Alors que les clubs de ligue 1 ont repris le chemin de l'entraînement, plutôt que d'annoncer des infos croustillantes du style Drogba à Marseille, Vieira au PSG ou Ribéry au Real, je préfère faire un bilan de la saison écoulée. Comme l'an dernier, nous allons commencer par nous intéresser aux joueurs qui se sont révélés lors de la saison 2008-09.
Tout d'abord, qu'est-ce que j'entends par révélation ? C'est un joueur qui avait moins de 25 ans et qui avait pris part à moins de 10 rencontres de championnat avant le début de la saison. Ces critères (sévères mais justes comme dirait Christian Jeanpierre) excluent donc de fait des Loïc Rémy, Amadou Alassane, Fahid Ben Khalfallah ou autres Modibo Maïga.

Voici cette équipe dans un 4-4-2 classique :

Ruffier

Corchia - Benalouane - Paillot - Trémoulinas

A. N'Diaye - E. Capoue
Feghouli                        Mollo

Hazard - Hoarau

Stéphane Ruffier, 22 ans, gardien de but, AS Monaco, 32 matchs. Au début de la saison 2008-09, l'AS Monaco avait viré sans prendre de pincettes le plus emblématique des gardiens passés sur la Turbie : Jean-Luc Ettori (d'ailleurs que les fans du club du Rocher soient rassurés, il y aura à nouveau un moustachu assis sur le banc de touche du stade Louis II puisque Guy Lacombe débarque en Principauté mais ceci est une autre histoire), alors directeur sportif du cub. Mais au cours de cette saison 2008-09, l'ASM a "gagné" un nouveau grand gardien puisque Stéphane Ruffier s'est imposé comme le titulaire indiscutable du poste.
Bénéficiant du déclin de Flavio Roma, dernier survivant (avec Bernardi, parti en janvier 2009 en Argentine) de l'épopée de la Ligue des Champions 2004. Grand, puissant (1m87; 89 kilos), Ruffier aurait sans doute fait un excellent 3ème ligne sauteur de l'Aviron Bayonnais mais il a choisi la section foot du club bleu ciel et blanc, pour le plus grand bonheur des (quelques) supporters de l'ASM.
Au cours de la saison, il ne lâchera jamais sa place de titulaire et montrera que la ressemblance avec Pepe Reina, le gardien des Reds, n'était pas juste physique. Capable de réflexes extraordinaires, il a écœuré plus d'une équipe de Ligue 1, notamment au Vélodrome où Niang et les Marseillais ont été incapables de tromper sa vigilance. S'il avait joué dans le camp d'en face, sûr que la France entière aurait réclamé sa titularisation dans les buts de l'équipe de France...

Stephane_Ruffier

Sébastien Corchia, 18 ans, arrière droit, Le Mans UC, 9 matchs.Tous les ans, Le Mans perd ses meilleurs éléments mais chaque année, le club préféré de François Fillon parvient à se maintenir en Ligue 1 en faisant confiance à des joueurs méconnus ou issus de son centre de formation. Et cette année, la révélation mancelle de la saison est incontestablement le jeune défenseur Sébastien Corchia.
Formé au PSG (mais également passé par Bondy, Villemomble et l'INF Clairefontaine) puis au Mans, le natif de Noisy-le-Sec était déjà suivi par la Juventus de Turin alors qu'il n'avait pas encore disputé la moindre rencontre chez les professionnels. Joie qu'il allait connaître le 14 février dernier face à Nice où il fut pour sa première apparition et titularisation en Ligue le tireur des coups de pieds arrêtés manceaux.
Rapide, bon centreur, actif et insouciant, cet international des moins de 19 ans a rapidement enchainé les rencontres, reléguant très souvent sur le banc Ibrahim Camara, son concurrent au poste d'arrière droit. Excellent tireur de coups francs, Sébastien Corchia doit encore s'étoffer un petit peu pour avoir plus de répondant dans les duels. Et comme les Sessegnon, Romaric, Bonnart, Drogba ou Thomert avant lui, il quittera alors le MUC 72 pour briller en Ligue 1 ou ailleurs...

