Bleus ont affronté 8 fois les Pumas pour 7 défaites. Et encore, les Bleus peuvent dire merci à Betsen qui, en contrant un drop Argentin en toute fin de match, a permis au bleu de signer leur unique succés (27-26 en Novembre 2006). Ces échecs répétés sont le meilleur exemple de l'incompétence tactique de Bernard Laporte qui n'a jamais su répondre au défi collectif proposé par les Pumas.
Sur le match d'hier, on pouvait supposer que les Bleus avaient une chance puisque pour la finale des perdants, les plus grands loosers de la liste des 30 ont débuté (Marty, Poitrenaud, Skrela, Dominici, Poux) ou sont entrés en cours de match (Mignoni, Chabal, Beauxis). Mais cette équipe était décidément trop faible techniquement et mentalement. C'est bien beau d'écarter les leaders (Castaignède, Yachvili...) parce qu'ils faisaient trop d'ombre au Grand Commandeur sur le terrain mais quand on voit que c'est Mignoni qui remotive les troupes, on se dit que les carottes sont définitivement cuites. Quand, il y a ne que des moutons sur le pré alors les loups, ou plutôt les Pumas, se régalent...
Ce match est le parfait symbole des maux bleus qui ont minés les Français ces 4 dernières années : des joueurs statiques et aucun mouvement en attaque, un jeu stéréotypé et unidimensionel, aucun mouvement collectif digne de ce nom et une facheuse tendance à rentrer dans le tas. En 2003, la France jouait encore au rugby et Michalak rayonnait mais après le naufrage de Sydney, Laporte a voulu jouer comme des Anglais. Oui mais sans Wilkinson, Robinson et avec un pack beaucoup plus léger mais aussi avec Traille, Jauzion et Clerc : des armes bien différentes qui auraient dû conduire à une stratégie bien différente...
Le pire, c'est que certains joueurs comme Jean-Baptiste Elissalde attribuent la défaite à un manque d'envie. Bah, je croyais que les remplaçants devaient montrer qu'ils auraient dû jouer les matches précédents et qu'on voulait prendre notre revanche sur le match d'ouverture. Non, tout simplement, les Argentins étaient plus forts et ça ne sert à rien de se cacher derrière des excuses bidons. Les Pumas ont montré une véritable maîtrise collective et une intelligence de jeu supérieure : leur victoire lors du match d'ouverture ne devait donc rien au hasard mais était-il nécessaire de le démontrer ?
16 octobre 2007
Par la petite porte
Samedi soir, le XV de France n'a pas su saisir l'occasion qui se présentait à lui et s'est fait lamentablement éliminé face à l'une des plus mauvaises équipes d'Angleterre de l'histoire de la Coupe du Monde de rugby. Ce résultat est d'autan plus cruel que les Anglais n'ont rien montré pour battre les Français et que cela a suffi. La faute à qui ?
A un manque de réussite ? Un petit peu : si le ballon n'était pas ovale, Traille l'aurait sans doute rattrapé et Lewsey n'aurait pas ouvert le score pour le XV de la Rose. Mais est-ce qu'on peut reprocher à un joueur de faire une erreur d'appréciation parce qu'il évolue à un poste inhabituel pour lui ? Non, par contre, on peut reprocher à l'entraineur d'avoir fait des mauvais choix qui ont précipité la chute de son équipe ? Et si l'on devait juger un entraineur sur son incompétence tactique, alors là, oui, on pourrait dire que Bernard Laporte est un grand entraineur...
Pour moi, le futur ex-secrétaire d'Etat aux Sports est le responsable de cette défaite, même de ce fiasco tant l'opposition n'avait rien à voir avec l'invincible armada d'il y a 4 ans. Pourquoi ? Déjà, reconduire les vainqueurs des Blacks pouvait paraître logique mais était l'erreur à ne pas faire. Facile à dire après-coup mais les héros de Cardiff étaient fatigués mentalement et physiquement et un peu de turnover n'aurait pas fait de mal. Surtout quand on déclare qu'on dispose d'un groupe homogène et que l'on "va gagner la Coupe du Monde à 30".
