Comme l'an dernier, nous allons nous intéresser aux joueurs qui se sont révélés au cours de la dernière saison de Ligue 1. D'abord, qu'est-ce que j'entends par révélation ? C'est un joueur qui avait moins de 25 ans et qui avait pris part à moins de 10 rencontres de championnat avant le début de la saison. Ces critères excluent certains joueurs qui auraient pu prétendre à une place dans ce 11 plein d'avenir : je pense notamment à Melvut Erding, à Mathieu Valbuena ou encore à Hatem Ben Arfa.

Voici cette équipe dans un 4-4-2 classique :

Mandanda

Josse - Rami - Sakho - Muratori

Digard - Lemoine
Gouffran                        Lejeune

Gameiro - Pjanic

Steve Mandanda, 22 ans, gardien de but, Olympique de Marseille, 34 matchs. En une saison, Steve Mandanda est devenue l'un des gardiens les redoutés par les attaquants de Ligue 1. Mais c'est surtout le joueur le plus craint par les autres gardiens de son équipe !
En effet, sa trajectoire éclair s'est souvent accompagnée d'une malédiction touchant ses concurrents au poste de gardien. Le schéma est simple : le titulaire se blesse gravement, Mandanda brille et gagne définitivement ses gallons de titulaire. C'est ce qui s'est passé au Havre lors de la saison 2005-2006 avec la blessure non pas d'un mais de deux portiers ! Bis repetita en équipe de France Espoirs : Jérémy Gavanon se déchire les croisés et Mandanda brille au Tournoi de Toulon de 2005. Enfin, en août dernier, Cédric Carasso, alors dans la forme de sa vie, se pète le talon d'achille et Mandanda saisit une nouvelle fois sa chance.
Qui sera la prochaine victime de la malédiction Mandanda ? La rumeur veut que les chirurgiens de Grégory Coupet, Mickaël Landreau, Sébastien Frey et Hugo Lloris seraient sur le qui-vive...

Steve_Mandanda

Maxime Josse, 21 ans, arrière droit, FC Sochaux Montbéliard, 12 matchs. Le seul titulaire par défaut de cette équipe prometteuse, aucun joueur ne s'étant révélé à ce poste d'arrière droit cette saison. C'est d'ailleurs une constante du football de haut niveau : les bons spécialistes du poste (Oddo, Sagnol, Daniel Alves ?) se comptent sur les doigts de la main.
Champion d'Europe des moins de 17 ans en 2004 (la fameuse génération dorée des Nasri, Ben Arfa, Ménez, Benzema, Ducasse...), le jeune Picard a surtout brillé en début de saison, grâce à la blessure de Jérémie Bréchet, au poste de défenseur central. Mais le début de saison calamiteux du club, le retour du capitaine sochalien et l'arrivée de Damien Perquis auront raison des belles dispositions qu'aura laissées entrevoir le jeune défenseur. Balladé au milieu ou sur la droite de la défense, il ne jouera plus beaucoup lors du fantastique retour effectué par le club Doubien lors de la deuxième partie de la saison.
N'ayant pas nécessairement la confiance de Francis Gillot son entraîneur, un nouveau prêt serait souhaitable (il a passé la saison 2006-2007 à Brest) pour qu'il puisse s'aguerrir un peu plus et "rêver" à un destin à la Jean Calvé : pas conservé par Sochaux, le Manceau a explosé dans la Sarthe et attire désormais la convoitise de plusieurs clubs anglais et français...