Yohan Benalouane, 22 ans, défenseur central, AS Saint-Etienne, 29 matchs. Chez les espoirs du football français, le prénom Yohan est à la mode et après le milieu (Gourcuff, dont le prénom prend 2 "n" mais pas de "h") et l'attaquant (Gouffran, sans "h"), il nous manquait le défenseur et c'est donc Benalouane qui s'y colle avec une nouvelle façon d'orthographier ce prénom. Formé à l'ASSE, cet athlétique défenseur a profité des blessures et des performances cataclysmiques de ses concurrents (Tavlaridis, Monsoreau, Bayal) pour faire son trou dans l'axe de la défense stéphanoise.
Excellent de la tête, dur sur l'homme et doté d'un bon sens de l'anticipation, il a pour modèle un ancien joueur de la maison verte, Zoumana Camara : c'est sans doute pour cela qu'il doit gagner en régularité et travailler ses relances qui à l'heure actuelle feraient passer Ronald Zubar pour Beckenbauer. Enfin, le défenseur stéphanois devra apprendre à mieux contrôler ses nerfs vu qu'avec 10 avertissements, il a réussi l'exploit de battre Tavlaridis au nombre de cartons jaunes récoltés (9 pour le Grec) au cours de la saison écoulée...

Sandy Paillot, 22 ans, défenseur central, FC Grenoble 38, 17 matchs. La cuvée 1987 du centre de formation de l'OL est sans doute l'un des plus beaux millésimes de l'histoire du club. Le hic pour les Lyonnais, c'est qu'à part Benzema et Mounier, tous les autres membres de cette promotion (Rémy, Rémy Riou, Ben Arfa...) ont déjà quitté les bords du Rhône et de la Saône. Sandy Paillot, fils de l'ancien joueur lyonnais Patrick Paillot, n'échappe pas à la règle et c'est du côté du Stade des Alpes qu'il a véritablement explosé la saison passée, profitant de la blessure de Maxence Flachez pour s'imposer durablement comme titulaire dans l'axe de la défense grenobloise.
Si Benalouane s'est inspiré de Zoumana Camara, Paillot lui a été à meilleure école puisque son style de ju se rapproche énormément  d'un de ses anciens compagnons d'entraînement, Sébastien Squillaci : costaud, bien placé, intraitable au marquage et excellent dans le jeu aérien. Avec Hoarau et Chamakh, il s'est même imposé comme l'un des meilleurs joueurs de tête de Ligue 1 puisqu'il a inscrit la bagatelle de 4 buts en seulement 17 rencontres. Pas mal pour un défenseur que l'OL jugeait inférieur à l'inoubliable Cleber Anderson il y a encore 18 mois...

Benoît Trémoulinas, 23 ans, arrière gauche, FC Girondins de Bordeaux, 26 matchs. La saison dernière, à Bordeaux, on a beaucoup parlé de Yoann Gourcuff. L'an dernier, à la Réunion, on a énormément parlé de la réussite de Guillaume Hoarau au PSG. Mais aussi bien à Bordeaux qu'à la Réunion ou que partout en France, on n'a que très peu parlé de la très belle saison du Réunionais (par sa mère) Benoît Trémoulinas avec les Girondins.
Milieu gauche de formation, ce latéral très offensif a su se faire sa place au sein des Champions de France 2009, éliminant rapidement la concurrence d'un Jurietti dépressif et d'un Placente à la trajectoire similaire à celle d'un Kezman. Très porté sur l'attaque, sa vivacité et sa qualité de centre lui ont permis de délivrer 5 passes décisives ce qui fait de lui le meilleur passeur chez les latéraux de Ligue 1. Très intelligent dans le jeu, il a encore quelques lacunes dans le placement défensif à corriger mais il est sans doute le meilleur arrière gauche de France sur le plan offensif. Certes, il n'a pas la frappe de balle de Taïwo mais lui, ses frappes sont cadrées et il n'envoie pas un centre sur deux au cinquième poteau...

Sebastien_Corchia__2_  Yohan_Benalouane  Sandy_Paillot  Benoit_Tremoulinas

Sofiane Feghouli, 19 ans, milieu droit, FC Grenoble 38, 26 matchs. A mois d'être un fan absolu du FCG 38 ou d'aimer les blocs défensifs, il y avait peu de raisons d'aller voir jouer Grenoble cette saison. La seule étant d'aller voir jouer Sofiane Feghouli, le jeune milieu de terrain offensif formé dans les Alpes.
Capable d'évoluer aussi bien à gauche comme à droite, rapide, à l'aise des deux pieds et très percutant, l'international Espoirs est un joueur rare, déjà suivi par la plupart des plus gros clubs européens (Juventus, Chelsea, Liverpool et bien d'autres). Toutefois, il a encore une grande marge de progression et doit gagner en efficacité et en régularité.
Pour les fans de Grenoble, il faut espérer que ce fan du PSG reste une saison de plus en Isère. Car s'il venait à partir, ils n'auraient plus qu'admirer leur magnifique Stade des Alpes. Parce que le spectacle sur la pelouse...