Pelous et Beauxis n'avaient pas été éblouissants face aux Blacks alors pourquoi les reconduire ? Et je ne parle même pas de David Marty à qui, à moins d'être Catalan ou Bernard Laporte, l'on ne peut rien trouver de positif dans son bilan. Nallet (lui ne serait pas blessé au bout de 25 minutes et la rentrée de Chabal aurait pu être décisive), Michalak et Poitrenaud auraient amené du sang frais et surtout un peu d'envie à une équipe qui avait beaucoup (trop ?) donné la semaine précédente. On ne reviendra pas non plus sur le cas Traille qui aurait bien plus apporté en jouant au centre, surtout quand on sait que Marty était titularisé.
Surtout, reconduire la même équipe supposait reconduire la même tactique que face aux Blacks, une équipe aux qualités bien différentes de celles des Anglais. Là où, les Néo-zélandais étaient excellents relanceurs et mobiles, les joueurs de la Perfide Albion étaient lourds et incapables, sauf Robinson, de créer le moindre danger dans la défense française. Pour battre les Anglais, il ne fallait pas utiliser leurs armes (utilisation abusive des avants et du jeu au pied) mais les nôtres : du jeu à la main pour faire courir les avants du XV de la Rose et ainsi les épuiser. Le pire, c'est que les Français avaient les armes pour le faire.
Pourquoi ne pas avoir envoyé un peu plus les balles sur les ailes (surtout sur l'aile de Sackey) ? Pourquoi avoir mis deux flankers plaqueurs (Betsen et Dusautoir) alors que les Anglais allaient peu ou pas attaquer ? Pourquoi ne pas avoir tenté de marquer des points pour creuser l'écart plutôt que gérer un mince avantage par du jeu au pied ? Sans doute parce que les joueurs n'ont pas osé sortir des consignes car depuis des années, on a annihilé toute volonté de prendre des risques en équipe de France...
Le bilan de Bernard Laporte à la tête de l'équipe de France est mitigé. On retiendra les deux Grands Chelems de 2002 et 2004 et quelques rencontres mémorables : France - Galles en 2000, France - Irlande en 2002 et 2003, France - Angleterre en 2002 et 2004 et surtout, le France - Nouvelle-Zélande de Cardiff. Un peu comme le ciel de Normandie : quelques trop rares éclaircies dans la grisaille ambiante...
Bernard Laporte a annoncé qu'il n'entraînerait plus et c'est une bonne nouvelle pour le rugby français et même le rugby en général. En effet, l'ancien entraîneur du Stade Français a tué le jeu d'attaque français, a donné l'impression de pratiquer un "bricolage" permanent et a nui à l'équipe nationale par ses choix incohérents et douteux. Espérons que le nouveau sélectionneur, qui malheureusement ne sera certainement ni Guy Novès ni Patrice Lagisquet, redonne un peu d'ambition offensive à cette équipe qui a un beau potentiel à développer...
10 octobre 2007
Impossible is nothing
"Impossible n'est rien" scandait haut et fort le slogan de l'équipementier des Blacks, "Impossible n'est pas français" aurait pu affirmer celui des Bleus qui a finalement préféré un "Aux armes" qui correspond parfaitement à l'état d'esprit affiché par les Français hier. En effet, il y avait 15 guerriers sur le terrain qui ont su vaincre l'ogre noir.
Les comparaisons avec 1999 vont inévitablement fleurir après cette rencontre qui fait déjà partie de la légende du rugby Tricolore. Mis à part l'adversaire et la volée promise aux Bleus avant le coup d'envoi, les deux rencontres n'ont pas grand chose en commun. Là où le match de Twickenham était un festival de jeu offensif et de prises de risques, le quart-de-finale de cette année s'est surtout résumé à des un-contre-un, du jeu au pied pour occuper le terrain et une terrible défense des français. Seuls points communs entre les deux matches, l'intensité de la rencontre et une cruelle désillusion pour des Backs décidément maudits.