Adil Rami, 22 ans, défenseur central, Lille OSC, 24 matchs. Toutes proportions gardées, Rami a un destin à la Franck Ribéry puisque son parcours sort des sentiers battus. Comme la nouvelle idole de l'Allianz Arena, le défenseur lillois n'est pas issu d'un centre de formation et a dû emprunter des chemins de traverse pour devenir un acteur à part entière de la Ligue 1. Lorsque le LOSC va le chercher à Fréjus, il est encore jardinier !
Comme souvent à Lille, il ne joue pas tout de suite en équipe première pour qu'il puisse s'aguerrir et répondre aux exigences de Claude Puel. En fin de saison 2006-2007, il participe à quelques rencontres et ses prestations sont suffisamment convaincantes pour qu'il soit désigné successeur de Tavlaridis parti à Saint-Etienne. Mais la belle histoire a failli s'interrompre avant même d'avoir commencé puisque Rami se blesse gravement au genou dès la 1ère journée de championnat face à Lorient.
Mais le happy end programmé aura bien lieu puisque après 2 mois d'absence, il regagne ses talons de titulaire au sein de la défense lilloise. Beau bébé d'1m89 pour 82 kilos, dur sur l'homme, doté d'un bon placement et d'une bonne relance, rapide, il ne tardera pas à convaincre les sélectionneurs marocains de le présélectionner pour des matchs préparatoires pour la CAN. Mais le natif de Bastia refuse, déclarant vouloir aider son club à se maintenir et rêvant secrètement des Bleus. Lille se sauvera et Rami sera l'un des grands artisans de la fin de saison canon du club voyant le LOSC gagner 10 places au classement. Un bonheur n'arrivant jamais seul, il sera même convoqué par Domenech lors du rassemblement élargi de l'équipe de France avant les rencontres face au Mali et à l'Angleterre.
Passé d'agent municipal à l'équipe de France A' en moins d'un an et demi, Rami a eu raison de vouloir jouer sa carte jusqu'au bout. 

Mamadou Sakho, 18 ans, défenseur central, Paris Saint-Germain, 12 matchs. Bien sûr, d'autres défenseurs comme Jérémy Sorbon (Caen) ou Habib Bellaïd (Strasbourg) ont disputé plus de rencontres et auraient pu faire de l'équipe. Seulement, la concurrence n'est pas la même et surtout, le jeune défenseur parisien n'a que 18 ans.
Jeune et ambitieux, parfois vicieux, Sakho a tout du futur prince de la ville et du Parc. Rapide, intelligent dans son placement et dégageant une impressionnante puissance physique dans les duels, il peut légitimement prétendre à une grande carrière surtout qu'en plus de ses qualités footballistiques, c'est également un leader. Mais il devra apprendre la patience lui qui se voyait déjà disputer la fin de saison à la place de Yepes et qui a été habitué à ce que tout aille vite pour lui comme par exemple, être capitaine du PSG à seulement 17 ans.
Baladé entre le couloir gauche et l'axe de la défense, c'est comme stoppeur que le premier footballeur au style tecktonik doit être fixé à l'avenir. Il ne lui restera alors qu'à gravir pas à pas les marches vers la gloire et on devrait souvent le voir exécuter des pas de danse, ou plutôt de tecktonik, pour célébrer les victoires de son équipe.

Vincent Muratori, 20 ans, arrière gauche, AS Monaco, 20 matchs. A l'été 2007, Ricardo avait fait d'un latéral gauche sa priorité au niveau du recrutement. C'est donc Jérémy Berthod qui a débarqué sur le rocher. Mais au final, le quadruple champion de France n'aura pris part qu'à 12 rencontres contre 20 au jeune Muratori.
Auteur d'un bon début de saison, le jeune latéral issu du centre de formation du club de la Principauté, s'est vite imposé comme le titulaire du poste. Ses performances remarquables, et remarquées, lui ont même permis d'intégrer l'équipe de France Espoirs. Malheureusement, sa deuxième partie de saison, à l'image de celle de son club, a été plus compliquée et après avoir été totalement débordé par Keita face à Lyon, il quittera le 11 de départ.
La prochaine saison nous permettra de savoir si cette éclipse n'était que partielle et si le jeune latéral saura corriger ses difficultés dans le placement que sa fougue et son envie ne pourront pas toujours compenser. Mais tout est allé très vite pour ce jeune joueur qui est passé de l'anonymat de la CFA aux convoitises des clubs du Calcio en quelques mois. A lui de nous faire oublier cette fin de saison en demi-teinte et de nous confirmer les belles promesses affichées à l'automne.