Alfred N'Diaye, 19 ans, milieu défensif, AS Nancy Lorraine, 23 matchs. Depuis 2002 et le passage d'Houcine à la Star Academy 2ème du nom, aucun habitant de Vandoeuvre-les-Nancy n'avait fait parler de lui. Jusqu'à cette année et Alfred N'Diaye, la Nouvelle Star de l'ASNL.
Jeune coq des moins de 19 ans partageant la passion de la crête avec son ami Mamadou Sakho, ce longiligne milieu de terrain a connu une croissance tardive mais n'a pas tardé à s'imposer chez les professionnels. Profitant de sa polyvalence, il a dépanné en défense avant de s'imposer, à seulement 18 ans, au milieu de terrain, son poste de prédilection, où il a mis sur le banc Benjamin Gavanon, l'un des joueurs clés des précédentes campagnes nancéiennes. N'Diaye est un milieu défensif moderne, grand (1m88), costaud (90 kilos) et avec un gros déchet technique, un milieu aux antipodes de Xavi ou d'Iniesta donc. Mais il a quand même deux points communs avec les deux cracks du Barça : un gros volume de jeu et... un mauvais jeu de tête !
Comme beaucoup de jeunes milieux de sa génération, Alfred N'Diaye a pour référence Patrick Vieira. Si les deux joueurs ont en commun la morphologie et les origines sénégalaises, le jeune Nancéien devra considérablement améliorer son jeu vers l'avant afin, peut-être, d'égaler le maître...

Etienne Capoue, 21 ans, milieu défensif, Toulouse FC, 31 matchs. Lorsqu'il a été question de la belle saison toulousaine, on a, à juste titre, énormément parlé d'André-Pierre Gignac. On a également évoqué les arrêts de Carasso, la technique d'Etienne Didot, la solidité de Mauro Cetto ou le discours d'Alain Casanova. Mais on n'a que très peu parlé de l'énorme saison d'Etienne Capoue, pilier essentiel de la solidité défensive toulousaine.
Défenseur central de formation et milieu défensif de talent, Etienne Capoue est bien plus régulier que son frère Aurélien et bien plus technique (en même temps, c'est pas bien compliqué) que Cheikh M'Bengue ou Moussa Sissoko, ses anciens partenaires au centre de formation du TFC. Rapide, grand et puissant (1m89 et 80 kilos), technique et doté d'un très gros volume de jeu, le Niortais a rapidement fait oublier Nicolas Dieuze et a laissé Mathieu Berson admirer les tribunes du Stadium depuis le banc de touche. Il ne lui reste plus qu'à contenir la fougue de sa jeunesse qui fait de lui un des joueurs les plus avertis de Ligue 1 pour devenir un joueur encore un peu plus complet.
Capitaine des Espoirs, pion essentiel du équipe du haut de tableau et convoité par les plus grands clubs français et étrangers, le tableau est presque idyllique pour le jeune Toulousain. L'équipe de France est à sa portée, surtout quand on voit que Domenech sélectionne Alou Diarra, mais pour cela, il faudra confirmer cette belle première année. Alors Etienne, Capoue pas Cap de porter le maillot bleu ? Comme pour Marion Cotillard et Guillaume Canet, il se pourrait que ce soit un jeu d'enfant !

Yohan Mollo, 19 ans, milieu gauche, AS Monaco, 24 matchs. Lorsqu'en août 2008 l'AS Monaco a profité des dernières heures du mercato pour liquider totalement son couloir gauche (Ménez à la Roma et Néné à l'Espanyol), pourtant l'une des rares satisfactions d'une saison 2007-08 bien terne, tout le monde a crié au fou en se demandant qui pourrait occuper le poste. Meriem ? Trop souvent blessé. Pino ? Le jour où il découvrira que le foot est un sport collectif, peut-être. Gakpé ? Plus un attaquant et lui aussi est trop souvent blessé.
Non, la réponse était Yohan Mollo. Inconnu il y a un an, le cousin d'André-Pierre Gignac est passé directement des moins de 18 ans de l'ASM à une place de titulaire en Ligue 1 sans même passer par la case CFA ! Ailier virevoltant, fantasque, vif et provocateur, le natif de Martigues a vite séduit Ricardo et les (quelques) supporters du club qui l'ont élu révélation de la saison et joueur du mois en février et en mars. Privé du dernier mois de compétition pour cause de blessure, l'international Espoirs aura quand même inscrit 2 buts et 4 passes décisives. Fan de Cristiano Ronaldo, il peut s'inspirer du parcours de son idole (mais pas de son style capillaire, il faut pas déconner) en gagnant en efficacité au cours de sa carrière, voire mieux s'il parvient à épurer son jeu tout en restant imprévisible.
En tout cas, désormais, les fans de l'AS Monaco n'auront plus peur de crier "Vas-y Mollo" à l'un des leurs. Car leur milieu gauche est un modèle d'abnégation...