Tout a déjà été dit sur cette victoire miraculeuse des Bleus et je ne vais pas trop m'attarder sur ce qui n'a pas été. Beauxis n'a pas su trouver une touche alors qu'il avait été titularisé pour ça, Pelous n'amène que son expérience à l'équipe et surtout, il y a Marty. Inexistant en attaque, baladé par McAllister sur le premier essai Néo-Zélandais, on se demande encore ce qu'il fait en équipe de France. Au hasard des articles relatant la célébration de la victoire, on trouve quelques explications pour le moins surprenantes. Voici ce que l'on pouvait lire dans l'Equipe de Dimanche : "On a vu Laporte rigoler avec Marty en simulant son placage raté qui amène l'essai néo-zélandais !". Le Parisien nous rapporte une complicité étonnante entre les 2 hommes : "Dans les vestiaires, Bernard Laporte et David Marty se frottaient buste contre buste pour célébrer la victoire !".
Pour beaucoup, cette victoire est celle de Bernard Laporte mais personnellement, elle conforte le peu d'estime que j'ai dans le personnage et dans ses capacités d'entraineur. Son coaching aurait été brillant mais est-ce vraiment du coaching de faire rentrer des joueurs meilleurs que ceux qui sont sortis ? Et puis seuls Swarzewski et Michalak ont vraiment apporté quelque chose, Chabal relevant juste du marketing sportif. Surtout, les Bleus ont marqué leurs deux essais en jouant à l'opposé des consigne données par Bernie le Dingue avant la rencontre, c'est-à-dire en jouant ! Le 1er essai part d'un renvoi aux 22 vite joué par le toujours excellent Imanol Harinordoquy alors que le second vient d'une initiative individuelle du meilleur arrière français de cette Coupe du Monde, Damien Traille, qui fixe deux Blacks et libère un boulevard à Michalak qui n'a plus qu'à courir sur 70 mètres avant d'envoyer Jauzion en terre promise. Enfin, il est également amusant de constater que le meilleur joueur du match, Thierry Dusautoir, était le seul tricolore à ne pas figurer dans la liste initiale des 30 : sans la blessure de Vermeulen, on aurait peut-être eu droit à Rémy Martin en numéro 7...
On peut également revenir sur la performance des Néo-Zélandais qui tenaient le match par le bon bout mais qui l'ont laissé échapper par manque d'intelligence tactique. Pourquoi se sont-ils évertués à vouloir passer en force alors qu'ils étaient bien plus dangereux quand ils envoyaient la balle au large et qu'ils trouvaient Marty sur leur chemin ? Et surtout, pourquoi ont-il refusé de tenter un drop qui leur aurait donné la victoire lorsqu'ils étaient sur la ligne des 22 ? Pour marquer l'essai du bonus ? Bah, ils n'en avaient inscrit que 2 auparavant et surtout, en quart-de-finale, c'est complètement inutile ! Quand on sait qu'ils tenteront finalement ce drop une fois qu'ils auront reculé de 30 mètres, il y a de quoi rester songeur...
Maintenant, les Français vont affronter une vieille connaissance : le XV de la Rose pour un remake de la demi-finale de la dernière Coupe du Monde. Les Anglais ont eux aussi livré un ros match pour éliminer les Australiens et ce sera à qui aura le mieux digéré son exploit du quart-de-finale. On peut donc s'attendre à une partie très rude entre les deux équipes et au moins aussi dur pour les Bleus que le match de Cardiff. Les Anglais n'ont plus rien à voir avec l'équipe laminée par les Springboks (36-0) en phase de poule et s'appuient sur un paquet d'avants conquérant et le jeu au pied millimétré du revenant Jonny Wilkinson. Le point faible est l'ailier Paul Sackey, le Marty local, et les Français ont intérêt à attaquer de son côté.