Maxime_Josse  Adil_Rami Mamadou_Sakho Vincent_Muratori

Yoan Gouffran, 22 ans, milieu droit, SM Caen, 36 matchs. Elu meilleur joueur de Ligue 2 l'an passé, le Caennais était attendu au tournant pour sa première saison complète en Ligue 1. Il était surtout attendu au PSG, le club de son coeur à l'écouter, et avait fait le forcing à l'été 2007 pour rejoindre Pauleta, Rothen et compagnie. Mais quand la bise fut venue, le PSG se retrouva fort dépourvu car Gouffran préféra revenir sur sa parole et rester en Normandie. Un coup pas très franc...
A part ça, le Guadeloupéen a quand même réalisé une bonne saison sur le plan comptable avec 10 buts et 7 passes décisives. A la pointe ou sur la droite de l'attaque caennaise, Gouffran a fait parler ses qualités physiques et a montré un sens du but qui ont fait de lui la principale arme offensive de son équipe. Sa polyvalence est précieuse mais pourrait le faire stagner : la tentation est grande d'utiliser sa vitesse de course dans le couloir droit, surtout quand on connaît la pénurie de bons joueurs à ce poste. Mais ses qualités de dribbleur sont loin d'être exceptionnelles, c'est pourquoi je le verrais plus en avant-centre car il a montré de vrais dispositions de buteur.
Son parcours peut ressembler à celui d'un Thierry Henry qui stagnait dans son couloir gauche avant d'exploser complètement quand Arsène Wenger l'a repositionné à la pointe de l'attaque des Gunners. A l'heure de quitter le stade D'Ornano, Gouffran devra donc trouver son Wenger. Et pourquoi pas Arsène lui-même ? 

Didier Digard, 21 ans, milieu défensif, Paris Saint-Germain, 16 matchs. A l'instar de Gouffran, l'ancien Havrais avait réalisé une excellente saison en Ligue 2 sauf qu'à l'inverse du Caenais, il n'a pas eu peur de rejoindre Paris. Digard, qui fait tout plus vite que tout le monde - il a été père à 16 ans - s'est rapidement imposé dans l'entrejeu parisien pour former avec Jérémy Clément un redoutable duo de récupérateurs.
C'est à l'extérieur, où sa puissance et sa vitesse ont fait des merveilles, que Digard s'est le plus illustré, contribuant grandement à l'excellent parcours du PSG hors de ses bases en début de saison (5 victoires en 10 déplacements). Blessé durant toute la phase retour, son absence a été difficile à combler pour Paris puisque les hommes de Paul Le Guen ont dû attendre la dernière journée pou obtenir leur 6ème succès à l'extérieur de la saison.
A domicile, l'apport de Digard a été moins évident car son jeu vers l'avant reste encore perfectible, notamment dans l'utilisation des intervalles. Mais polyvalent (il peut jouer indifféremment en défense centrale et au milieu), il incarne l'avenir du PSG, club dont il sera très vite l'un des hommes forts : il a la mentalité et les qualités pour le devenir.

Fabien Lemoine, 21 ans, milieu défensif, Stade Rennais, 18 matchs. On peut reprocher un tas de choses à Guy Lacombe mais il a un grand mérite : dans chaque club qu'il a entraîné, il a su révéler des joueurs au potentiel insoupçonné. On pense à Didier Drogba à Guingamp, Jérémy Mathieu à Sochaux ou Clément Chantôme à Paris. A Rennes, c'est Fabien Lemoine qui a profité de l'arrivée du technicien à la moustache pour prendre la place du capitaine et idole du Stade de la Route de Lorient, Etienne Didot. Rien de moins !
Formant un duo très complémentaire avec le très rugueux Stéphane M'Bia, Lemoine a très vite fait étalage de ses qualités : un gros volume de jeu, une technique soyeuse, une qualité de passe largement supérieure à la moyenne, une bonne couverture de balle et une frappe lourde. Si Rennes a fini la saison en trombe, son nouveau milieu relayeur Breton n'y est pas étranger !

