En 1488, le navigateur Bartolomeu Dias est le premier occidental à doubler le Cap de Bonne-Espérance, ainsi baptisé car les Portugais avaient "bon espoir" d'arriver aux Indes. Cinq siècles plus tard, à Cape Town, ce sont les Espagnols qui ont franchi le cap des huitièmes-de-finale et ont "bon espoir" de remporter la Coupe du Monde...

Peut-être pour rendre hommage à ses grands navigateurs, le Portugal a proposé un jeu plutôt bateau : tout le monde derrière et Cristiano Ronaldo qui se débrouille tout seul devant, parfois aidé par Meireles et Coentrão. Le problème, c'est qu'une nouvelle fois, l'attaquant du Real Madrid est passé au travers lors d'une compétition internationale. A sa décharge, il n'a pas été aidé par le coaching de son entraineur.
C'est d'ailleurs à la 59ème minute que tout s'est joué : Carlos Queiroz décide alors de sortir Hugo Almeida, le seul qui avait amené un semblant de danger dans la surface espagnole, pour faire entrer Danny, la plus grosse arnaque du football lusitanien depuis Quaresma et Nuño Gomes. Côté Espagnol, Del Bosque remplace un Torres encore loin de son meilleur niveau par un autre Fernando, Llorente. Et l'attaquant de l'Athletic Bilbao allait totalement transformer l'animation offensive de la Roja, libérant de l'espace pour un David Villa qui n'attendait que ça.

Jusqu'à l'heure de jeu, la sélection espagnole avait plutôt largement dominé les débats sans proposer un jeu spécialement emballant mais mettant Eduardo à contribution à plusieurs reprises. Pour les Portugais, l'action la plus dangereuse de la rencontre restera ce centre d'Almeida dévié par la cuisse de Puyol en début de seconde période. Forcément, Gérard Piqué et Carles Puyol, c'est autre chose que la défense nord-coréenne. Et au milieu, Sergio Busquets n'a pas eu trop de difficultés à stopper les bribes d'actions offensives portugaises.
Et à force de subir, ce qui devait arriver arriva à la 63ème minute. Une séquence classique du jeu espagnol avec un enchainement de passes devant la défense adverse, puis l'excellent Iniesta sert Xavi à l'entrée de la surface qui, d'une talonnade géniale, décale David Villa qui s'y prend à deux fois pour battre Eduardo. Le Portugal vient d'encaisser son seul but de la compétition mais manque de pot n'aura pas réussi à faire trembler d'autres filets que ceux des nord-coréens. Finalement, Cristiano Ronaldo n'était pas si stupide quand il déclarait que "les buts, c'est comme le ketchup : quand ils arrivent, ils viennent tous en même temps."

Après l'ouverture du score du futur meilleur buteur de ce Mondial, l'Espagne allait tranquilement mener sa barque, Eduardo et ses 9 arrêts évitant au Portugal une belle humiliation. L'autre Seleção se laissant mener en bateau et faisant preuve d'un esprit de révolte digne de l'équipe de France, comme en témoigne cette absence totale de pressing en fin de rencontre. Et finalement très peu sollicité, Iker Casillas a pu tranquillement bavasser avec sa fiancée de journaliste assise juste derrière son but.
C'est l'équipe qui a offert du jeu qui est passée et c'est tant mieux. En quart-de-finale, l'Espagne affrontera le Paraguay et le vainqueur de cette confrontation disputera la première demi-finale de son histoire. en franchissant ce nouveau cap, l'Espagne s'ouvrirait un peu plus sa route des Indes et David Villa compte bien être le Vasco de Gama Ibère du 21ème siècle...