Pour faire souffler les organismes, on aurait pu souhaiter que Bernard Laporte fasse tourner son effectif mais on ne peut pas non plus lui reprocher d'avoir enfin trouvé son XV type. On peut juste regretter que Pelous (encore, il amène son expérience lui au moins), Beauxis et mon idole David Marty soient encore là. Et pourquoi laisser Traille arrière alors qu'il serait bien plus utile et dangereux au centre où il toucherait bien plus de ballons ? Et enfin, pourquoi ne pas avoir profité de la blessure de Mignoni qui aurait enfin su être utile en laissant sa place à Yachvili car on sait qu'Elissalde est cassé de partout ?
En match officiel, les Bleus n'ont plus battu l'Angleterre sans Yachvili depuis 2002. Ce jour-là, la France fonçait vers le Grand Chelem et Betsen sur Wilkinson alors bis repetita dans la même arène ? Pour parodier l'actrice principale d'affrontements passés entre Français et Anglais, c'est-à-dire Jeanne d'Arc, je n'ai qu'une chose à ajouter :"pourvu qu'il ne pleuve pas...".
06 octobre 2007
Gare à la marée noire...
Le 31 octobre 1999, en demi-finale de la 4ème Coupe du Monde de Rugby, les Bleus avaient signé le plus bel exploit de leur Histoire en atomisant les All Blacks des Kronfeld, Lomu, Cullen, Umaga et cie qui semblaient alors invincibles. Comme il y a 8 ans, les Néo-Zélandais jouent comme dans un rêve alors que les Français ont failli vivre une phase de poules cauchemardesque (bizarre pour des Coqs...). Comme en 1999, les Bleus ont pris très cher lors de leur Tournée d'été dans l'Hémisphère Sud : 54 à 7 à Wellington en 1999, 61-10 et 42-11 l'été dernier, avec les remplaçants des remplaçants certes.
Mais les comparaisons s'arrêtent là car cette année, les Bleus ne semblent pas en mesure de répéter cet exploit. D'ailleurs, par définition, un exploit, c'est rare et ça ne se reproduit qu'encore plus rarement...
En effet, il y a 8 ans, l'équipe de France avait su dégager une équipe-type qui tenait largement la route, avec une charnière de classe mondiale (Galthié - Lamaison). De plus, chacun jouait à son meilleur poste (sauf peut-être Garbajosa) et avait une expérience du haut niveau. On en est loin cette année avec un coach qui navigue à vue comme le montre la titularisation de Traille à l'arrière : le poste auquel il a été formé mais qu'il n'a plus occupé comme titulaire depuis août 2005 face à Toulon. Pire encore, il n'a jamais évolué à ce poste en équipe de France à part 5 minutes face à l'Ecosse lors du dernier Tournoi et il n'avait pas touché un ballon ! Pourquoi ne pas avoir sélectionné un Brusque, aussi bon relanceur que Poitrenaud mais avec un jeu au pied bien meilleur ? Sans doute parce que le Biarrot est victime de la jurisprudence Bernat-Salles : en effet, il a ouvert un camping sur la Côte Atlantique qui marche mieux que celui du sélectionneur...