Kevin Lejeune, 23 ans, milieu gauche, AJ Auxerre, 38 matchs. Il est loin le temps où le centre de formation de l'AJ Auxerre permettait au club de constituer une équipe rivalisant avec les Grands d'Europe. Aujourd'hui, c'est Rennes qui alimente en masse les sélections de jeunes alors qu'Auxerre peine en bas de tableau et que les joueurs formés à l'AJA sont une denrée de plus en plus rare dans l'effectif icaunais. Il y a 6 ans, l'AJA disputait la Ligue des Champions et dans le 11 de départ de l'époque, seuls 4 joueurs n'étaient pas passés par les équipes de jeunes du club (Boumsong, Fadiga, Faye et Lachuer). Aujourd'hui, Auxerre est 15ème du championnat et parmi les titulaires, seuls 3 joueurs sont issus du centre de formation : Jean-Sébastien Jaurès, Jean-Pascal Mignot et Kevin Lejeune.
Ce dernier est même la seule satisfaction d'une saison auxerroise bien terne. Pensionnaire régulier des sélections nationales de jeunes (logique vu son patronyme), l'ailier auxerrois a vu sa progression brusquement interrompue par une grave blessure au genou alors qu'il avait à peine 20 ans. Alors que beaucoup auraient sombré, lui s'est accroché et a su saisir sa chance cette saison et s'imposer dans le onze titulaire de Jean Fernandez, prenant la place de Jean-Michel Lesage, recrue phare du mercato d'été vite partie revoir sa Normandie. Le jeûne de Kevin a donc pris fin cette saison et c'est peu dire que l'Auxerrois avait faim de matches et soif de reconnaissance...
Vif, dribbleur et technique, ce gaucher est le digne héritier des ailiers qui ont fait l'histoire de l'AJA (Pascal Vahirua, Bernard Diomède, Christophe Cocard...). Des joueurs percutants et déroutants dans son style sont malheureusement de plus en plus rares dans le football moderne et c'est bien dommage. Lejeune, une bouffée d'oxygène pour l'Abbé-Deschamps et le football en général !

Yoann_Gouffran  Didier_Digard  Fabien_Lemoine  Kevin_Lejeune

Kevin Gameiro, 21 ans, attaquant, RC Strasbourg, 34 matchs. Il y a deux saisons, le jeune Strasbourgeois s'était déjà fait remarquer en signant un doublé en Coupe d'Europe face à Belgrade. Mais comme pour l'autre Kevin de cette équipe (Lejeune), une grave blessure avait freiné son éclosion et il avait dû repartir pour 6 mois en Ligue 22 où il a trouvé le temps d'inscrire 3 buts.
Pour sa première saison complète en Ligue 1, le natif de Senlis a démarré fort (2 buts lors des 3ème et 4ème journée) et a fini en trombe (2 buts lors des 37ème et 38ème journée). Entre les deux, ce fut un peu plus compliqué avec seulement 2 buts inscrits qui portent son total à 6 réalisations. Il faut dire qu'il n'a pas toujours été titulaire et qu'il a souvent dû occuper un couloir et consentir de gros efforts dans le repli défensif.
Même s'il ne sera sans doute jamais Ballon d'Or, Gameiro me fait penser à Michael Owen : un petit gabarit (1m68), vif avec un sens du but prononcé. Sans doute le meilleur joueur de Strasbourg cette saison et il y a peu de chances de le voir en Alsace la saison prochaine.   

Miralem Pjanic, 18 ans, attaquant, FC Metz, 32 matchs. Si l'on devait élire, LA révélation de la saison écoulée, nul doute que ce prix reviendrait au jeune Messin. Doté d'une technique hors norme associée à une vision du jeu du même acabit, les grands clubs européens s'arrachent ce joueur hors du commun.
Né en Bosnie en 1990, Pjanic doit quitter ce qui s'appellera désormais l'ex-Yougoslavie en raison de la guerre qui sévit dans les Balkans. C'est au Luxembourg que la famille Pjanic posera ses bagages et c'est à Metz que le jeune Miralem fera ses classes de footballeur dès l'âge de 14 ans. Titulaire de 3 nationalités (bosniaque, luxembourgeoise et française), c'est son pays de naissance qui profitera finalement de son énorme talent.
Pjanic est une énigme au sein de la saison Messine : comment un joueur aussi talentueux a-t-il pu éclore dans un univers aussi pauvre techniquement ? Le centre de formation de Metz a cherché à s'adapter au football moderne en privilégiant les joueurs physiques mais au final, il n'a sorti que des athlètes incapables d'enchaîner trois passes et à l'intelligence de jeu rare car complètement inexistante. La leçon est à méditer pour les formateurs lorrains puisqu'au final, c'est le meilleur footballeur qui permet aux Grenats d'empocher 10M€.
Le prix déboursé par les Lyonnais pour former l'attaque la plus prometteuse d'Europe - depuis que Torres est parti à Liverpool, laissant el Kun Agüero prendre les commandes de l'attaque des Colchoneros - en associant Karim Benzema et le jeune Bosniaque. Chanceux Lyonnais qui verront ces deux artistes jouer ensemble et laisser bien des regrets à l'équipe de France qui aurait pu, à terme, également associer les deux prodiges...

Kevin_Gameiro  Miralem_Pjanic