Sofiane_Feghouli  Alfred_Ndiaye  Etienne_Capoue  Yohan_Mollo

Eden Hazard, 18 ans, attaquant, Lille OSC, 29 matchs. Ludovic Obraniak a marqué 9 buts pour le Losc la saison dernière, un chiffre plus qu'honorable pour un milieu offensif et qui aurait dû lui assurer une place de titulaire dans le 11 Lillois. Sauf qu'entre temps, il y a eu le tremblement de terre Eden Hazard !
On n'est pas sérieux quand on a 17 ans et l'insouciance du jeune Belge a fait des ravages sur les pelouses de Ligue 1, qui sont déjà le jardin d'Eden, ce qui n'a pas échappé à tous les grands clubs Européens. Avec sa conduite de balle hors norme, le jeu de Hazard est particulièrement déstabilisant pour ses adversaire et comme le Hazard fait bien les choses, il compense son gabarit relativement modeste par sa grande habilité balle au pied, sa vivacité et sa vision du jeu. Les défenseurs Lyonnais en savent quelque chose, eux qui doivent encore faire des cauchemars en repensant à ce soir de mars où le jeune Belge, après avoir donné deux passes décisives, avait propulsé son équipe en quart-de-finale de la Coupe de France en effaçant 3 joueurs de l'OL avant de tromper Hugo Lloris.
Déjà international et comparé à Scifo ou à Messi, l'attaquant Lillois est l'un des plus sûrs espoirs du football mondial. Le LOSC va avoir du mal à le conserver très longtemps et son départ se ferait certainement furieusement sentir car si la belle saison de Lille ne doit rien au hasard, elle doit beaucoup à Hazard...

Guillaume Hoarau, 25 ans, attaquant, Paris Saint-Germain, 32 matchs. Au printemps 2008, le PSG luttait pour ne pas descendre en Ligue 2, une relégation qui aurait eu de terribles conséquences sur le plan financier mais aussi sportif : en effet, Guillaume Hoarau n'aurait jamais porté le maillot du Paris Saint-Germain ! Un an plus tard, Paris a retrouvé le haut du classement et Hoarau a fini 2ème meilleur buteur de Ligue 1.
Le meilleur buteur de Ligue 2 de la saison 2007-08 a donc parfaitement rempli son contrat et s'est affirmé comme le digne successeur de Pauleta, le meilleur buteur de l'histoire du club. Pourtant ce qui est évident aujourd'hui ne l'était pas forcément à l'époque : en effet, Charles Villeneuve, qui recrute en fonction des stats des joueurs à PES, voulait un nom pour l'attaque du PSG et avait donc recruté Mateja Kezman...
Mais Paul Le Guen n'était pas convaincu par le Serbe mais l'était par le Réunionnais.
Et dès la première rencontre au Parc des Princes, face au futur champion bordelais, Hoarau trouvait le chemin des filets et lançait la saison du PSG. Lors des autres rencontres de l'Eté, Hoarau se montra moins décisif et manquait même parfois l'immanquable (comme à Saint-Etienne ou à Caen), payant sans doute son énorme activité tout au long d'une rencontre. Le Parc des Princes commençait alors à douter de son avant-centre (certains inconscients sont mêmes jusqu'à aller une titularisation de Kezman). Mais Le Guen, en bon Breton, est tétu et lui renouvelle sa confiance. Vient alors le match au Vélodrome où Hoarau signe un doublé qui lui permet de séduire définitivement ses supporters.
Mais un doublé à Marseille n'est pas suffisant pour s'imposer à Paris - Branko Boskovic en sait quelque chose - et grâce à son excellent jeu de tête, à son intelligence de jeu et à son sens du but, Hoarau s'est rendu indispensable. D'ailleurs, il n'est pas à étranger à la mauvaise fin de saison de son équipe vu qu'il était blessé...

Eden_Hazard  Guillaume_Hoarau