Suite de la série de portraits de joueurs en attendant l'Euro, et après Andrés Iniesta, place à son parfait contraire : Djibril Cissé ! Là où est l'Espagnol est technique, petit, collectif, intelligent et discret, le Français a les pieds carrés, est grand, individualiste, stupide tactiquement et extravagant. Surtout, le milieu du Barça jouera l'Euro et pas l'attaquant Marseillais ! Quelle est donc cette recette de l'insuccès qui permet d'obtenir un beau Djibril Cissé ?

Pour concocter une savoureuse daube Provençale, il faut commencer par choisir un beau bourrin. Le plus grand millésime est 1981, année qui a vu naître, entre autres, Bernard Mendy, Alou Diarra, Pascal Berenguer, Matthieu Delpierre ou encore Cédric Carasso. Le plus beau vivier se situe dans les Bouches-du-Rhône et plus précisément à Arles, ville natale de Gaël Givet et Djibril Cissé qui ont tous deux vu le jour l'année où Bob Marley s'est éteint. Une bien triste année décidemment...
Pour que notre daube soit typiquement méridionale, il faut lui donner une touche d'excentricité et une bonne dose de m'as-tu vu. Cela exclut définitivement le trop discret Gaël Givet et fait de Djibril notre poulain idéal. Quoi de mieux qu'une peau ébène pour mettre en valeur des cheveux jaunes, rouges, verts, noirs : un style capillaire qui varie en fonction des saisons. D'où l'intérêt de le marier, dans un premier temps, à une coiffeuse. Ne pas non plus oublier les tatouages, c'est classe un tatouage surtout quand ils sont si nombreux qu'on ne peut plus les distinguer les uns des autres.
Dans la vie de tous les jours, notre daube doit également être à la pointe de la mode et porter les mêmes vêtements qu'un figurant d'un clip de Fifty Cent. Et il ne faut pas oublier les goûts de daube, c'est pourquoi notre poulain est fan de M. Pokora, chanteur français aux textes engagés et aux mélodies recherchées, qu'il invitera à un entraînement et avec qui ils parleront mode. Et en bon fan de hip hop de la génération Skyblog, notre Djibril se doit d'être un gros fan de tunning d'où la nécessité de lui adjoindre un Hummer (on ne peut pas faire plus discret) entièrement kitté pour se balader en toute quiétude sur la corniche Kennedy.

L'accompagnement de notre daube est donc parfaitement soigné. Place maintenant à la cuisson : ce n'est pas la peine de laisser mijoter notre daube et de peaufiner sa formation, il faut la faire saisir ultra rapidement. Pas besoin de formation tactique, il faut lancer notre poulain le plus vite possible dans le grand bain. Pour cela, une école est idéale : l'AJ Auxerre qui ne soucie guère des considérations tactiques (ce n'est pas un hasard si quasiment aucun joueur formé à Auxerre n'est devenu entraîneur). Le schéma de jeu mis en place sera simple : on joue à 10 derrière et Djibril n'a qu'une chose à faire, courir tout droit après les ballons que lui envoient Kapo et Lachuer. Une fois qu'il arrive devant le but et qu'il n'a pas été signalé hors jeu, Djibril n'a qu'une chose à faire : tirer en force en espérant que ça passe.
Techniquement, notre bourrin est à point : ses pieds sont carrés, il est incapable de contrôler correctement un ballon mais est capable de rater le cadre alors que le but est ouvert ou de perdre 5 face-à-face avec un gardien Chypriote.
Mais pour rendre notre daube un peu plus piquante et faire monter la sauce, il faut lui ajouter une bonne dose de caractère. En bon Provençal, notre Djibril est extrêmement démonstratif et aime parler avec les mains : "Pourquoi tu m'as pas fait la passe ? Ta passe, elle est trop nulle : c'est à cause de ça que j'ai raté mon contrôle ! Mamadou, laisse-moi tirer le penalty : je vais le mettre ! Pourquoi tu me la donnes pas avant : c'est de ta faute si je suis hors jeu !". Et pour ajouter au dramatique de la scène, Djibril sait parfaitement faire passer ses émotions en lançant un regard noir à la foule et à ses partenaires et le mot de Cambronne que l'on peut lire toutes les 10 secondes sur ses lèvres.
Enfin, il faut saupoudrer le tout d'un soupçon d'égoïsme. Enfin, un soupçon façon Maïté époque "Cuisine des Mousquetaires" car sur un terrain, Djibril ne pense qu'à lui. Une fois qu'un de ses coéquipiers a eu le malheur de lui lâcher la balle, il peut être sûr qu'il ne la reverra jamais : Djibril fonçant droit vers le but sans chercher à éviter les défenseurs avec un seul but en tête : mettre une grosse mine. C'est d'ailleurs pour cette unique raison que les défenseurs craignent Cissé : ils ont peur de se faire percuter à grande vitesse, Mario Yepes peut en témoigner. D'ailleurs, la réaction de Djibril à l'époque avait été celle d'un grand seigneur, refusant de s'excuser parce qu'il ne l'avait pas fait exprès et que le joueur chinois qui lui avait cassé la jambe quelques mois plus tôt n'avait jamais pris de ses nouvelles. Oui mais Djibril, tu t'étais blessé tout seul contre la Chine et même si ça avait été le cas, ça n'aurait rien excusé. Tout Cissé est résumé par cette affaire : un ego surdimensionné qui lui fait dire que ce n'est jamais de sa faute, ce sont toujours les autres qui sont responsables. Bref, on a droit à un gros melon pour accompagner notre daube...

La recette est désormais terminée et ce plat se révèle complètement indigeste pour les amateurs de football, surtout pour les supporters de l'équipe où évolue Djibril. On peut toutefois trouver une vertu à ce met pas très raffiné : un pouvoir comique certain bien que totalement fortuit...