Contrairement au duo Villepreux-Skrela, on peut également se demander si le binôme Laporte-Maso fait jouer les meilleurs joueurs qu'ils ont à leur disposition. Outre le cas Yachvili, déjà maintes fois évoquées ici, on peut s'interroger sur les choix de Bernard Laporte pour affronter la Nouvelle-Zélande. Comment peut-on titulariser face à la meilleure équipe du monde un ouvreur qui n'est même pas remplaçant en club ? En plus, Lionel Beauxis, car c'est bien de lui dont il s'agit, est limité en défense et n'a aucune endurance : il était en apnée après 50 minutes de jeu face à la Géorgie alors qu'est-ce que cela va bien pouvoir donner ce soir... On peut également se demander pourquoi Pelous est aligné alors que ses belles années sont derrière lui et que Nallet, qui est le meilleur deuxième ligne du lot avec l'inamovible Jérôme Thion, n'est même pas sur le banc. C'est qu'il faut également laisser une place pour Chabal sur le banc : le meilleur joueur du monde aux yeux des téléspectateurs de TF1 alors qu'il a lui-même l'humilité de reconnaître que Nallet méritait plus de figurer sur la feuille de match que lui. Enfin, il y a le cas Marty qui arrive à être nul contre la Géorgie et la Namibie mais qui est quand même titularisé ce soir : mais ça, c'est la faut eà une liste des 30 très mal conçue...
Face à une équipe dépourvue de repères à cause des incohérences répétées d'un sélectionneur incompétent, les Blacks abordent leur match de ce soir assez sereinement : à l'image d'un Anton Oliver qui a été goûter aux joies des pubs de Cardiff cette semaine. Mais il ne faut pas croire que les Néo-Zélandais font un complexe de supériorité par rapport aux Bleus : non, ils ont retenu les leçons de 1999 et 2003 et cette décontraction est naturelle, ce n'est pas de l'arrogance mais une force.
Sur le papier, les Blacks présentent quasiment ce qui se fait de mieux à chaque poste : si l'on voulait faire une équipe-type mondiale, on rajouterait juste Matfield, Betsen, Burger, Du Preez, O'Driscoll et Hernandez. Côté français, seuls Thion, Betsen, Elissalde et Traille (en tant que que 1er centre bien sûr) pourraient revêtir le maillot noir (qui sera gris pour ce quart de finale). C'est dire le fossé qui existe entre les deux équipes et qui se traduit au niveau des résultats : sur les 6 dernières rencontres, le score moyen est de 43-11 en faveur des joueurs du Pays au Long Nuage Blanc.
Collectivement, les Blacks sont plus forts que les Français comme le montre la qualité de leurs attaques où à chaque fois, il y a un joueur au soutien. C'est la même chose en défense où les Néo-Zélandais sont parfaitement organisés ce qui leur permet de briller sur les ballons de récupération. Au niveau du jeu au pied, il n'y a pas de problème non plus : avec Carter, McAllister et Mac Donald, ils ont largement de quoi occuper le terrain. Enfin, le pack n'est plus la faiblesse de cette équipe et les avants Néo-Zéalandais ont à chaque fois dominé leurs homologues Français lors de leurs dernières confrontations...
Toutefois, les chances des Bleus sont minces mais elles existent. Avec Beauxis, Traille et Heymans, les Bleus ont des armes à faire valoir au niveau de l'occupation. Les Français ne vont pas envoyer beaucoup de jeu (avec Laporte, c'est normal) et c'est tant mieux car le jeu français est tellement prévisible que les Néo-Zélandais se seraient régalés en contre. Par contre, il ne faut pas être rapidement mené au score car ce n'est pas avec Beauxis à la manoeuvre que les Français pourront créer du danger.
Autre motif d'espoir : la troisième ligne française est composée de terribles plaqueurs (Dusautoir et Betsen) qui sauront également pourrir les libérations des Blacks. Si le jeu Néo-Zélandais est ralenti alors ue grande partie du travail sera fait. De plus, les coéquipiers de Richie McCaw ne sont pas habitués à être bousculés et une telle situation pourrait les faire douter.
Comme l'a dit Jean-Baptiste Elissalde, "ça va passer ou ça va casser" alors réponse ce soir. Rationnellement, les Bleus n'ont aucune chance mais si les Français retrouvent que l'espace d'un match l'essence de leur jeu passé sous l'impulsion de Clerc, Heymans, Jauzion et Traille alors tout peut être possible. Mais une victoire serait un miracle et serait sans doute suivie d'une défaite en demi-finale...

